Salaires dans les EnR : les juniors au plafond [Exclusif 1/2]

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(c) Pixabay

Comme chaque année, GreenUnivers publie son étude sur les salaires des cadres du secteur des énergies renouvelables en partenariat avec le cabinet Elatos. Dans un contexte économique dégradé par la crise sanitaire, le secteur se distingue par son dynamisme et recrute beaucoup. Une tendance confortée par le plan de relance présenté par le gouvernement la semaine dernière dans lequel la transition écologique tient une bonne place. Pour atteindre les objectifs ambitieux de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), la filière a besoin de bras mais se heurte à une pénurie de compétences qui se traduit par des salaires élevés.

Un secteur en quête de forces vives

Selon une étude d’EY commandée par le Syndicat des énergies renouvelables, pour tenir la feuille de route de la PPE, le secteur aura besoin de recruter des dizaines de milliers de personnes dans les prochaines années. Les besoins sont estimés à 236 000 en équivalent temps pleins (ETP) en 2028 contre 152 000 en 2019, soit 85 000 de plus. Toutes les entreprises interrogées par GreenUnivers affirment avoir au moins un poste à pourvoir, généralement bien plus. « Nous avons prévu de recruter 25 personnes supplémentaires en 2020, ce qui est tout à fait significatif par rapport à notre effectif de 80 salariés », annonce Patrick Simon, directeur général d’EDPR France. Même son de cloche du côté du développeur Technique Solaire qui vient de réaliser une levée de fonds de 25 M€. « Le recrutement est un sujet majeur pour nous car nous visons un doublement de notre équipe dans les trois prochaines années. Cela correspond environ à deux intégrations nettes par mois. Nous cherchons des profils variés : développeurs, chefs de projets, chargés d’exploitation, juristes du foncier, ou encore des ingénieurs étude », indique Thomas de Moussac co-fondateur de l’entreprise.

Un besoin de compétences qui se heurte souvent à un marché de l’emploi tendu. « La situation ne s’est pas améliorée depuis l’année dernière. Nous ne recevons pas assez de CV pertinents même sur des profils relativement standards. C’est encore plus difficile lorsque l’on souhaite sénioriser les effectifs car le vivier de cadres expérimentés est assez réduit », déplore Patrick Simon. Un avis partagé par Laura Bleunard, chargée de recrutement chez Urbasolar : « Le marché me semble encore plus tendu que d’habitude. L’arrivée de très grandes entreprises, du gaz ou du pétrole notamment, a engendré une concurrence accrue sur un marché qui n’avait pas besoin de cela. Les profils de prospection, développement commercial, de construction (chef de travaux) et de maintenance sont très recherchés ».

Les salaires des jeunes enflent

Loi de l’offre et de la demande oblige, les salaires sont tirés à la hausse par cette pénurie de compétences. Alors qu’une récente étude de l’Apec constate une stabilisation du salaire moyen des cadres en France en 2020 à 50 k€ annuels, le secteur des EnR ne semble pour l’instant pas sur cette ligne. Notamment sur les profils juniors qui, c’est l’un des enseignements de cette étude 2020, négocient rapidement, après 18 ou 24 mois, des rémunérations bien supérieures en changeant d’entreprise.  « Nous constatons que les profils relativement juniors (18-24 mois d’expérience) parviennent à valoriser leurs compétences dès le début de carrière et élargir leurs missions et leur domaine de responsabilités ce qui leur permet de bénéficier de bonds dans leurs rémunérations après seulement deux années d’activité dans le secteur », confirme Clara Phelippeau, directrice des Ressources humaines d’Arkolia Energies. C’est la raison pour laquelle dans cette étude, certains profils juniors affichent des salaires bruts annuels plus élevés que des profils seniors à poste équivalent. Cela traduit les bonnes négociations des cadres de la profession lors des recrutements réalisés par Elatos sur les 12 ou 24 derniers mois.

Un phénomène constaté également par Régis Olivès, directeur de l’école d’ingénieurs spécialisée Sup’EnR : « Ils sont beaucoup à vouloir tester et à changer rapidement si cela ne leur convient pas ou qu’une belle opportunité s’offre à eux. C’est une tendance qui ne s’observe pas uniquement dans les énergies renouvelables. Une étude menée auprès des écoles d’ingénieurs françaises montre que les nouveaux diplômés changent d’entreprise en moyenne 3,5 ans après y être entrés, ce qui est très court », constate-t-il.

Autre tendance de cette année, les rémunérations entre les secteurs de l’éolien et du solaire, à poste et expérience équivalent, tendent à se resserrer avec encore une légère avance dans le photovoltaïque, l’énergie renouvelable la plus privilégiée par la stratégie énergétique française. En matière d’éolien, les salaires recensés portent uniquement sur la filière terrestre, l’échantillon des recrutements pour l’offshore n’étant pour l’instant pas assez représentatif. Les rémunérations enregistrées par Elatos sur quelques responsables de ces projets à plusieurs milliards d’euros sont particulièrement conséquentes : 125 k€ pour un responsable du développement (exp 2-5 ans) et 180 k€ pour un responsable d’opérations expérimenté (> 10 ans). « Ces niveaux de salaires peuvent s’expliquer par le profil de ces candidats, certains issus de l’industrie de l’Oil&Gas habitués à d’importantes rémunérations, généralement avec un parcours plus riche, plus confirmé, et à la dimension internationale plus poussée », explique Jens Bicking, directeur d’Elatos.

Par rapport à l’édition de l’année dernière, certains postes affichent des salaires moyens annuels en nette hausse >10%). C’est le cas des responsables développement, responsables exploitation, responsables construction, quelque soit la filière : solaire, éolien, et méthanisation. Des hausses logiques puisque ces postes sont justement ceux pour sur lesquels les entreprises ont le plus de difficultés à recruter.  

Méthodologie

Cette étude a été réalisée par GreenUnivers avec les données fournies par notre partenaire Elatos, le cabinet spécialisé dans le recrutement des cadres du secteur des énergies renouvelables. Les salaires annuels bruts indiqués correspondent donc à une moyenne des recrutements réalisés par Elatos en 2019 pour chacun des postes, répartis en trois groupes d’expérience acquise. Lorsque l’échantillon n’était pas représentatif, ce sont les recrutements combinés des deux dernières années qui ont été pris en compte. Cette étude n’a pas vocation à servir de grille de salaires du secteur des énergies renouvelables, elle se présente comme une photographie des plus récents recrutements réalisés dans la filière.