Royaume-Uni, Danemark, Allemagne et désormais la France… Avec l’échec de l’appel d’offres pour la zone au large d’Oléron, l’Hexagone a dû essuyer un premier revers dans l’éolien en mer, comme d’autres pays ont déjà pu l’expérimenter. Incident de parcours ou point de non retour ?
L’absence de candidats à Oléron découle plutôt d’un mauvais calibrage du cahier des charges que d’une panne du système dans son ensemble. Un projet de 1,5 GW a bien été attribué en parallèle en Centre Manche, même si deux offres seulement ont été déposées. Pour Oléron c’est surtout un prix plafond à 100 €/MWh jugé trop bas par les développeurs, vu la complexité du site en eaux profondes, et l’absence de prise en compte des effets de sillage de la future extension qui ont joué. Mais il est évident que les estimations économiques passées se sont révélées trop optimistes pour l’éolien en mer dans son ensemble. Entre le lancement de l’appel d’offres à Oléron en 2022 et l’étude des dossiers en 2025, le prix des turbines a augmenté d’environ 40%, du fait aussi de la faible concurrence entre fabricants européens sur les machines très puissantes. Le risque de devoir installer des radars de compensation et les longs délais entre l’attribution et la mise en service du parc sont d’autres raisons de prudence citées par les développeurs actifs en France, dans un contexte marqué aussi par la hausse des taux d’intérêt.
+ 50% pour le prix de l’électricité
Preuve de cette nouvelle donne, la différence frappante entre les hypothèses faites par EDF Renouvelables, gagnant en Centre Manche en 2023, et TotalEnergies qui vient de remporter avec RWE l’extension de ce même parc. Le premier a proposé un prix de 44,9 €/MWh – 43,8 €/MWh aujourd’hui en appliquant l’indexation – et compte sur des turbines de 23,8 MW ; le second, deux ans plus tard, table sur 66 €/MWh et des éoliennes de 22,6 MW. Et ses coûts d’investissement et d’exploitation sont aussi plus élevés, souligne la Commission de régulation de l’énergie
Cette évolution ne concerne pas seulement la France. Elle a conduit à de nombreux revirements stratégiques et réorganisations de portefeuilles en Europe. Les énergéticiens préfèrent se concentrer sur les projets plus solides et rentables. L’éolien flottant, plus innovant et risqué, voit son jour de gloire encore repoussé. En France, le changement de cap le plus spectaculaire est celui de RWE, qui souhaite abandonner le projet en Normandie après l’avoir remporté. Mais d’autres acteurs étrangers, comme Iberdrola, Skyborn ou Vattenfall, s’éloignent de plus en plus du marché hexagonal, surtout en absence de visibilité sur le lancement du prochain appel d’offres multi-gigawatt promis par la PPE 3.
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