Un nouveau projet important de capture du CO2 des cimenteries

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(@CimentsCalcia)

En vogue à la fin des années 2000, la récupération de C02 redevient à la mode au début de la décennie 2020, comme le montrent les nombreuses pages que lui consacre le dernier World Energy Outlook de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Un intérêt basé sur celui des acteurs économiques et notamment les espoirs du pétrolier Total, qui y consacre depuis plusieurs années quelque 10% de son budget de R&D de plus de 1 Md€ par an. Le français multiplie les initiatives ces derniers mois. Il annonce aujourd’hui lancer une étude de faisabilité de grande ampleur aux Etats-Unis, avec trois partenaires : le cimentier LafargeHolcim, le spécialiste du stockage souterrain Oxy Low Carbon Ventures (OLCV), filiale de la société d’exploration-production pétrolière texane Occidental, et Svante, société d’ingénieurs canadienne qui a mis au point une capture présentée comme rapide et bon marché. 

Leur projet vise à extraire et stocker en sous-sol jusqu’à ...

725 000 tonnes de dioxyde de carbone émises par Holcim Portland à Florence, dans le Colorado. Un volume non négligeable puisque comme le rappelait récemment Fabrice Del Corso, spécialiste de production de gaz & énergie chez Air Liquide, « on capture aujourd’hui 40 millions de tonnes de CO2 par an dans le monde, 80 millions de tonnes si on prend en compte la récupération assistée de pétrole » – mais sur plusieurs dizaines de milliards de tonnes d’émissions totales…

Des minutes à la place des heures

En pratique, le dispositif à Florence doit tester la technologie de Svante, une récupération offrant, selon le communiqué des partenaires, « un coût en capital inférieur de moitié aux solutions sur le marché ». Plus précisément, le procédé chimique de Svante est basé sur une absorption solide et non liquide du CO2, grâce à des nanomatériaux dotés de fortes capacités de stockage rapide sur de toutes petites surfaces. Svante annonce un cycle de capture puis relargage d’une minute, contre plusieurs heures pour les solvants liquides. Le tout, ie le procédé chimique et son intégration matérielle, a donné lieu à de nombreux brevets. « Grâce au coût réduit de la technologie de Svante et aux politiques volontaristes de crédits d’impôt – à l’instar du crédit d’impôt 45Q aux États-Unis – le captage de CO2 peut être rentable dans le cadre de certaines applications industrielles à grande échelle comme la cimenterie », affirme dans le communiqué Claude Letourneau, PDG de Svante.

Ce projet américain fait suite à un autre lancé au Canada cette fois, toujours par Svante, LafargeHolcim et Total, au printemps 2019 : Co2ment, pour récupérer le CO2 de la cimenterie de Richmond en Colombie Britannique et cette fois le réutiliser – ce qui explique l’absence ici d’un expert des cavités souterraines comme Oxy Low Carbon – en le réinjectant dans le nouveau ciment. Ce projet, qui bénéficie d’un modèle économique subventionné grâce à l’utilisation d’électricité d’origine renouvelable, prévoit de produire 3 000 tonnes par jour, soit plus d’un million de tonnes par an et doit être prêt d’ici la fin de l’année.