Le flou et l’attentisme politique dans la transition énergétique ne résument pas 2025. Sur le terrain, sur les marchés et même dans la réglementation, les initiatives et innovations n’ont pas manqué. La rédaction de GreenUnivers a sélectionné l’entreprise, l’infrastructure, l’investisseur, l’action et la personnalité qui, à ses yeux, ont le plus marqué le millésime.
L’entreprise : Octopus Energy a fait ses preuves et gagne en confiance
Maisons « sans factures » presque autonomes énergétiquement, éco-sessions pour inciter aux économies d’énergie, « fan club » pour commercialiser l’électricité en circuit court, offres de recharge de véhicules électriques intégrant le pilotage… Avec de la créativité, de l’anticipation, un marketing soigné et d’importants moyens financiers, Octopus Energy réussit son offensive dans la fourniture d’énergie en France. Il mobilise tous les leviers technologiques à sa disposition pour fluidifier le service client et profiter au maximum des opportunités désormais permises par la nouvelle donne des marchés de l’énergie. Ayant réussi à s’extirper sans trop de dommages de la crise de l’énergie de 2022, qui a mis à mal de nombreux concurrents, Octopus Energy revendique aujourd’hui en France 600 000 clients, un chiffre destiné à croître grâce notamment au contrat remporté à nouveau auprès de l’UFC-Que Choisir. Soutenu par d’importants financements, le groupe britannique est aussi ambitieux dans les investissements dans les infrastructures EnR françaises, ayant notamment pris le contrôle du développeur OX2.
→ Pour en savoir plus :
Comment Octopus Energy a remporté l’achat groupé d’UFC Que Choisir
Octopus Energy propose une offre de fourniture adaptée aux saisons
L’infrastructure : à Paris, le plus grand réseau de chaleur français change de main
Coup de tonnerre dans les réseaux de chaleur ! Après un siècle de gestion par la CPCU, majoritairement détenue par Engie, un nouvel exploitant a convaincu la Ville de Paris de lui confier son réseau de chauffage : Dalkia, associé à Eiffage et RATP Solutions Ville. Ce groupement détiendra 51% de la société d’économie mixte à opération unique (Semop) créée pour gérer le réseau pendant 25 ans à partir de 2027. La Ville en possédera 34% et la Caisse des Dépôts, 15%. En présidant cette nouvelle structure et disposant d’un droit de veto, la Mairie compte au passage renforcer son poids dans les décisions stratégiques : investissements, tarification, choix d’énergie… Long de 530 km, desservant près d’un million d’habitants avec 6 000 bâtiments raccordés à Paris et dans 16 communes limitrophes, ce réseau est le plus grand de France et l’un des plus importants d’Europe. Il est prévu d’investir 3,4 Mds€ en 25 ans. Notamment pour porter le taux d’énergies renouvelables et de récupération de 50,7% actuellement à 76% en 2034 et à 100% en 2050 grâce à la géothermie, la récupération de chaleur et aux combustibles solides de récupération. Le réseau est aujourd’hui surtout alimenté par le gaz (47,1%) et des incinérateurs (43,7%).
→ Pour en savoir plus :
- Réseau de chaleur de Paris : Dalkia lauréat, mais à quel prix ?
- Le Fonds chaleur très mobilisé en 2025 en Ile-de-France
- La géothermie avance en Île-de-France mais craint pour le Fonds chaleur
Le financeur : Enerfip à l’assaut du marché européen du crowdfunding
A l’heure où le marché du financement participatif monte en maturité et que certains de ses acteurs battent de l’aile, Enerfip tire son épingle du jeu et accélère la consolidation du secteur. Au dernier trimestre de l’année écoulée, la plateforme montpelliéraine, qui possède également des bureaux à Madrid, à Rome et à Amsterdam, a réalisé sa première opération de croissance externe en rachetant à la Société générale son concurrent Lumo, un autre pionnier du crowdfunding dans les énergies renouvelables. Enerfip a enchaîné par l’acquisition du spécialiste néerlandais du financement participatif DuurzaamInvesteren.nl. De quoi cumuler 1,4 Md€ levés… pour peser davantage sur le Vieux Continent, où dix principales plateformes européennes de financement dans le domaine de la transition énergétique se partagent désormais le marché. Onze ans après sa création, Enerfip ambitionne de poursuivre son expansion pour être présent dans une dizaine de pays européens à horizon 2030.
→ Pour en savoir plus :
- Enerfip rachète le leader néerlandais du crowdfunding
- Financement participatif : Enerfip s’empare de Lumo
- Enerfip continue à étoffer son réseau de partenaires bancaires
L’action : la réforme tant attendue des heures creuses
La réforme des heures pleines/heures creuses entrée en vigueur au 1er novembre n’est rien d’autre qu’un bouleversement. Sa double promesse tient dans la réduction des prix de l’électricité et des coûts du photovoltaïque, par la stimulation de la consommation d’électrons lorsque la production solaire atteint son zénith, en milieu de journée, en décalant les heures creuses sur cette plage horaire. Actuellement, plus de 1,7 million de clients expérimentent la mesure. À la fin de l’année 2026, plus de 11 millions de personnes seront concernées. Les clients professionnels seront, eux, intégrés à la fin du déploiement en 2027. Enedis espère déplacer jusqu’à 5 GW de consommation dans la journée, soit 5 à 10% de la consommation journalière en fonction de la saison. La Commission de régulation de l’énergie se garde la possibilité d’ajuster la réforme en cherchant continuellement les meilleures plages horaires d’heures creuses, avec par exemple davantage de saisonnalité. Le ministère de l’Économie, lui, n’a pas caché son souhait d’introduire des heures “super creuses” la nuit pour motiver la recharge des véhicules électriques
→ Pour en savoir plus :
- Enedis espère déplacer jusqu’à 5 GW avec le réforme des heures creuses
- Bercy pousse pour des heures creuses adaptées à la mobilité électrique
- Les prix négatifs pèsent sur les perspectives du solaire européen
La personnalité : François Guérin, pionnier de la ville solaire
Moins de subventions et une stratégie énergétique nationale aux abonnés absents… Et si l’avenir de l’électricité renouvelable tricolore se trouvait à l’échelon régional, municipal, individuel de même qu’à celui des entreprises et des coopératives ? Telle est la conviction de François Guérin, fondateur de See You Sun il y a neuf ans, initialement sur un concept d’ombrières solaires associée à la recharge de véhicules électriques en partenariat avec des foncières immobilières. Ce rennais, ancien de Langa et Direct Energie, a depuis élargi son marketing à l’autoconsommation photovoltaïque individuelle et collective, à l’échelle des collectivités locales et de leurs résidents. Ce qui a donné lieu en 2025 au lancement de l’offre « ville solaire », associant une commune et des particuliers dans une boucle d’énergie, avec des possibilités de tiers financement. Cette approche bottom up vaut à See You Sun d’être régulièrement cité par Olivier Hamant, un biologiste devenu chantre à succès de la « robustesse » économique et sociale par temps de crise. See You Sun exploite 200 MWc solaires dont 2 MWc en autoconsommation collective qui pourraient atteindre 20 MWc mi-2026.
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