Le plus grand parc éolien flottant du monde au service du pétrole

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(Crédit : Equinor)

Le projet éolien en mer flottant de Hywind Tampen, développé en mer du Nord par Equinor (ex-Statoil), a reçu un soutien de taille de la part d’Enova, une société dépendant du ministère norvégien du Climat et de l’Environnement qui finance des projets énergétiques innovants. En apportant près de la moitié de l’investissement nécessaire, Oslo donne un sérieux coup d’accélérateur à ce parc éolien flottant qui deviendra, de loin, le plus puissant du monde avec 88 MW de capacité cumulée. Ironie de l’histoire, l’électricité servira à alimenter des plateformes pétrolières et gazières…

DFI à l’automne

Enova a apporté le 22 août quelque 2,3 milliards de couronnes norvégiennes (231 M€) au projet Hywind Tampen (88 MW). Cela représente près de ...

la moitié de l’investissement total estimé par Equinor à 5 Mds NOK, et s’ajoute aux 566 MNOK (57 M€) engagés par le Nox Fund, un autre fonds norvégien créé en 2008 par le gouvernement avec l’appui de 14 organisations professionnelles de l’industrie. Grâce à ces soutiens publics, Equinor (dont l’Etat norvégien détient 67% du capital) a annoncé vouloir prendre sa décision finale d’investissement dès l’automne prochain. Le calendrier de construction et de mise en service des 11 éoliennes de 8 MW n’a en revanche pas été précisé par le groupe norvégien, mais il pourrait correspondre avec les fermes pilotes françaises.

Equinor pourra s’appuyer sur le retour d’expérience de son premier projet pilote en Norvège et surtout du premier parc flottant construit en Ecosse. Baptisé lui aussi Hywind, il est en exploitation depuis 2017 et comporte 5 turbines de 6 MW chacune, produites Siemens-Gamesa. Associée bientôt à une batterie de 1 MWh, cette ferme commerciale de 30 MW a récemment fait l’objet d’un PPA sur 20 ans avec Dansk Commodities.

Finalité fossile

La nouvelle fera sourire certains, grimacer d’autres, mais Hywind Tampen avance à grands pas… au service de l’industrie pétrolière. En effet, sa production ne sera pas injectée sur le réseau norvégien, mais servira à alimenter en électricité 5 plateformes destinées à exploiter des champs pétroliers et gaziers, Snorre et Gullfaks, dans lesquels Equinor détient respectivement 33,3% et 51% des parts. La compagnie y voit un bon moyen d’assurer l’alimentation de ces plateformes, qui utilisent généralement des groupes électrogènes. Elle compte ainsi couvrir un tiers de leur consommation, et réduire de 200 000 tonnes par an les émissions de gaz à effet de serre

Le groupe norvégien croit beaucoup à l’éolien flottant et estime diminuer de 50% le coût de construction par MW dès 2023. Il vise un LCOE de 40 à 60 €/MWh à l’horizon 2030. Si Equinor est le développeur actuellement en pointe en matière d’éolien flottant commercial, d’autres s’y intéressent de près, et là encore leur profil est lié à l’industrie pétro-gazière à l’image d’Engie avec Windfloat au Portugal, ou encore Shell qui va tester avec Innogy le démonstrateur Stiesdal en Norvège.