Les pistes pour mieux financer l’efficacité énergétique [Compte-rendu]

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(c) Luz De Valence

GreenUnivers et Business France, en partenariat avec l’Ademe, organisaient ce 26 novembre les 3e Rencontres internationales de la Transition Énergétique. Dédiée cette année au thème de l’efficacité énergétique dans l’industrie, cette conférence a permis d’identifier les marchés les plus actifs en la matière en Europe, et de rendre compte des difficultés persistantes auxquelles sont confrontés les acteurs du secteur. Parmi elles, le financement des opérations d’efficacité énergétique.

Agréger les projets

Les énergies renouvelables électriques sont devenues un produit financier sur lequel les acteurs de la finance n’ont plus peur d’engager des milliards d’euros. Comment répliquer ce modèle à l’efficacité énergétique ? Telle était la question centrale de la table ronde sur le financement ...

. « Ces opérations ont des coûts moyens plus faibles et sont davantage diffuses, ce qui complique leur financement. Par ailleurs, il n’y a pas non plus une avalanche de projets, ce qui freine leur agrégation », constate Pierre-Antoine Machelon, managing director d’Eiffel Investment Group.

Le coût des projets est une contrainte particulièrement prégnante pour des institutions financières internationales telles que la Banque européenne d’investissement (BEI) : « La taille des projets est trop modeste pour que la BEI y investisse en direct malgré notre intérêt certain pour ce domaine. De fait, sur les 15 Mds€ annuels investis par la banque européenne dans la transition énergétique, seuls 3 Mds€ l’ont été dans l’efficacité énergétique. Nous avons besoin d’agrégateurs capables de réunir suffisamment de projets pour atteindre une taille critique », explique Elodie de Récy, directrice du bureau France de la BEI.

Après l’éolien et le photovoltaïque, RGreen Invest s’intéresse de plus en plus à l’efficacité énergétique. Le fonds a signé une première série de contrats de performance énergétique (CPE) avec la chaîne de supermarchés Ecomax dans les départements d’outre-Mer. Une dizaine sont déjà opérationnels, une vingtaine en cours de réalisation. RGreen souhaite dupliquer son modèle appliqué aux EnR, consistant à s’associer à des partenaires pour faire du financement en fonds propres sous forme d’obligations convertibles. « Notre ambition n’est pas de financer pour ensuite revendre mais de garder les projets sur toute la durée du fonds », justifie Olivier Guillaume, associé et directeur d’investissement de RGreen Invest.

Les fonds veulent des standards

Agréger les projets est une chose, financer cette myriade d’opérations, certes réunies en blocs, en est une autre. « L’une des raisons du succès du financement des énergies renouvelables a été la capacité des acteurs à standardiser les modèles de financement. C’est le principal enjeu des opérations d’efficacité énergétique. La standardisation est fondamentale pour massifier leur financement », estime Pierre-Antoine Machelon. Et ce dernier de saluer le système des Certificats d’économies d’énergie (CEE) « qui vont parfaitement dans ce sens et qu’il ne faut surtout pas remettre en cause ».

Son de cloche quelque peu différent du côté de GreenFlex : « Les CEE sont la cerise sur le gâteau, rien de plus. Il n’y a aucune garantie de pérennité, cela ne vise qu’à doper le marché », tranche Benoit Hémon, directeur des opérations commerciales de l’entreprise. Selon lui, les clés de la réussite de ce marché résident en deux mots : réglementation et éducation. « Lorsqu’il devient incontournable de modifier des équipements ou des process pour ne pas contrevenir aux normes en vigueur, la question du TRI ne se pose pas », constate-t-il. Lorsque ce n’est pas le cas, Benoit Hémon estime qu’il faut faire de la pédagogie : « Le challenge est d’éduquer cet univers industriel à ces problématiques énergétiques, et notamment les directeurs financiers avec qui nous traitons en permanence. Nous essayons de les faire sortir du débat sur le retour sur investissement. Nous préférons confronter les charges entre elles en proposant des solutions de leasing par exemple. Le client y gagne dès la première année ».

Le volet financement reste néanmoins incontournable, les industriels rechignant logiquement à investir des fonds propres dans des opérations qui ne constituent pas leur cœur de métier. C’est sans doute le point fort de GreenFlex qui, depuis son rachat par Total, a vu ses capacités financières se décupler. « L’arrivée de Total nous a apporté une puissance financière qui rassure nos clients et nos partenaires financiers. Nous pouvons désormais prendre des garanties de plusieurs millions d’euros et accepter dans les contrats que nous signons des pénalités astronomiques si nous dévions de la trajectoire prévue », poursuit Benoit Hémon. Ce dernier joue la carte du financement à fond en se faisant régulièrement accompagner aux rendez-vous clients par un partenaire qui propose différents véhicules : leasing, financement structuré, tiers-investisseur, etc. Signe qu’en matière d’efficacité énergétique, la taille critique est une problématique qui concerne autant les projets que les entreprises qui les mènent.