PPE : la France pourrait manquer de ressources en biomasse

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(Crédit : EDF/Conty Bruno)

La France aura-t-elle les moyens de ses ambitions énergétiques ? Dit autrement, pour la biomasse, aura-t-elle les ressources pour atteindre les objectifs fixés par la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) ? A priori non. Il lui faudra ...

en importer. L’Autorité environnementale attire l’attention sur cette question dans l’avis qu’elle a adopté le 24 avril sur la PPE (à lire ci-dessous). Entre autres points de vigilance, elle recommande en effet à l’Etat « de préciser la période pendant laquelle il est prévu d’importer de la biomasse, les effets sur l’économie du carbone d’origine biologique, les impacts induits en émissions de gaz à effet de serre et les critères mis en place pour garantir l’achat de biomasse durable ».

En la matière, la PPE s’appuie sur la Stratégie nationale de mobilisation de la biomasse (SNMB). L’offre en biomasse disponible en 2028 est ainsi estimée à 251 TWh (en énergie primaire), sans compter la biomasse pour la méthanisation. Cela représenterait une hausse de 40% par rapport à 2016. Dans le détail, l’offre en biomasse forestière passerait en 12 ans de 84 à 120 TWh (+43%). L’offre en biomasse agricole, de 90 à 118,5 TWh (+32%). Et celle issue des déchets, de 5 à 12,8 TWh (+156%). Quant à la biomasse pour la méthanisation, l’offre supplémentaire en 2028 serait de 30 TWh, ce qui porterait le gisement total à 40 TWh.

Vers une période transitoire ?

Mais deux soucis se posent. D’ailleurs, le projet de PPE ne l’occulte pas. D’abord, il faudra réussir à mobiliser ces divers gisements. « Si la ressource potentielle est très abondante, la mobiliser dans de bonnes conditions économiques et environnementales nécessitera de la progressivité », formule le dossier qui accompagne le projet de PPE. « L’atteinte des objectifs de la SNMB requiert donc de développer des instruments adéquats », en particulier pour la biomasse agricole.

Mais il faudra surtout faire coïncider l’offre et la demande. Pour le biogaz, il n’y aura a priori pas de problème. Les besoins devraient pouvoir être couverts par les ressources nationales. Toutefois, le projet de PPE ajoute : « les besoins énergétiques dans leur ensemble (biocarburants y compris secteur aérien, chaleur et cogénération) ne pourraient être couverts sans une part de recours transitoire aux importations de biomasse ». Dans le cas de la trajectoire haute prévue par la PPE, les besoins en biomasse solide non-méthanisée pourraient même n’être couverts qu’à moitié par la biomasse domestique, nécessitant alors « un fort recours transitoire aux importations ».

Une stratégie à réviser en 2019

Sur ce constat, l’Autorité environnementale s’étonne : « il n’est pas explicité quand démarrera cette période transitoire ni comment en sortir, quelles seront les incidences sur les prix de la biomasse, y compris pour d’autres utilisations comme la production de matériaux biosourcés. Les impacts environnementaux dans les pays producteurs ne sont pas présentés, ni les critères éventuellement mis en place pour garantir l’utilisation d’une biomasse produite de façon durable », déplore-t-elle dans son avis.

Prévue par la loi sur la transition énergétique, et élaborée sous le précédent quinquennat, la Stratégie nationale de mobilisation de la biomasse doit faire l’objet d’une première révision cette année. Au passage, l’un des enjeux sera de s’assurer de sa compatibilité avec les schémas régionaux biomasse, en cours d’élaboration. Ce sujet sera, en tout cas, d’autant plus scruté que plusieurs projets industriels sont actuellement lancés dans la filière, à l’image de ceux de Carbonex et d’Européenne de biomasse, sans parler de la reconversion éventuelle à la biomasse de la centrale à charbon d’EDF à Cordemais.

  • Parcourez ci-dessous l’avis complet de l’Autorité environnementale sur la PPE (ou ici en PDF)