Après la crise du Covid-19, un plan de relance bas carbone ?

Print Friendly, PDF & Email

En pleine crise sanitaire liée au Covid-19, le débat sur l’après-crise est lancé. Des voix commencent à se faire entendre pour demander un plan de relance à forte coloration verte. Parmi elles, le think tank I4CE propose un plan « bas carbone » de 7 Mds€ d’investissements publics, à consulter ci-dessous. Ce montant est suffisant, selon I4CE, si ...

les différents axes du plan sont bien articulés entre eux.

Pas de hausse de la fiscalité carbone

Comment faire redémarrer l’économie en la rendant compatible avec l’Accord de Paris ? Au-delà de l’enveloppe financière, I4CE met en débat quelques grands principes, qu’il décline en plusieurs dizaines de mesures. D’abord, s’appuyer sur la stratégie nationale bas carbone (SNBC) et la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), « qui font le lien entre le court terme et le long terme », pointe Hadrien Hainaut, chef de projet chez I4CE.

Ensuite, après le mouvement des Gilets jaunes, ne pas compter sur une hausse de la fiscalité carbone. Le think tank contourne ce problème en privilégiant des aides publiques : elles compenseraient les fluctuations du prix des énergies fossiles pour orienter les acheteurs vers des solutions bas carbone. I4CE suggère plus largement de réfléchir à des outils financiers adaptés à la situation. Par exemple, des prêts à taux faible ou nul sur de longues durées (jusqu’à 30, 35 voire 40 ans) pour aider les porteurs de projets à agir même s’ils n’ont pas de trésorerie disponible, en particulier pour la rénovation énergétique. Autre exemple, des subventions proportionnelles aux économies d’énergie réalisées.

Maintenir des contraintes

En complément, il y aura besoin d’accompagnement technique : « l’idéal est de l’intégrer aux offres de soutien financier », note Hadrien Hainaut. Le think tank attire aussi l’attention sur la nécessité de maintenir des dispositions contraignantes, comme des obligations de rénovation « bien ciblées, séquencées et avec des objectifs en termes de résultats ». Ou encore l’interdiction des véhicules les plus polluants, à l’heure où un débat apparaît sur le maintien ou non des objectifs environnementaux européens dans l’automobile.

Ce cadre posé, I4CE s’est focalisé sur 7 axes, de la rénovation énergétique aux transports en passant par les énergies renouvelables, sans être exhaustif. Le volet renouvelables se limite ainsi à l’électricité. Au final, avec une impulsion publique de 7 Mds€ par an – en plus des financements pré-existants – l’Etat et les collectivités locales pourraient générer un total public et privé de 18 Mds€ de financements supplémentaires par an favorables au climat.

L’esprit du plan est d’ajuster les fonds publics nécessaires à chaque secteur, sans démesure. Dans la rénovation énergétique, par exemple, 200 M€ par an pourraient suffire en plus de l’enveloppe actuelle de 1,9 Md€. Dans la production d’électricité renouvelable, les financements publics passeraient de 4,6 à 5,9 Mds€ par an. D’où viendrait l’argent alors que ces derniers sont déjà en train d’exploser sous l’effet de la crise sanitaire ? I4CE ne s’avance pas sur ce sujet. Ce plan n’a pas vocation à résoudre à lui seul les problèmes économiques engendrés par la crise sanitaire, mais à contribuer « à soutenir l’activité économique en sortie de crise, tout en renforçant notre société face à des chocs futurs », précisent les auteurs dans leur note.

Une inconnue : le prix du pétrole

L’exercice appelle à « l’humilité », reconnait Patrice Geoffron, professeur d’économie à Paris-Dauphine, qui collabore avec I4CE. « Nous traversons une crise sans le moindre repère. On n’a jamais connu un arrêt aussi brutal de la mobilité des biens et des personnes. »

L’un des déterminants de la sortie de crise sera le cours du pétrole. « Il va rester bas quelques mois, mais ensuite rien n’est moins sûr. Les investissements dans le secteur seront réduits. Beaucoup de pays producteurs vont être touchés par la crise et tous n’étaient pas bien préparés, à commencer par les Etats-Unis », analyse Patrice Geoffron. Traduction : le prix du pétrole va remonter, mais quand ? « On ne sait pas. »

  • Découvrez ci-dessous les 7 axes d’investissement du plan d’I4CE (ou ici en PDF)