Allianz France investit dans la transition, directement mais prudemment

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(Crédit : Allianz)

Investisseur de 18 M€ en direct dans le nouveau fonds TechForGood de la société de gestion à impact Citizen Capital, l’assureur Allianz France est en discussion pour faire de même dans d’autres domaines. « Nous réfléchissons à la manière d’élargir notre horizon, en regardant notamment la mobilité propre et le stockage d’énergie », indique Yann Duvaud-Schelnast, directeur des investissements durables de cette compagnie. Figurent aussi dans le scope la gestion de l’eau, l’immobilier vert, la préservation des terres et l’éducation, car Allianz France applique ici une méthode RSE* qui le conduit à accorder de l’intérêt aux questions sociétales.

Ces originales mises de fonds sans intermédiaire, assez proches de ce que développe aussi son concurrent Maif via son fonds Maif Transition avec Akuo Energy, devraient être complétées par ...

des investissements dans des sociétés d’asset management et des fonds orientés vers la transition, par exemple les véhicules d’Eiffel Investment Group ou de Meridiam. En revanche, l’assureur ne veut pas afficher d’objectifs volumétriques précis. On saura seulement que le rendement attendu pour TechForGood se situe entre 4% et 6%, pour deux à trois opérations à réaliser chaque année.

Difficile de « trouver des offres attractives »

En fait, cet investisseur long terme, par nature amateur de situations stables, veut pour le moment investir pour mieux apprendre et comprendre l’économie proclimat et la transition économique qu’elle suppose. Il le fait avec la plus grande prudence, comme en témoigne la proportion d’actifs dits verts dans son portefeuille français : 3,5 Mds€ sur 85 Mds€, dont 2,2 Mds€ dans l’immobilier peu énergivore, 477 M€ dans les énergies renouvelables (éolien, solaire) et le solde en obligations vertes. A la recherche de « bons rendements » mais aussi de sécurité pour ses épargnants et ses ratios prudentiels, Allianz France avoue « avoir du mal à trouver des offres attractives », selon ses critères exigeants de performance. Dans les infrastructures en général et dans les énergies renouvelables en particulier, regrette Mathias Seewald, directeur de l’ensemble des investissements. La réduction des aides fiscales pour les EnR aux Etats-Unis par le gouvernement Trump a ainsi incité la maison-mère d’Allianz France à réviser ses ambitions dans ce pays, où un véhicule spécifique pour financer les EnR était prévu. Autre avatar de cette grande prudence et toujours à l’échelle du groupe Allianz, la sortie complète des actifs dans le charbon n’est pas prévue avant 2040, ce qui correspond d’ailleurs à la politique de l’Allemagne à l’égard de ses centrales électriques.

Or, comme le précise Yann Duvaud-Shelnast, le portefeuille d’acifs du groupe affiche aujourd’hui une empreinte carbone qui le place sur une trajectoire entre +2,7 C° et +4 C°, éloignée des engagements pris par les acteurs financiers lors de la Cop 21. Pour l’infléchir, sans doute faudra-t-il allonger la politique actuelle des petits pas. Pour le moment, c’est plus facile quand l’alliage technologie+écologie, manifeste dans l’agritech par exemple, inspire confiance à l’investisseur et laisse prévoir des décisions. Cela l’est moins dans l’hydrogène ou la biomasse, qu’Allianz pressent comme secteurs d’avenir mais en se posant beaucoup de questions sur la durabilité (l’exploitation des forêts) et les modèles économiques. Cela dit, les acteurs des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique apprécieront quand même tout de suite de trouver chez ce puissant investisseur institutionnel une aptitude à miser pour voir, même si les jetons sont petits.

*Responsabilité sociale et environnementale