PPE : le biométhane garde ses chances, une réallocation depuis l’éolien évoquée

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(Crédit : J-P P.)

Le projet de loi énergie-climat débute son parcours à l’Assemblée nationale et se trouve en ce moment sur le bureau de la Commission du développement durable. Le texte, qui acte la nouvelle feuille de route de la capacité électronucléaire et les 20% de baisse de consommation en 2030, est un préalable pour l’adoption de la future Programmation pluriannuelle de l’énergie. Laquelle bute notamment, côté production d’énergie renouvelable, sur le soutien accordé au gaz vert. « Les choses bougent un peu mais nous restons inquiets », résume Didier Holleaux, directeur général adjoint d’Engie, qui signale quand même une possible réallocation partielle, à l’avenir, des soutiens publics depuis « les projets difficiles, pour des raisons d’acceptabilité – l’éolien ...

terrestre, NDLR – vers d’autres secteurs, comme le biogaz ou l’éolien offshore.

Matignon plutôt bien disposé

Même optimisme prudent chez Patrick Corbin, président de l’Association française du gaz (AFG). Il s’attend à ce que le Premier ministre tranche dans les jours qui viennent, dans un sens plutôt favorable à son secteur : « nous avons un début de retour de Matignon, qui considère que la période entre 2019 et 2023 doit être consacrée à installer la filière du biométhane ». Par conséquent, l’AFG espère que la proposition de la filière gazière de diminuer le tarif de rachat de 2% par an d’ici là, idée reprise par le Conseil supérieur de l’énergie, sera retenue, de même que la production de 8 TWh en 2023, contre 6 TWh dans le texte officiel. Lequel prévoit que le soutien doit passer de 95€/MWh aujourd’hui à 67€/MWh dans quatre ans. « Des positions commencent à bouger, commente Patrick Corbin. Quand on injecte 1 TWh de biogaz dans le réseau, c’est 1 TWh de moins de gaz fossile. Quand on soutient l’électricité renouvelable en substitution de l’électricité nucléaire, le gain pour le climat ne saute pas aux yeux ».

Les radiateurs électriques tiennent la corde

D’ailleurs, sur le terrain, l’année commence bien pour le biométhane, puisqu’une capacité de 145 GWh/an a été installée au premier trimestre 2019, contre 85 GWh sur la même période l’an dernier. En revanche, l’argumentaire de la filière gazière sur l’électrification des usages dans le bâtiment semble moins écouté par les pouvoirs publics. C’est la “fameuse” histoire du coefficient de transformation de l’énergie primaire en électricité dans la future réglementation environnementale 2020 pour le neuf, qui pourrait devenir plus favorable aux électrons en passant de 2,58 à 2,1. Face aux chaudières à gaz (55 % du marché aujourd’hui) entre autres, ce nouveau calcul remettrait en selle les radiateurs électriques dans bon nombre de logements neufs (les pompes à chaleur restant trop onéreuses) et susciterait de forts appels de puissance en hiver à l’avenir, pour des centrales électriques… surtout à gaz.

D’autant plus qu’en parallèle, le mix électrique des pays voisins aura évolué vers les EnR électriques variables, ce qui fragiliserait le recours aux importations aux moments critiques, défend l’AFG. Quid des effacements et des économies d’énergie, qui doivent compenser la nouvelle demande, selon le secteur électrique ? « On peut travailler à la réduction de la pointe de consommation, mais il n’est pas possible de produire cet effort deux fois en même temps. En clair, le volume de flexibilité envisagé aujourd’hui par les électriciens ne peut compenser à la fois l’essor de la mobilité électrique et cette électrification des bâtiments », affirme Patrick Corbin.