Climat : le classement exclusif des performances des Etats
Interview de François Gemenne
« Non seulement les engagements sur le climat ne sont pas à la hauteur, mais ils ne sont pas respectés ! »

(Crédit : Observatoire Hugo)
A la veille de l’ouverture de la COP29, un classement inédit sur l’Accord de Paris, coréalisé par l’Observatoire Hugo (Université de Liège, en Belgique) et le fonds de gestion belge DPAM, permet de savoir où en sont les différents pays sur le climat. L’objectif du travail, supervisé par le chercheur François Gemenne : pousser les États à intensifier leurs efforts en faveur du climat. Chercheur, professeur à HEC et co-auteur du sixième rapport du GIEC) souhaite mettre la pression sur les Etats.
GreenUnivers - 2050NOW : Pourquoi avoir réalisé ce classement inédit sur l’Accord de Paris ?
François Gemenne : Parce qu’il y a aujourd’hui un vrai besoin politique, à la fois dans le cadre des négociations internationales, mais aussi dans l’opinion publique, de savoir où en sont précisément les différents pays sur la question climatique. L’Accord de Paris (signé en 2015) repose sur une logique volontariste des différents États. Mais aucun classement, jusqu’à présent, ne permettait de quantifier le respect des engagements pris à cette occasion, en passant en revue les principaux critères de l’Accord. Il nous a donc semblé important de pouvoir le faire, avec un score global, de façon à avoir une sorte de monitoring du respect des engagements. Sinon, on n’a aucun moyen de juger les promesses, auquel cas ce sont des promesses en l’air !
Quels sont les principaux enseignements de ce classement ?
F.G. : Ce qui me surprend en termes de résultats, c’est la disparité qui apparaît au regard des différents critères. Certains pays sont très bons sur certains critères, comme sur l’adaptation ou l’appareil législatif par exemple, mais se révèlent mauvais sur d’autres. Inversement, certains pays ont des trajectoires de réduction de leurs émissions très importante, mais ne sont pas à la hauteur sur d’autres critères. Ainsi par exemple, le Danemark et la Suède, souvent considérés comme des modèles de la transition écologique, se retrouvent avec un score moins élevé que la France (ils se situent respectivement aux 11e et 17e rang sur 23 pays, alors que la France est 9e). Au regard de l’Accord de Paris, on ne peut pas dire que ces pays soient des modèles…
La place de la France, 9e sur 23 pays, vous surprend-elle ?
F.G. : Non pas du tout. Cette place de milieu de classement lui correspond tout à fait. La France est, en effet, très bonne sur certains critères, comme par exemple l’adaptation (qui évalue les efforts d’un pays pour renforcer sa résilience face aux effets du changement climatique), mais elle pourrait s’améliorer sur d’autres, notamment sur la trajectoire de ses émissions, la transparence au niveau international et le soutien aux pays du Sud.
Quel bilan faites-vous de l’Accord de Paris 8 ans après sa mise en place ?
F.G. : Cet accord historique a eu deux effets très positifs. D’abord, dès 2016, les investissements en faveur des énergies décarbonées dépassaient les montants investis dans les énergies fossiles. On ne pourra, bien sûr, jamais prouver un lien de causalité entre les deux, mais je pense que l’Accord de Paris a donné un signal clair aux marchés pour réorienter les flux d’investissement. C’est pour moi l’un des principaux effets à porter au crédit de l’accord ! Ensuite, nous étions en 2015 sur une trajectoire de +4 degrés par rapport à l’ère préindustrielle, aujourd’hui nous sommes plutôt sur une trajectoire de +3 degrés. C’est une amélioration incontestable. Nous saurons d’ici 2030 si nous sommes parvenus à infléchir encore davantage la courbe pour atteindre une trajectoire de 2 degrés.
Dans son dernier rapport, le PNUE (Programme des Nations Unies pour l’environnement) table sur un réchauffement supérieur à 3° en 2100 si rien n’est fait… Cet objectif de +2 degrés vous semble-t-il encore atteignable ?
F.G. : Le problème aujourd’hui, c’est qu’une partie des engagements ne sont pas respectés, et que les engagements ne sont pas à la hauteur des enjeux. Donc il faut vraiment intensifier les efforts si l’on veut se donner une chance d’y parvenir. J’espère que notre classement poussera les pays à renforcer leurs efforts en matière de transition écologique.
En France, le budget alloué à la transition écologique a été revu à la baisse pour 2025, avec une diminution des aides emblématiques comme MaPrime Rénov ou le fond vert, destiné aux collectivités locales. Ce n’est pas un bon signal…
F.G. : C’est sûr. Il est très difficile d’accélérer les efforts avec des investissements en baisse. Il va falloir être créatif et trouver des moyens pour la transition et l’adaptation qui ne dépendent pas uniquement des budgets publics. J’espère que la COP29 (qui se tiendra du 11 au 22 novembre à Bakou, en Azerbaïdjan), sera l’occasion de mobiliser davantage le secteur privé sur cette question.
Interview réalisée par Sandrine Trouvelot


