Biodiesel 2e génération : première unité pilote en France en 2013 (Premium)

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Il faudra encore 9 ans pour voir arriver sur le marché des biodiesel de 2e génération made in France, mais ils pourraient rafler 20% d’un marché promis à un bel avenir, dixit Total. Après l’inauguration en octobre de Futurol, site pilote de bioéthanol à base de cellulose, voici son petit frère BioTfuel, un projet de biodiesel de 2e génération (G2) qui vise une mise sur le marché pour 2020. Le consortium réunit de grands industriels et agro-industriels et des instituts de recherche, dont Total, Sofiprotéol, le CEA, l’IFP, Axens et ThyssenKrupp Uhde.

Ce projet doté d’un budget de ...

112,7 millions d’euros, dont 33,2 millions octroyés par l’Ademe et le Conseil régional de Picardie, doit installer en France une chaîne complète de production de biodiesel et biokérosène. « L’originalité du projet réside dans la large variété de biomasse qui pourra être utilisée », a indiqué Jean-François Rous, président de BioTfuel, lors d’une conférence de presse. Résidus agricoles ou forestiers, tiges de plantes seront torréfiés puis gazéifiés avant d’être transformés en biodiesel par synthèse Fischer-Tropsch.

Autre particularité, l’unité a choisi le co-traitement, c’est-à-dire qu’elle pourra être alimentée par des ressources fossiles même si l’essentiel de l’approvisionnement restera la biomasse. « L’approvisionnement en biomasse fluctue en fonction des saisons. D’où l’enjeu du co-traitement qui permettra de sécuriser l’approvisionnement », explique Philippe Tillous-Borde, directeur général de Sofiprotéol, l’un des partenaires du projet. « Les cours des matières premières ne vont pas évoluer dans le même sens (que ceux des ressources fossiles), donc avoir plusieurs sources permettra d’obtenir un produit moins cher », selon lui.

Deux démonstrateurs en 2012 et 2013

La production se fera en deux étapes. Un démonstrateur dédié à la torréfaction devrait voir le jour courant 2012 sur un site de Sofiprotéol à Compiègne, et un démonstrateur dédié à la gazéification et la liquéfaction sera installé dans une raffinerie en reconversion de Total à Dunkerque en 2013. À terme, l’unité vise la production de 200.000 tonnes de biodiesel par an pour une consommation d’un million de tonnes de biomasse. « On devrait disposer des procédés nécessaires en 2017-2018 », estime Jean-François Rous.

Pour aboutir, plusieurs verrous technologiques devront être levés et surtout les coûts du biocarburant G2 réduits. Il revient actuellement deux fois plus cher que le carburant d’origine fossile. Pour Jean-Marc Sohier, directeur recherche chez Total, autre partenaire du projet, « l’objectif est d’obtenir des coûts comparables à ceux du carburant fossile » pour ne pas dépendre des subventions. Il estime que le défi réside dans l’obtention d’une technologie mature à temps pour satisfaire la demande. Pour rappel, l’UE vise l’incorporation de 10% de renouvelables dans la consommation d’énergie dans les transports en 2020.

BioTfuel vise entre 15 et 20% de parts de marché à horizon 2030

Les porteurs du projet s’attendent à ce que le biodiesel G2 représente 8% du mix énergétique mondial d’ici 2030. « Sur ces 8%, nous visons entre 15 et 20% de parts de marché à horizon 2030″, indique Jean-François Rous.

S’il existe déjà plusieurs démonstrateurs capables de produire du biocarburant de 2e génération dans le monde, aucun n’a atteint pour le moment le stade industriel, et dans la course aux procédés technologiques, le bioéthanol est mieux placé que le biodiesel, dont l’Union européenne est le premier consommateur au monde.

Avec ce projet, la France espère être en mesure de découvrir des procédés industriels qui pourront être vendus à l’étranger « pour rembourser les efforts investis », fait savoir Jean Sentenac, PDG D’Axens, une filiale d’IFP Energies nouvelles, qui fournit avec le CEA la grande partie de la R&D du projet. Du côté des partenaires privés, on retrouve Total, déjà présent dans le projet français de bioéthanol Futurol. Le groupe pétrolier confirme ainsi son intérêt pour la G2 dans laquelle il a beaucoup investi ces dernières années, notamment aux Etats-Unis avec Amyris, Coskata et Gevo (bioéthanol).

Sofiprotéol, premier producteur de biodiesel de 1ere génération avec sa filiale Diester Industry, assurera notamment l’approvisionnement en biomasse. Très impliqué dans la valorisation des huiles (il participe aussi au projet de chimie verte PIVERT), il considère que BioTfuel est « complémentaire à la 1ère génération de biocarburant ». Enfin, le groupe allemand ThyssenKrupp Uhde vient compléter le panel des acteurs privés. Ce spécialiste de la gazéification et du traitement de gaz compte ainsi  renforcer sa présence dans « le marché en pleine expansion des usines de biomass-to-liquids ».