Les coulisses de l’appel d’offres long terme

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(c) Pixabay

On connait enfin tous les lauréats de l’appel d’offres long terme. Le ministère de la Transition écologique et solidaire (MTES) a publié les résultats ce matin, précisés dans l’après-midi par RTE. Quelque 377 MW, sur plus de 1 500 MW proposés par 12 sociétés distinctes, ont été retenus. Le stockage représente les deux tiers du volume adjugé (253 MW), l’effacement le solde (124 MW). Fait notable : deux tranches sur quatre ont fait chou blanc.

Voltalis leader

Voltalis sort grand vainqueur de la compétition avec 119 MW, soit presque la totalité des capacités d’effacement allouées. Seul ...

Smart Grid Energy a également été retenu pour un effacement de 5,1 MW. Tous les autres lauréats ont opté pour la technologie des batteries, au premier rang desquels BHC Energy, filiale du groupe Total, qui remporte 103 MW, suivi d’Amarenco (ADF7) avec 75 MW et RES avec 48 MW contractualisés (même si les deux installations développées auront une puissance cumulée de 60 MW). A noter également la présence de quelques développeurs EnR bien connus tels que Neoen (11 MW), Innergex (7,6 MW) ou encore Valorem (1,1 MW).

Tous les lauréats désignés se concentrent sur les périodes 2021-2027 et 2022-2028, ce qui signifie que les périodes 2020-2026 et 2023-2029 n’ont pas trouvé d’offres satisfaisantes. Ce n’est pas le manque de projets (1 500 MW ont été proposés en tout), mais bien les prix plafonds fixés par la DGEC* – non communiqués aux candidats – qui ont engendré cet effet ciseau. Comme l’avait annoncé GreenUnivers hier, le prix plafond de la première période s’élevait à 19 000 €/MW, tandis que celui de la dernière période était de 21 800 €/MW. Des prix jugés trop faibles par les acteurs du secteur, pour des raisons différentes.

Les première et dernière sessions sans lauréat

La première tranche était relativement périlleuse pour les candidats, car elle imposait une mise en service de l’installation dans l’année avec des pénalités en cas de retard. Elle s’adressait sans doute aux opérateurs d’effacement ou à des projets de batteries bien avancés. Visiblement, les candidats ont jugé le rapport risques/avantages défavorables et ont tous proposé des prix trop élevés pour être retenus. De son côté, « la DGEC a sans doute fixé un plafond bas pour éviter les effets d’aubaine. Il n’était en effet pas très compliqué de recenser les quelques projets de batteries développés en 2019 », analyse Mathieu Bineau, président de Voltalis.

La dernière tranche a également fait chou blanc, mais pour d’autres raisons. La période 2023-2029 laisse suffisamment de temps aux opérateurs pour monter un projet même à un stade précoce, mais elle les oblige à s’engager sur des niveaux de prix plus bas que les période 2 et 3. Or, comme le rappelle Jean-François Petit, directeur général de RES France, « il y a une véritable incertitude sur le prix des équipements. Dans ces conditions, les perspectives de baisse de coûts affichés par l’administration étaient sans doute trop ambitieuses », estime-t-il.

En clair, les multiples études qui prédisent une baisse sensible du coût du stockage par batteries dans les années à venir, à l’instar de la chute du prix des modules photovoltaïques, seraient bien trop optimistes et leurs conclusions, pas partagées par les acteurs du secteur. Les retours d’expérience sur le terrain semblent d’ailleurs aller en ce sens. « Nous constatons que les marchés du stockage s’essoufflent après seulement 2-3 ans, car les prix ne baissent pas forcément autant que prévu et les mécanismes de rémunération additionnels n’ont pas eu le temps d’être mis en place. Nous l’avons observé aux Etats-Unis, et le phénomène commence à poindre au Royaume-Uni et en Allemagne », signale Jean-François Petit.

Une analyse qui n’est pas sans rappeler celle de Michaël Salomon, PDG de Clean Horizon Consulting, société de conseil et d’étude sur le stockage d’énergie, qui s’attendait dès 2018 à l’atteinte d’un prix plancher. Une bonne nouvelle pour l’effacement diffus qui se trouverait alors en bonne position face à l’effacement industriel et aux batteries. « Cela accrédite notre message que l’effacement diffus à vocation à prendre une large part de l’effort en matière de gestion du réseau », affirme Mathieu Bineau.