Attractive, la transition énergétique manque de bras

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Crédit : Pixabay

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Les métiers de la transition énergétique sont toujours aussi attractifs. C’est l’un des enseignements qui ressort de notre enquête sur les recrutements et les salaires dans le secteur (partie 1/3). Toutes les entreprises interrogées par GreenUnivers affirment recruter cette année, la plupart plusieurs dizaines de collaborateurs. Les filières des énergies renouvelables comptaient l’équivalent de 166 000 équivalents temps plein en 2019, selon le Syndicat des énergies renouvelables qui attend 264 000 ETP en 2028.

Rythme de recrutement élevé

Le secteur a besoin de bras. Bonne nouvelle, il bénéficie d’une image positive, ce qui joue en sa faveur : « la crise sanitaire et les confinements ont poussé beaucoup d’actifs à repenser leur vie professionnelle et a renforcé l’attractivité d’un secteur comme les EnR, qui donne du sens », estime Clara Phelippeau, responsable RH chez Arkolia Energies. Un avis partagé par Thomas de Moussac, co-fondateur de Technique Solaire, convaincu que des tendances nouvelles comme l’agrivoltaïsme ou le financement participatif renforcent encore cette dynamique.

De fait, le rythme des recrutements continue d’être soutenu, Morgan Verdier, responsable développement chez Imagreen, relève même un rythme d’embauches supérieur à 2019 pour l’ensemble des postes et en particulier les cadres. Chez le développeur RES par exemple, les recrutements vont bon train : 63 embauches en 2020, et déjà 61 sur les 9 premiers mois de l’année, à comparer à l’effectif de près de 200 salariés aujourd’hui. Ces chiffres cachent néanmoins une vraie difficulté de recrutement : « Nous recevons énormément de candidatures non pertinentes. Certains postes comme les chefs de projets ou prospecteurs fonciers sont toujours compliqués à pourvoir », observe Alicia Tudela, chargée de recrutement chez RES.

(c) Pixabay

Les besoins de main-d’œuvre sont importants chez les développeurs mais aussi chez les gestionnaires de réseau qui les accueillent. Ainsi, Enedis prévoit quelque 850 embauches en CDI en 2021, dont 170 de plus que prévu initialement, et l’entrée dans l’entreprise de 1 200 nouveaux apprentis. La dynamique devrait rester la même en 2022. La hausse des raccordements EnR et le développement des bornes de recharge impliquent le recrutement de profils très techniques tels que des chargés de projets et de conception, des spécialistes de l’électro-technique, du génie électrique sans oublier les techniciens des systèmes d’information.

Côté efficacité énergétique, une bonne partie des recrutements concerne des profils techniques en provenance notamment de bureaux d’études du bâtiment et des profils commerciaux ayant l’expérience du contact avec les particuliers. Plus largement, on constate que les commerciaux sont très prisés sur le marché de l’emploi en général. Un sondage Michael Page-Ifop signale qu’une entreprise sur trois ayant recruté en 2020 a intégré des commerciaux.

L’ingénieur prisé

Les métiers de la transition énergétique attirent et les politiques publiques participent à pérenniser l’emploi dans le secteur : « On note que le plan de relance a eu un impact important », note Samah Hasker, manager exécutif de la division ingénieurs et techniciens au cabinet de recrutement Michael Page. Elle constate que les profils les plus valorisés dans le secteur des EnR sont hybrides : des ingénieurs ayant développé des compétences commerciales et une capacité de dialogue sur le terrain. « Les profils financiers sont toujours des valeurs sûres mais ce sont avant tout les experts du juridique qui deviennent convoités. Les compétences en droit de l’environnement, droit public et droit de l’urbanisme sont essentielles pour l’obtention des autorisations et permis de construire », ajoute Morgan Verdier.  

Les formations d’ingénieurs sont le moyen le plus sûr d’accéder à ces métiers. Les écoles centrales, les Mines et les Arts et métiers sont des marqueurs prisés. « Même généralistes, les écoles d’ingénieurs sont généralement plus valorisées par les clients, que des formations universitaires spécialisées, comme des masters en environnement » ajoute Samah Hasker. Selon elle, c’est d’ailleurs en partie ce qui explique que des juniors avec 2 ou 3 ans d’expérience soient valorisés en moyenne comme des ingénieurs relativement plus confirmés dans d’autres secteurs d’activité. Pour Morgan Verdier, le stage de fin d’études reste un moyen décisif de s’insérer dans le secteur. Il constate néanmoins depuis peu que de nombreux jeunes commencent par des sociétés de conseil avant de revenir vers des postes opérationnels.

Le solaire reste moteur

Plébiscitée, l’énergie solaire se développe en France et génère de plus en plus d’emplois. Elle attire les profils extérieurs au secteur, mais également en son sein. Les métiers de l’éolien peinent davantage à retenir les salariés, dont certains sont lassés par les recours, et de manière générale par les difficultés à développer les projets. Ils cherchent à se tourner vers le solaire. Une tendance constatée par Thomas de Moussac (Technique Solaire) lorsqu’il reçoit certains candidats, ou en interne par Clara Phelippeau (Arkolia Energies), De fait cette dernière met de plus en plus en avant la transversalité des métiers multi-énergies et les passerelles possibles pour attirer et fidéliser les nouveaux talents.

Chez Imagreen, Morgan Verdier note que le photovoltaïque continue d’être l’élément moteur du recrutement, avec une demande particulière pour les prospecteurs fonciers. Une tendance observée également sur le service « Emploi » de GreenUnivers où, depuis le début de l’année, une annonce sur trois concerne un poste dans le photovoltaïque. L’engouement pour l’hydrogène commence également à se traduire dans le nombre d’offres d’emploi, même si celles-ci restent marginales (3,5%)

Victor Cormier avec Romain Chicheportiche

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