Le Palmarès 2020 des femmes des énergies renouvelables

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Membres du jury - Palmarès 2020 des femmes des EnR

Elles sont cette année 18 championnes de la transition énergétique distinguées dans cette 3e édition du Prix des femmes des énergies renouvelables, initié par le gestionnaire de parcs éoliens et solaires Greensolver et GreenUnivers. Les résultats ont été dévoilés ce 6 février lors du 21e colloque du Syndicat des énergies renouvelables.

Elles se répartissent en cinq catégories : territoires, entreprises, services (financement, juridique…), TPE/start-up et institutionnel. Avec pour chacune d’entre elles, une lauréate et des nominées. Le jury les a sélectionnées pour leur engagement quotidien, leur influence et la qualité de leurs réalisations dans l’année écoulée.

TERRITOIRES

Marjolaine Meynier-Millefert

Marjolaine Meynier-Millefert : l’énergie sans parti-pris

Elle aime expliquer. Au long de la conversation, son calepin se couvre de schémas, flèches, abréviations… Normal : avant d’entrer en politique, Marjolaine Meynier-Millefert était professeure d’anglais. Mais la pédagogue est aussi une fonceuse et elle s’est sentie à l’étroit dans l’institution, qu’elle abandonne en 2013 pour créer une agence de communication. Sur la lancée, elle s’investit dans la vie publique, se retrouve élue en 2015 au Conseil régional d’Auvergne Rhône-Alpes sur la liste du socialiste Jean-Jack Queyranne puis rejoint deux ans plus tard l’Assemblée nationale, avec La République En Marche. 

La jeune députée du Nord de l’Isère déploie ses deux talents, transmettre et agir, dans un secteur où personne ne l’attendait : l’énergie. A son palmarès, la rédaction l’année dernière d’un rapport sans concession sur l’efficacité des soutiens publics à la transition énergétique, dans le cadre d’une commission d’enquête impulsée et présidée par le député LR Julien Aubert. Désignée fin 2018 comme rapporteure, elle auditionne en masse avec ses collègues, complète par un travail de documentation fouillée, consacre des semaines à rédiger la synthèse. Le résultat, rigoureux et iconoclaste, va faire tousser, en particulier la filière des énergies renouvelables électriques, « un secteur qui ne doit pas bénéficier d’un prisme déformant, au détriment de la chaleur renouvelable, par exemple », réitère-t-elle aujourd’hui. Pourfendeuse des « religions énergétiques », elle renvoie dos à dos l’éolien terrestre et le nucléaire, d’autant qu’ils manquent tous deux de popularité selon elle. 

« Marjolaine Meynier-Millefert a résisté aux pressions et a rédigé un rapport parlementaire sur les EnR objectif et clair »

Jean-Louis Bal

L’immersion dans les watts et les joules a laissé des traces chez celle qui continue malgré tout à revendiquer « une approche de béotienne ». Elle détaille la formation du prix de l’électricité, pour démontrer, avec de nouveaux schémas sur le calepin, que les fameux 42 €/MWh coûtent en fait 60€ et qu’une réforme de la fiscalité s’impose.

Après avoir fait le point sur la production d’énergie, Marjolaine Meynier-Millefert a repris ses travaux sur comment l’économiser dans les bâtiments. « Je travaille sur un programme 100%, c’est-à-dire 100% rénové, financé, accompagné », annonce-t-elle. En parallèle, elle essaie de faire émerger un outil simple et robuste pour contrôler la qualité des travaux, « dans l’esprit du constat amiable pour les voitures ».

Jean-Philippe Pié

Agnès Langevine & Anne-Marie Perez
Barbara Pompili

ENTREPRISE

Cécile Farineau

Cécile Farineau : la porte-drapeau de l’éolien

Faire face aux vents contraires, c’est le quotidien de Cécile Farineau. Cette spécialiste de l’éolien occupe le poste de chef de projet chez Eurowatt, une PME découverte dans le cadre d’un projet de fin d’études. Le développeur avait signé un partenariat avec l’université de Technologie de Compiègne où elle étudiait pour faciliter le montage de projets de développement durable. Cécile Farineau a ainsi participé en 2009 à la création d’un bâtiment BBC dans la commune rurale d’Achiet-le-Grand, l’un des tout premiers du Pas-de-Calais. Forte de cette première expérience, c’est tout naturellement que la jeune ingénieure a poursuivi l’aventure avec Eurowatt, dans la région des Hauts-de-France, dont elle est originaire.

« Cécile porte haut les couleurs de l’éolien avec professionnalisme, droiture, humanité et éthique dans le respect des règles et en coopération avec les éleus et les populations»

Anne-Catherine de Tourtier

Dix ans plus tard, elle continue à promouvoir l’éolien dans cette région qui abrite 25% du parc installé français. Une tâche rendue plus difficile ces dernières années avec un positionnement anti-éolien assumé du président de région, Xavier Bertrand, qui n’hésite pas à « utiliser l’argent public pour faire passer des messages contre l’énergie éolienne, dans les journaux », se désole-t-elle. Sans oublier la pression que subissent les élus locaux du territoire, incités plus ou moins ouvertement à ne plus donner leur accord à de nouveaux parcs. Des conditions de travail pas vraiment idéales mais qui ne découragent pas cette trentenaire, bien au contraire.

Cécile Farineau s’inscrit pleinement dans le travail d’acceptabilité qu’entend mener la filière éolienne en France et estime que certaines critiques, comme sur les nuisances issues du balisage lumineux des éoliennes la nuit, doivent être résolues. Impliquée dans la filière, elle est également déléguée régionale Hauts-de-France chez France Energie Eolienne, un poste auquel elle a été reconduite en janvier dernier. Lorsque Cécile Farineau ne grimpe pas au sommet des turbines, elle pratique la plongée sous-marine aux quatre coins du monde pour découvrir et observer l’univers silencieux du Grand Bleu.

Romain Chicheportiche

Valérie Bouillon-Delporte & Anne-Claire Boux
Delphine Porfirio

SERVICES

Sylvie Perrin

Sylvie Perrin : l’avocate plaide pour le collectif

L’esprit d’initiative, le travail acharné, le sens du collectif et l’engagement écologiste.  Depuis ses études de droit à Bordeaux puis en Grande-Bretagne, Sylvie Perrin fait son chemin avec ces quatre carburants d’origine tout à fait renouvelable. L’initiative ? Partie pour son doctorat de droit pénal à Edimbourg à la fin des années 1980, elle y finance ses études en créant une entreprise de formation de juristes écossais, avec sept employés au bout de six mois. Trente ans plus tard, le goût de l’action l’incite à lancer la Plateforme verte, « un instrument pour rassembler les professionnels et pousser la transition énergétique en anticipant sur les projets », explique-t-elle. Avec une force de conviction certaine, puisqu’une centaine d’acteurs ont rejoint le groupe en deux ans.

Sylvie Perrin y déploie un autre talent, l’esprit d’équipe, réussissant même à associer les pouvoirs publics… En témoignaient l’année dernière ces réunions où, sur des sujets émergents ou épineux, la Direction générale de l’énergie et du climat échangeait sans filtre avec les professionnels.

« Elle a créé la Plateforme Verte, devenue en moins d’un an, un interlocuteur crédible pour la DGEC sur le financement des énergies renouvelables et un réel support pour ses membres »

Guy Auger

Depuis son entrée en 2008 chez De Gaulle Fleurance et associés, cette experte du financement dans l’énergie et le transport a su conquérir la confiance de ses interlocuteurs. Elle pratique son art à haut niveau mais profite aussi de l’organisation singulière d’un cabinet de 130 avocats : « je n’ai pas d’équipe. Nous bénéficions d’un modèle transversal. Associés et collaborateurs peuvent travailler avec et pour tout le monde ». Une souplesse qui va comme un gant à la sportive Sylvie Perrin qui s’en est inspirée pour sa Plateforme verte, où chacun est appelé à contribuer à un moment où un autre.

A l’évidence, la benjamine d’une fratrie de six se plaît dans la compagnie des autres, avec un côté chef scout mais aussi un relationnel empreint de délicatesse. La carrière réussie n’est d’ailleurs pas son horizon ultime. L’avocate d’affaires a milité entre autres aux Amis de la Terre, sans s’éterniser cependant « par manque de goût pour la politique ». Cette sensibilité écologiste est restée intacte et alimente une étonnante capacité à faire bouger les lignes et les gens.

Jean-Philippe Pié

Michèle Cyna & Christine Delamarre
Sophie Paturle-Guesnerot

START-UP/TPE

Amandine Albizzati

Amandine Albizzati : la vocation citoyenne

C’est désormais une tendance de fond de la transition énergétique : la dimension citoyenne. Pour Amandine Albizzati, c’est une vocation. Diplômée en 2002 de l’école de management EM Lyon, « avec une dominante finance », se souvient-elle, « je souhaitais travailler dans l’entreprenariat social. » Son parcours l’a mené pendant 15 ans dans la finance éthique avant d’être nommée PDG du fournisseur d’énergie renouvelable Enercoop en 2017. Auparavant, elle était directrice des relations institutionnelles de La Nef, coopérative financière dont l’une des priorités est le financement de la transition écologique, où elle était entrée en 2005.

A La Nef, elle a participé à la création ou siégé au comité de direction de multiples instances de l’économie sociale et solidaire. Dont Enercoop déjà : elle en était administratrice dès 2008. Ou encore du fonds citoyen Energie Partagée Investissement, qu’elle a présidé de 2012 à 2014. Elle connaissait donc déjà bien les énergies renouvelables quand elle a quitté La Nef. Le passage chez Enercoop s’est fait naturellement : « ce sont deux entreprises au statut coopératif qui grandissent en créant de la valeur pour leurs parties prenantes », résume-t-elle. Cette dimension coopérative lui tient très à cœur, « car elle offre de l’indépendance et, dans les moments difficiles, de la résilience ».

« Elle dirige un fournisseur d’énergie militant, emblématique de la montée en puissance des citoyens dans le monde de l’énergie »

Patricia Laurent

En prenant la tête du fournisseur d’énergie, Amandine Albizzati s’est plongée dans le quotidien d’une structure où la gouvernance partagée n’est pas un vain mot. Tous les salariés d’Enercoop sont sociétaires de la coopérative. Une autre spécificité tient à l’ancrage territorial, avec la complexité inhérente à toute organisation décentralisée.

Mais surtout, à 40 ans, Amandine Albizzati doit accompagner le développement d’une entreprise dans un secteur « qui bouge beaucoup, ce qui demande de l’agilité », observe-t-elle. Enercoop compte 205 salariés, en recrute une vingtaine par an et ne manque pas de projets. En 2020, l’objectif est de franchir la barre des 100 000 clients, de diversifier le mix d’approvisionnement, mais aussi de produire d’avantage d’énergie en propre. « D’abord grâce à des centrales photovoltaïques au sol », prévoit la dirigeante. « Mais nous avons aussi des projets éoliens dans les cartons. »

 Thomas Blosseville

Laetitia Brottier & Ondine Suavet

INSTITUTIONNEL

Hélène Demaegdt

Hélène Demaegdt : la fibre solidaire de la filière

Chaque année, la date du dîner de Synergie solaire figure en rouge dans les agendas des dirigeants des énergies renouvelables. Pas question de manquer cette soirée dans un lieu d’exception, qui conjugue philanthropie et business et permet de collecter des fonds. Ils étaient 310 inscrits à la dernière édition le 9 décembre, un nouveau record. « Les dirigeants oublient la compétition pour quelques heures car ils ont compris qu’on se situe à un niveau différent où tout le monde à sa place », se réjouit Hélène Demaegdt, présidente de Synergie solaire.

C’est elle qui est à l’origine de ce fonds de dotation lancé il y a tout juste dix ans, avec une ambition : créer un pont entre le monde des entreprises et celui des ONG pour faciliter l’accès à l’énergie dans les pays émergents, et notamment en Afrique. « Il me paraissait impossible de faire seulement du business en reportant à demain la solidarité, ce n’est pas un modèle gagnant », explique cette ancienne entrepreneure dans la grande distribution, formée à l’économie en France et aux Etats-Unis et convertie aux énergies renouvelables.

« Hélène a montré par sa personnalité chaleureuse et son investissement sans faille que les filières EnR étaient incontournables dans l’aide au développement. Avec Synergie Solaire, la solidarité prend tout son sens »

Hélène Gelas

Si elle a pu compter dès le départ sur le soutien du développeur Tenergie, elle a pris son bâton de pèlerin pour convaincre les autres acteurs de rejoindre l’initiative de mécénat. « A l’époque, les critères ESG n’étaient pas intégrés comme aujourd’hui, il fallait expliquer aux dirigeants le formidable levier qu’ils pouvaient actionner en s’engageant via des dons ou du mécénat de compétences. L’action peut paraître dérisoire à l’échelle individuelle mais la mutualisation permet de démultiplier les effets face à l’urgence écologique ».

En une décennie, 101 projets ont été soutenus dans 29 pays, permettant à plus de 840 000 personnes de bénéficier d’un accès à une énergie durable, avec l’aide de près de 200 entreprises de la filière. « Nous mettons en place des process rigoureux pour transformer les pratiques en profondeur, nous ne faisons pas de la charité », insiste cette grande voyageuse dont le port d’attache est à Aix-en-Provence.

Les projets ne manquent pas pour la présidente et sa petite équipe de trois personnes. Elle s’attaque à de nouveaux chantiers comme par exemple le recyclage de lampes solaires au Cameroun. « Il faut penser à tous les impacts de nos actions », insiste-t-elle. Autre nouveauté, un trail organisé le 27 mars dans les calanques de Marseille pour réunir les équipes des entreprises de la filière.

Patricia Laurent

Anne-Lise Deloron & Florence Lambert