Comment Marseille va électrifier son port de commerce

Print Friendly, PDF & Email
(Crédit : T. Blosseville)

Marseille convertit son port à l’électricité et l’enjeu est de taille : l’objectif est de doubler sa capacité d’alimentation pour atteindre 55 MW dans 5 ans. Non pas sur le Vieux-Port, qui abrite la navigation de plaisance, mais pour les ferries et autres bateaux de croisière qui accostent à son port de commerce. La feuille de route prévoit 3 échéances dans les prochaines années, avec notamment un projet photovoltaïque en autoconsommation.

De l’électricité « verte »

En septembre dernier, la Région Sud-Paca a présenté son plan « Escale Zéro Fumée », qui prévoit 30 M€ d’investissement pour l’électrification à grande échelle des ports de Marseille, Toulon et Nice. Mais Marseille ...

ne part pas de rien. Son port de commerce comprend 10 km de quais, qui accueillent 3 400 escales de bateaux par an. Historiquement, il est propriétaire de son réseau électrique. Plus précisément, il est raccordé au réseau d’Enedis par 3 points de livraison, mais gère une boucle à 20 kV sur ses terrains.

Sur un an, le port consomme 35 GWh d’électricité. Depuis cette année et pour 3 ans, c’est auprès d’Engie qu’il s’approvisionne (après un contrat auprès d’EDF). Le port a souscrit à une offre « verte » via des garanties d’origine. Sur les 35 GWh/an consommés, il alimente déjà depuis longtemps des navires – mais en basse tension – pour un total de 8 GWh.

Le trafic vers la Corse en 2020

Plus récemment, il a aussi engagé un programme d’alimentation en haute tension. Depuis 2017, trois navires de la Méridionale sont ainsi équipés pour fonctionner à l’électricité à quai. Cette compagnie dessert la Corse et, chaque jour, un ou deux de ses bateaux se branchent à Marseille. Désormais, l’objectif est d’en faire autant avec l’autre compagnie qui dessert l’Île de Beauté, Corsica Linea. Celle-ci possède 3 navires. L’un a été équipé pour se brancher à quai et il est opérationnel depuis ce mois d’octobre. Les deux autres doivent suivre l’an prochain. « Fin 2020, l’intégralité du trafic vers la Corse sera ainsi électrifié à quai », résume Sophie Rouan, cheffe du département énergie et voyageurs du port de commerce. « Nous pourrons accueillir simultanément 4 navires avec des capacités d’alimentation de 2 à 2,5 MW chacun. » Cela représentera une consommation de 8 GWh/an.

La deuxième échéance est fixée à 2022. Elle concerne, cette fois-ci, les ferries qui assurent la liaison avec le Maghreb. Ils stationnent moins longtemps à quai (1 000 heures par an, contre 2 000 pour les bateaux vers la Corse), mais ils requièrent une plus grande capacité (5 MW chacun). L’objectif est d’en brancher deux simultanément. Enfin, troisième étape, à l’horizon 2024, le but est de raccorder les navires de croisière. Ces derniers stationnent encore moins longtemps (jusqu’à 300 à 400 h/an), mais avec des appels de puissance encore plus conséquents (en moyenne 8 à 10 MW, voire jusqu’à 12 MW). Et surtout, ces bateaux qui voyagent à travers le monde fonctionnent souvent à une fréquence différente (60 Hz et non 50 Hz comme les bateaux européens).

Un projet solaire de 6 à 8 MWc

« Le port de Marseille est situé dans une zone qui ne manque pas d’électricité. Dans ce projet, l’enjeu principal pour le réseau est l’appel de puissance que ces branchements à quai vont générer », souligne Cédric Boissier, le directeur régional d’Enedis. Pour alimenter tous ces navires, il faudra en effet ajouter une capacité de 30 MW aux 25 MW que le port est capable de supporter. Une capacité supplémentaire dont le port espère disposer d’ici à 18 mois. « L’important pour Enedis est de proposer une solution de raccordement suffisamment évolutive et résiliente. Nous prévoyons donc à ce stade d’ajouter deux points de livraison, capables de fournir 15 MW chacun, aux trois existants », précise Cédric Boissier.

Une autre piste, complémentaire, est suivie par le port : celle du photovoltaïque, plutôt à l’horizon 2023-2024. Le port prévoit en effet de couvrir ses hangars de panneaux solaires, dont le dimensionnement sera certainement calé sur le talon de consommation du site. A ce stade, une pré-étude a été réalisée et le projet envisagé représenterait 6 à 8 MWc à 100% en autoconsommation.