Sept producteurs EnR s’unissent pour lancer une offre verte

Print Friendly, PDF & Email

Vous connaissez le label « Appellation d’origine contrôlée » (AOC), garant des caractéristiques, des qualités et du terroir d’un produit alimentaire ? Voici « Électricité Verte d’Origine Contrôlée » (Evoc), une marque qui s’en inspire pour l’électricité renouvelable produite en France. Elle est lancée aujourd’hui par un collectif de sept producteurs : Akuo, à l’origine de l’initiative, Boralex, Nass & Wind, Reden Solar, Tenergie, Valorem et VSB Energies nouvelles. A ces ETI indépendantes s’ajoute le fournisseur Plüm qui commercialisera la production vendue sous cette marque. L’opération bénéficie aussi du soutien du moteur de recherche tricolore Qwant, qui sera le premier client d’Evoc et en assurera la promotion.

Apporter de la clarté

« Il n’existe aujourd’hui aucune transparence sur les offres présentées comme vertes aux consommateurs et dont beaucoup reposent sur des garanties d’origine issues des centrales hydroélectriques norvégiennes amorties depuis longtemps. Il est temps d’apporter de la clarté », explique Eric Scotto, président d’Akuo, ...

qui souhaite que les citoyens puissent choisir des offres vraiment vertes, quitte à ce que le tarif soit un peu plus élevé. « Il faut un différentiel limité, de 10 à 15%, mais c’est en payant le juste prix que l’on participe à la transition énergétique en créant de l’activité et des emplois dans nos régions. Aujourd’hui, tout le monde veut être vert mais personne ne veut payer la peinture », poursuit-il. « Il est important d’ouvrir au grand public les moyens de choisir une énergie exclusivement renouvelable, et en accès direct », ajoute de son côté Nicolas Wolff, directeur général Europe de Boralex, qui identifie là un nouveau canal de vente à côté des appels d’offres, des PPA…

Concrètement, la marque Evoc pourra être apposée sur les nouvelles centrales et celles sortant du tarif d’achat exploitées par des producteurs ayant rallié l’initiative. Toutes les énergies sont concernées – éolien, solaire, biomasse, petite hydroélectricité – pour des centrales implantées en France. « Nous avons voulu la définition la plus simple possible pour éviter toute controverse », insiste Eric Scotto. La centrale de solaire flottant de Piolenc (Vaucluse), inaugurée aujourd’hui par Akuo, est la première à intégrer ce dispositif. 

En attendant le label de l’Ademe…

Cette initiative est lancée alors que l’Ademe a initié un groupe de travail en juin dernier pour établir une méthodologie permettant de clarifier ces offres vertes encore marginales (5% du marché) mais qui progressent très rapidement (+ 100% en trois ans). Une nouvelle réunion s’est tenue début octobre avec une trentaine de professionnels (fournisseurs, courtiers…) mais le consensus est difficile à établir, car les fournisseurs ont des modèles économiques différents, certains piochant beaucoup dans les garanties d’origine, ajoutant de l’énergie nucléaire sous Arenh (électricité nucléaire fournie par EDF à 42€/MWh)… L’Ademe prévoit malgré tout de mettre sur la table une première proposition en janvier, avec un « label à étoiles » pour distinguer les offres. Pour les sept producteurs concernés, Evoc a vocation à rallier ce dispositif en obtenant « la note maximum de ce futur référentiel ». 

D’autres producteurs indépendants pourraient rejoindre l’initiative. Côté distribution, Plüm Energie, dont Akuo est devenu actionnaire minoritaire, est pour l’instant le seul adhérent à Evoc. « Mais il n’y a pas d’exclusivité, nous espérons que d’autres indépendants nous rejoindront », précise Eric Scotto.

Distinguer le bon grain de l’ivraie

Selon Vincent Maillard, co-fondateur en 2014 et dirigeant de Plüm Energie, le label Evoc va s’intégrer dans la gamme du fournisseur sans augmentation de tarif. Le positionnement sur les économies d’énergie est conservé, via des prix plus chers en heures pleines mais préférentiels lors des heures creuses pour faire baisser la facture finale. Quel volume espéré ? « Il est trop tôt pour le dire, cela dépendra de la demande de nos clients, bien entendu. L’important est de noter que nous proposons une inversion ici de la logique de marché : ce sont d’abord les clients qui soutiennent et vont tirer vers le haut la production d’électricité verte et française, à la place d’un mécanisme conduit par les soutiens publics ». Le tout étant assis sur un produit en avance sur le futur label de l’Ademe, l’agence voulant elle aussi distinguer le bon grain de l’ivraie.

Ce qui n’est pas si facile. D’ailleurs, qui fournira l’électricité les soirs de février sans vent, pour les clients d’Evoc ? Vincent Maillard assure que sur l’année, chaque MWh vendu sous cette marque correspondra à un MWh acheté aux producteurs EnR partenaires, en France. Mais au jour le jour, il faudra bien équilibrer la production avec de l’achat-revente d’électricité conventionnelle sur les marchés de gros, sans s’interdire d’éventuelles reventes d’Arenh. Dans l’esprit de Vincent Maillard, c’est un pis-aller temporaire : « Lorsque les volumes éoliens, solaires, hydroélectriques seront suffisants, nous aurons une courbe de production proche du nucléaire actuel » ; la question de la parité entre consommation et production ne se poserait alors plus.
J-PP.