La filière biométhane en quête d’optimisation [Expobiogaz]

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©Expobiogaz

A l’annonce de la baisse des tarifs du biométhane, certains avaient avancé que la filière du biométhane, mature, n’avait plus de marge pour diminuer ses coûts. Au salon Expobiogaz de cette rentrée 2021, réduction des coûts et optimisation étaient pourtant à l’honneur. Questionné par GreenUnivers sur la perception des risques tarifaires par les financeurs, Marc-Etienne Mercadier, directeur d’investissement chez Eiffel Investment Group, se montre optimiste : « Nous attendons une transition douce mais la baisse des tarifs est une bonne chose. Elle va nous forcer à trouver des optimisations, notamment en améliorant l’efficacité énergétique des projets, en valorisant le CO2 et en trouvant des solutions pour réduire les coûts ». 

Plus grand, moins cher

TotalEnergies, qui participait au salon pour la première fois, entend bien rationaliser la filière. Arnaud Menager, directeur de la performance industrielle chez le nouveau propriétaire de Fonroche Biogaz, a notamment mis en avant les méthodes design-to-value, destinées à optimiser les installations “pour gratter jusqu’au dernier centime”. Avec le soutien de Biogaz Vallée et en partenariat avec le cabinet Hutisa, le CSF NSE (Comité stratégique de filière Nouveaux systèmes énergétiques) proposera des formations sur le sujet, dédiées aux porteurs de projets. Lors d’une étude de cas, Agrogaz a détaillé les stratégies de réduction de Capex d’un méthaniseur lorrain, notamment via l’achat d’un broyeur d’occasion. Une démarche logique mais pas anodine si l’on songe à d’autres filières comme la petite hydroélectricité, où les tarifs d’achat sont conditionnés à l’installation d’un matériel exclusivement neuf. 

Pour Guy Stoeltzlen d’Opale Energies Naturelles, le changement passera par des installations plus grandes. « Au lieu de 140 Nm3/h aujourd’hui, nous viserons maintenant des projets de 180 à 200 Nm3/h », rapporte ce chef de projets méthanisation. Mais qui dit plus grand projet dit plus grande quantité d’intrants, tout en évitant les CIVE (cultures intermédiaires à vocation énergétique). La pression sur l’approvisionnement en biodéchets va donc s’accentuer, et le modèle d’entreprise va devoir s’adapter. Pour assurer une visibilité sur le prix, il va devenir opportun de faire entrer au capital une communauté de communes en charge de la collecte de ces biodéchets. Idem pour des industriels voisins qui auraient des co-produits fermentescibles.

Valoriser les externalités positives 

« Le biométhane traverse sa crise d’adolescence, il faut accepter le changement et valoriser les externalités positives », explique le représentant d’Opale EN. Par exemple, cette station bioGNV en construction en annexe du méthaniseur Agro Energie du Pertuis, qui distribuera ses surplus de production. Pour un investissement de 1 à 1,2 M€, ces équipements dédiés aux flottes captives en charge du ramassage des biodéchets affichent un retour sur investissement de 3 à 5 ans. Même son de cloche chez Prodeval, où Jean-René Pouzin, responsable commercial industrie et mobilité, confie que le groupe modifie sa stratégie en vue de la baisse des tarifs. Les produits AgriGNV et CN Green ont été développés pour se positionner sur le secteur désormais privilégié de la mobilité biogaz. 

Guy Stoeltzlen rappelle également que l’externalité positive essentielle du biométhane reste la valorisation des déchets. Le tri à la source des déchets fermentescibles des collectivités, obligatoire à partir de décembre 2023, améliorera certainement la compétitivité de la filière. Un peu de prospective n’est pas à exclure non plus, puisque Opale EN réfléchit à utiliser les surplus de production pour fournir des services ancillaires aux réseaux électriques. La CRE ne se montrerait toutefois que peu à l’écoute de ce type de sur-investissement, pour le moment.   

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