Le « retrofit électrique » de plus en plus pris au sérieux

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(Mécaniciens de Carwatt, @Renault)

Les véhicules électriques de demain, à batterie ou à hydrogène, seront-ils des voitures ou camions à motorisation diesel ou essence reconvertis ? Jérémy Cantin, patron du garage Brouzils Auto, situé dans la commune des Brouzils (Vendée) et spécialiste de la restauration de véhicules anciens, en est convaincu. Il a créé en avril dernier une filiale dédiée, E-Néo.

« Une soixantaine de clients de notre garage, propriétaires de véhicules de tous types, anciens ou récents, sont intéressés. Nous croyons très fort au renouveau énergétique que peut entraîner la conversion des véhicules actuels ». En pratique et comme l’explique ce professionnel, cette conversion dénommée aussi « retrofit » consiste à ...

enlever le moteur thermique, le réservoir, l’échappement et la plupart des équipements associés – mais pas nécessairement la boîte de vitesses – et à installer un ensemble électrique, avec moteur, système électronique, batterie. En partenariat avec Symbio-Michelin-Faurecia, Brouzils Auto s’intéresse aussi à la conversion vers l’hydrogène de camions pouvant alimenter des stations de recharge H2 dans le département.

10 000€ à 15 000€

Combien ça coûte ? « Il faut compter 15 000€ pour une Twingo 2, avec 150 km d’autonomie et une vitesse de 130 km/h, indique Arnaud Pigounides, co-président de l’association professionnelle Aire (Acteurs de l’industrie du retrofit électrique) et président de l’entreprise spécialisée Retrofuture. Mais avec la semi-industrialisation, nous serons entre 9 000€ et 10 000€ ». Selon une analyse du prestataire de services automobiles France Atelier, publiée en août 2019, « les différentes entreprises qui se penchent sur le sujet proposent des transformations nécessitant un jour à une semaine de travail pour un coût variable de 10 000€ à 15 000€. A terme, l’objectif est de pouvoir transformer les véhicules en 4h pour un coût de 5 000€ ».

Ici, l’important est bien entendu de rester en dessous des prix des véhicules électriques neufs, aides nationales et territoriales comprises, d’autant que l’autonomie n’est pas nécessairement la même. Pour rappel, le bonus 2020 est de 6 000€ pour un VE neuf de moins de 45 000€, la mise au rebut d’une voiture au diesel donnant droit à 5 000€ en plus.

Carte grise pour bientôt

Pour l’instant, les VE issus d’une conversion n’ont droit à aucune aide. Et pour cause, puisqu’ils n’ont même pas le droit de rouler sur la voie publique sans l’accord du constructeur initial. Les choses vont changer dans les semaines qui viennent, avec la parution d’un arrêté autorisant l’homologation des véhicules « rétrofités », des 2 roues aux camions et bus en passant par les véhicules utilitaires ou pour particuliers. Le texte est en ce moment à Bruxelles et devrait être de retour en février, pour une parution sans doute début mars.

L’association Aire a créé un groupe de travail pour obtenir des soutiens publics et faire valoir l’intérêt des véhicules thermiques qui refont leur vie dans l’électrique. Auprès de Bercy, mais aussi des collectivités territoriales soutenant financièrement le VE. « Nous pourrons sans doute tabler sur des primes autour de 3 000€ pour les particuliers et de 4 000€ pour les professionnels », prévoit Arnaud Pigounides. Aire met aussi en avant les potentiels emplois locaux générés par l’activité. Selon ses calculs, convertir 1% du parc automobile total français, soit 400 000 véhicules, créerait 42 000 emplois directs ou indirects et générerait un chiffre d’affaires autour de 5 Mds€.

Signe que le principe intéresse, en 2018 « à la création de l’association nous n’étions que 4 sociétés fondatrices. Nous comptons 12 adhérents à l’heure actuelle », se réjouit Arnaud Pigounides. Parmi ces membres figurent Transition One, une société incubée par Mobivia et Carwatt, co-fondée par le spécialiste de l’aéronautique Gérard Feldzer.