Les ports de la région Sud se lancent dans l’électrification à grande échelle

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(Crédit : Port de Marseille)

La région Sud va consacrer 30 M€ à l’électrification de ses trois ports d’envergure internationale, Marseille, Toulon et Nice, a annoncé ce matin Renaud Muselier, président du conseil régional. Lequel compte aussi sur 4,5 M€ de fonds européens. Baptisé « Escales sans fumée », le plan est destiné à réduire puis supprimer les émissions polluantes lors du stationnement des navires, sachant qu’un paquebot à quai consomme entre 500 et 2 000 litres de fuel par heure. La région va investir 20 M€ dans la construction de convertisseurs et câbles à Marseille et 5 M€ dans le soutien aux compagnies maritimes. Elle va aussi engager 1 M€ pour encourager le recours au gaz naturel liquéfié – sans doute le carburant de demain pour les navires – et 2 M€ dans l’hydrogène – celui d’après demain ? – et les autres énergies.

Navires de croisière connectés en 2025

Le calendrier ? Renaud Muselier souhaite qu’à l’horizon 2023, ...

100% des ferries soient « branchables » à quai dans la cité phocéenne, en s’appuyant entre autres sur la stratégie de l’armateur Corsica Linea ; la compagnie a commencé à transformer trois navires de sa flotte, avec d’ailleurs une subvention de 750 000€ de la région. En 2025, l’offre électrique du port de Marseille devra aussi être opérationnelle pour les navires de croisière. Cet objectif est selon Renaud Muselier une première en France et en Méditerranée, une douzaine de ports étant de fait et pour l’instant déjà équipés dans le monde, notamment en Allemagne et en Scandinavie. Les travaux doivent ici mobiliser des fonds de la région, de l’État (le grand port de Marseille est sous sa tutelle), de l’Europe et de l’Ademe. Provence-Alpes-Côte d’Azur compte pas moins de 2,7 millions de croisiéristes chaque année et détient 15,8% du marché mondial.

D’autres mesures sont prises pour limiter la pollution maritime, qui représenterait 10% de celle de la ville de Marseille, par exemple des baisses de vitesse dans l’enceinte portuaire, y compris pour les bateaux de plaisance et des aides à la pose de filtres à particules dans les échappements. Selon l’ONG Transport & Environment, le fuel maritime serait 2 700 fois plus « sale » que le carburant utilisé par le transport routier…

Forte puissance et tour de Babel

L’électrification des ports n’est pas une mince affaire et va coûter cher. D’une part, parce que les appels de puissance des bateaux sont considérables. La connexion d’un paquebot moyen, qui consomme 700 litres de carburant, nécessite une capacité de 12 MW. Un ferry a besoin de 1,2 MW. De l’autre et comme l’expliquait Pascal Paucod, en charge des activités Marine et Energie du groupe industriel danois Danfoss, lors du Forum E4SM organisé les 14 et 15 mars derniers, la difficulté est d’électrifier à différentes fréquences et tensions, ces dernières étant des plus hétéroclites à bord : par exemple, « 60% des navires sont en 60 Hz », évaluait ce professionnel, en particulier les américains et ceux de l’Otan. Pour rappel, le réseau européen fonctionne sur 50 Hz.

Marseille, Toulon et Nice ne sont pas seuls à se lancer dans l’électrification à grande échelle. A Dunkerque, le Grand Port Maritime installe pour 3 M€ quatre convertisseurs électriques dimensionnés à 8 MW, destinés aux porte-conteneurs en leur fournissant justement ce courant en 60 Hz. L’électrification des ports français répond à la réglementation européenne, qui interdit aux navires restant plus de deux heures à quai d’y brûler du fioul lourd.