Acofi cède 128 MW solaires et éoliens, renforce sa capacité de prêts

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Centrale solaire de Cestas © Neoen

C’est une transaction d’envergure dans les énergies renouvelables : Acofi Gestion a cédé la semaine dernière deux portefeuilles solaire et éolien, de 128 MW en tout, aux énergéticiens suisses Romande Energie et EOS Holding. Plus précisément, l’opération comprend la vente de 80% des 48 MW détenus dans la grande centrale solaire de 300 MW de Neoen à Cestas, la filiale d’Impala en conservant le solde. Et la cession de ...

78 MW, dont 37 MW éoliens, à EOS Holding (Energie Ouest Suisse), détenu lui-même partiellement par Romande Energie.

« Un changement structurel »

Un troisième deal est en préparation, sur un volume proche de 15 MW. Investisseur en equity dans les énergies renouvelables depuis plusieurs années, Acofi Gestion aura à l’issue cédé une grande partie de son fonds Transition énergétique France de 180 MW, composé d’actifs achetés en cours de construction ou déjà en service auprès de Neoen, Fonroche, RES en particulier. « C’est pour nous le bon moment de vendre ces actifs, que nous avons acquis au fil de l’eau depuis 2014. Ils ont été ensuite regroupés. Leurs financements ont été renégociés. Les contrats d’exploitation et la maintenance, optimisés. Par ailleurs, nous observons un changement structurel dans les énergies renouvelables, avec l’émergence d’un modèle basé sur la vente sur le marché et les PPA. De ce fait, il apparaît un nouveau risque, qui peut être positif ou négatif », explique Philippe Garrel, directeur des fonds infrastructures d’Acofi Gestion.

Prêteur long terme, en minoritaire

L’investisseur ne quitte pas le secteur pour autant. Il se positionne désormais surtout en tant que prêteur auprès des développeurs, constatant une forte demande de leur part. Un premier fonds de dette junior, Prédirec EnR 2030, est déjà opérationnel depuis 2016, à hauteur de 164 M€ et dans lequel la Banque européenne d’investissement (BEI) a investi. Un deuxième, Prédirec EnR 2, est en cours d’élaboration, avec un objectif de 300 M€. Il pourrait lui aussi accueillir la BEI, comme elle le signale sur son site. Attention, ici Acofi ne vise pas le marché des prêts relais, dits bridges, qui soutiennent en général la séquence de construction. L’approche de cet investisseur indépendant détenu par ses dirigeants consiste plutôt à prêter à long terme, en minoritaire, avec une rentabilité nette de 5% en ligne de mire. L’éventail déborde la production d’énergie renouvelable en France pour inclure des projets de transition énergétique européens, par exemple des réseaux de recharge de véhicules électriques et des travaux d’efficacité énergétique.

La stratégie de la société de gestion, dont les LPs* sont des investisseurs institutionnels (caisses de retraite, assureurs…) pourrait bénéficier d’un momentum favorable: crise Covid-19 et changement de modèle économique EnR obligent, les banques pourraient réduire leurs engagements dans les mois voire les années qui viennent, ce qui ménagerait des opportunités complémentaires pour les fonds de dettes.

Basé à Lausanne, EOS Holding (Energie Ouest Suisse) a été créé en 2002 par des électriciens et collectivités de Suisse romande : Romande Energie, le groupe E SA, la ville de Lausanne, les Services industriels de Genève et FMV. Il s’est fortement développé depuis 2010 dans les EnR, avec un parc installé d’environ 475 MW à la suite de cette acquisition auprès d’Acofi. EOS Holding détient une participation de 31,4% dans Alpiq, premier énergéticien de la confédération helvétique, lui-même issu d’un rapprochement entre EOS et Atel en 2009.

Premier fournisseur d’électricité en Suisse romande, Romande Energie compte plus de 400 MW renouvelables, en particulier dans l’hydroélectricité en Suisse et en France, où sa filiale Romande Energie France a repris en 2018 une centrale de haute chute de 8 MW. Le portefeuille français est composé de 10 centrales éoliennes et hydroélectriques.

*Limited partners, apporteurs des fonds investis par la société de gestion