Les sites pilotes de captage de CO2 se multiplient

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co2Plusieurs très gros projets de captage et stockage du CO2 ont été annoncés la semaine dernière en Norvège et au Canada. La preuve que cette technologie où plusieurs grands groupes français sont en pointe, comme Alstom, Total, GDF Suez et EDF, tient la corde dans les stratégies nationales anti-CO2.

Le Canada vient ainsi d’annoncer deux projets géants, représentant des financements de près de 2 milliards de dollars canadiens. L’un mené entre autres par Alstom, avec la compagnie d’électricité canadienne TransAlta pour construire une usine de démonstration de captage et stockage du CO2 sur l’une des centrales à charbon de TransAlta dans l’Alberta.

L’installation pourra capter environ un million de tonnes de CO2 par an, ce qui en fera l’un des plus importantes du monde. Coût pour le Canada et la province de l’Alberta : près de 800 millions de dollars.

En outre, le Canada et l’Alberta ont aussi décidé d’investir 865 millions de dollars sur 15 ans pour capter 40% des émissions de CO2 des riches gisements de sables bitumineux, un projet baptisé Shell Quest, qui réunit Shell, Chevron et Marathon Oil Sands.

La Norvège, pionnière en la matière avec son site offshore de Sleipner, démarré il y a plus de 10 ans, compte dépenser, en 2010, 3,5 milliards de couronnes (621 millions de dollars), indique son projet de budget 2010, deux fois plus que l’année précédente.

Oslo estime que cette technologie sera la principale arme contre le CO2, et que la compétition mondiale dans ce domaine sera aussi féroce que la course américano-soviétique pour conquérir la Lune. Et la Norvège vise le leadership mondial.

Une technologie prometteuse si les coûts baissent

Le captage et stockage du CO2, ou CSC (en anglais CCS), consiste à isoler le carbone contenu dans les gaz émis par les grands sites industriels et les centrales électriques (au charbon ou au gaz, surtout), à le transporter puis le séquestrer dans le sous-sol, par exemple dans des poches naturelles à grande profondeur, d’où il ne devrait plus présenter de danger pour la planète.

En principe, la technique peut réduire de 80% à 90% les émissions de ces sites, responsables de 40% des émissions de la planète. En pratique, elle est encore très chère (elle ajoute 2 ou 3 cents par kilowatt-heure, soit une augmentation de 35 à 70% du coût de l’électricité produite par une centrale à charbon) et nécessite 10 à 40 % d’énergie supplémentaire pour la mener à bien et être maîtrisée.

Mais si ses coûts diminuent, le CSC pourrait se révéler décisif contre le réchauffement. Les grands groupes pétroliers et gaziers le soutiennent d’autant plus qu’il leur permettrait de continuer leur activité habituelle, ce qui les poussent à mettre de gros financements sur la table. Et d’après les sondages, les populations n’y seraient pas hostiles tant qu’elles n’empêchent pas de développer les énergies renouvelables. Les associations s’inquiètent cependant de l’impact de ces stocks de CO2 enfouis et des possibles fuites.

Beaucoup d’argent public

Aussi les plus grands pays commencent à débloquer des aides. Récemment les Etats-Unis ont assigné plus de 9 milliards de dollars et  l’Union européenne 1,5 milliard d’euros et 300 millions de crédits carbone (qui valent 6 à 9 milliards d’euros). Plusieurs projets se développent aussi en Chine. En juin 2008, le Sommet du G8 au Japon a recommandé de construire 20 grands projets à l’échelle industrielle pour un démarrage en 2010.

Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), il faut dépenser bien davantage qu’actuellement pour accélérer le mouvement. L’AIE a calculé qu’il faudrait 42 milliards de dollars pour développer les technologies de captage et stockage d’ici à 2020.

Pour réduire les émissions de gaz à effet de serre de moitié d’ici à 2050, 3 000 projets de captage devraient être mis en place d’ici cette date, dont 100 dès 2020, et les pays développés devraient fournir l’essentiel des fonds, soit 3,5 et 4 milliards de dollars par an entre 2010 et 2020.

Sept projets opérationnels dans le monde

Le World Coal Institute, organisme financé par les grands groupes d’énergie, répertorie les grands projets de captage en cours ou en projet. Pour l’instant, seuls 7 projets dans le monde sont opérationnels, dont 2 au Canada, 2 projets offshore en Norvège par la compagnie Statoil, 1 au Japon, 1 en Algérie et 1 offshore aux Pays-Bas, réalisé par GDF Suez.

En revanche, les projets prévus sont nettement plus nombreux, avec en tête la Grande-Bretagne qui affiche 9 projets, suivis des Etats-Unis (5 projets), des Pays-Bas (4), de la Pologne (3) et de l’Allemagne (3), du Canada (2), de la Chine (2), de l’Australie (2), de l’Espagne (2) et de l’Italie (2).

Un premier site français, à Lacq

En France, le premier projet de captage vient de démarrer : Total a commencé à piéger du CO2 à Lacq, dans les Pyrénées Atlantiques, sur l’une des cinq chaudières de la centrale au gaz naturel de Lacq.  Total prévoit de capter et stocker 150 000 tonnes de CO2, pour un coût de 60 millions d’euros.

Cinq autres projets sont étudiés par l’Ademe sur divers sites, présentés par Alstom, EdF, GDF Suez.
Alstom et EDF ont notamment présenté un projet de captage en post-combustion avec des solvants avancés et Veolia un autre à Claye-Souilly (Seine-et-Marne). Arcelor Mittal souhaite faire un site expérimental à Florange, en Moselle, pour capter le CO2 d’un haut fourneau.

Il existe actuellement trois procédés pour capter le carbone : la post-combustion (un solvant piège le CO2 dans les gaz émis par les  cheminées), la pré-combustion (captage du CO2 contenu dans le combustible primaire, avant sa combustion) et la combustion de gaz oxygéné (oxycombustion), qui utilise de l’oxygène pur pour brûler le combustible au lieu de l’air, ce qui produit un mélange gazeux composé essentiellement de vapeur d’eau et de CO2, que l’on peut extraire facilement.