Quelles options pour Senvion ?

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(Crédit : Senvion)

Le cours de l’action Senvion, cotée au Luxembourg, continue de s’effondrer : – 44 % hier, – 26% aujourd’hui, à 16h00. Le turbinier éolien basé à Hambourg a annoncé hier 9 avril s’être mis en cessation de paiement, selon la procédure prévue par le droit allemand des sociétés. Deux administrateurs indépendants ont rejoint l’équipe de direction de Senvion, conduite par Yves Rannou. Alors président de GE Hydro et ancien de Alstom Power, le Français a été recruté en septembre et a pris ses fonctions en janvier pour sauver l’entreprise. Il est épaulé par un responsable de la restructuration nommé en mars, Neil Robson. La procédure adoptée par Senvion est proche du chapter 11 américain. Comme le précise une porte-parole du groupe, qui évoque un « manque de discipline » en 2018, « le processus actuel va offrir à la direction la souplesse indispensable à la conduite de notre transformation et nous permettre d’en ressortir plus forts ».

Cette décision est avant tout liée à l’absence d’accord avec les créanciers, même si les discussions continuent, de même qu’avec ...

les actionnaires. Le turbinier est détenu à 71,3% par le fonds Centerbridge, le solde est flottant en Bourse. La firme de private equity américaine a racheté l’industriel allemand en 2015 à prix cassé au groupe indien Suzlon, déjà fortement endetté.

« La guerre commerciale est terrible »

Selon Senvion, Centerbridge a injecté 82 M€ pendant les neuf derniers mois, mais cela ne suffit donc pas. Reuters évoque un besoin urgent de trésorerie, de l’ordre de 100 M€. « La guerre commerciale est terrible entre les turbiniers, ce que j’ai du mal à comprendre puisqu’ils sont déjà en situation d’oligopole. Pourquoi laissent-ils à ce point toute la marge aux développeurs ? », s’interroge un expert du marché éolien européen. Senvion s’en inquiétait déjà dans son rapport annuel 2017 : « l’intensité concurrentielle et l’accélération vers la parité réseau vont susciter quelque pression sur les marges », écrivait le turbinier dans une forme de litote ; à noter que pour l’instant, il n’a pas publié les résultats de son quatrième trimestre 2018.

Turbines excellentes, maintenance perfectible

Très présent en France, où il caracole à la troisième place, Senvion l’est nettement moins au plan mondial et ne figure pas dans le top 10 de l’éolien terrestre, selon le classement 2018 de BNEF. « Senvion a péché par une implantation géographique trop ambitieuse et une gamme trop étoffée par rapport à ses possibilités réelles », diagnostique ce spécialiste qui pointe le retard du turbinier dans les pales longues. Il salue néanmoins la qualité du matériel en service : « leurs turbines sont excellentes ». Senvion a d’ailleurs décroché le contrat des éoliennes les plus hautes de l’Hexagone.

Côté services, l’industriel allemand souffrirait de sous-effectifs, avec pour conséquence d’importants délais d’interventions, « ce qui se paie à la longue ». Pour rappel, en 2017, Senvion a annoncé plusieurs centaines de suppressions d’emplois, l’effectif actuel étant affiché à 4 200 personnes. Dernier problème : de lourds impayés, en particulier en Australie où un chantier majeur est à l’arrêt pour des motifs totalement étrangers au fabricant. « Nous avons subi de sérieux problèmes d’exécution sur nos nouveaux marchés », indique pour sa part la porte-parole.

Source : FEE et Bearing Point

L’option d’une nouvelle revente

Quelles sont les options de l’industriel désormais ? Centerbridge n’ayant pas recapitalisé la société, ce qui aurait rassuré les financeurs et évité de s’adresser au tribunal, l’hypothèse d’une nouvelle revente devient la plus probable, avec la possibilité de céder en priorité et à part le portefeuille de maintenance. Soit dit en passant, la mise sous protection judiciaire actuelle permet de poursuivre les activités, en particulier celles de la maintenance (avec livraison des pièces détachées), totalement stratégique pour les clients.

Quel que soit le périmètre de l’éventuelle cession, il reste à savoir à qui, à quel prix et surtout quand et pour quoi faire. « Je leur souhaite de trouver un repreneur rapidement, et un investisseur de long terme, sinon le carnet de commandes va s’écrouler », formule ce spécialiste. Il ne croit pas pour sa part à une offre en provenance d’autres turbiniers européens, qui seraient eux-mêmes affaiblis ou encore en période post-fusion, comme Gamesa avec Siemens ou Acciona avec Nordex.

Une proposition d’un concurrent chinois semble possible, mais Senvion devrait plus sûrement susciter l’intérêt de nouveaux fonds d’investissement. Il ne manque pas d’arguments à cet égard, avec un carnet de commandes de 5 Mds€, selon la direction de la communication, qui argumente aussi sur les 18 GW installés et la reprise commerciale perceptible au premier trimestre 2019, avec 366 MW de capacité supplémentaire, soit une croissance de 119% par rapport à la même période l’an dernier.