« Nous voulons du dynamisme sur le terrain » [Gwenaëlle Avice-Huet, Engie]

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Gwenaëlle Avice-Huet (Crédit : Engie)

Entretien avec Gwenaëlle Avice-Huet, directrice générale adjointe d’Engie –

Où en est Engie dans les énergies renouvelables, à mi-2019 ? Nommée au comité exécutif du groupe, en charge des énergies renouvelables mais aussi d’Engie North America et désormais basée à Houston (Texas), Gwenaelle Avice-Huet est au coeur de la transformation du groupe, qui a procédé ces derniers mois à de nombreuses acquisitions dans les EnR, en France et à l’international. Une stratégie qui commence à porter ses fruits selon la dirigeante, si l’on en juge par les volumes mis en production. Au programme pour les prochains mois : accélérer encore dans la construction de nouvelles capacités, encourager les CPPA, notamment « as consumed« , développer l’éolien offshore aux Etats-Unis (entre autres), stimuler le développement greenfield en France et défendre les intérêts de l’énergéticien dans l’hydroélectricité hexagonale.

GreenUnivers : à mi-parcours de 2019, où en sont les capacités exploitées par Engie dans les énergies renouvelables ?

Gwenaëlle Avice-Huet : Nous avons installé 1 GW d’énergies renouvelables au premier trimestre de cette année, pour l’ensemble du groupe. Cela correspond à la puissance mise en service par Engie sur l’ensemble de l’année dernière, avec des actifs totalisant désormais près de 25,5 GW, hydroélectricité comprise. L’accélération de notre groupe est donc bien visible. Elle va se poursuivre. Nous prévoyons 9 GW de capacité supplémentaire d’ici à trois ans. Avec une répartition géographique densifiée sur nos zones de croissance. Nous confortons nos positions dans différentes géographies dont les Etats-Unis, l’Amérique du Sud, l’Asie et l’Afrique. Aux Etats-Unis, l’acquisition d’Infinity en février 2018 procure une forte dynamique, de l’ordre d’1 GW mis en service en rythme annuel. En Afrique, nous venons d’entamer l’exploitation commerciale de la centrale solaire à concentration de Kathu en Afrique du Sud, sur 100 MW. C’est une première pour nous. Le barycentre de nos activités va bouger.

GU : Les corporate PPA (CPPA), qu’Engie souhaite développer depuis des années, percent-ils pour de bon ?

G-AH : Ils avancent, comme en atteste ce contrat de 15 ans que nous venons de signer au Texas avec le groupe de distribution Target sur 89 MW, avec un parc solaire ainsi que des toitures. Ce type de contrat ne peut que s’étendre, car l’énergie renouvelable devient compétitive, même sans les aides publiques qui tendent à s’effacer progressivement (par exemple, les crédits d’impôt aux Etats-Unis). En France, la formule met du temps à convaincre, du fait de l’influence de l’électricité nucléaire.


« Les grands clients veulent un approvisionnement en énergie 100% verte »

GU : Pourquoi ces CPPA sont-ils si importants à vos yeux ?

G-AH : Ils représentent un axe de progrès majeur et correspondent à une demande des grands clients, de plus en plus nombreux à vouloir un approvisionnement en énergie 100% verte. Pour y répondre, nous avons élaboré une nouvelle prestation, le CPPA « as consumed », par opposition au CPPA « as produced ». L’offre est de type base load, elle couvre l’ensemble de la consommation électrique du client. Le PPA as consumed suppose de conjuguer les différentes énergies variables, éolien et solaire en particulier qui se relaient et sont complétées par du stockage. Aux Etats-Unis, c’est le rôle d’Engie Storage, ex Green Charge acquis en 2016, qui a signé plusieurs contrats cette année.

GU : Engie avait lancé en août 2018 un appel d’offres visant à mobiliser 2 TWh/an d’électricité renouvelable produite à 100% dans l’Hexagone et à commercialiser auprès des entreprises. Où en est-il ?

G-AH : Cet appel d’offres est toujours en cours, c’est la business unit Global Energy Management (GEM) d’Engie qui s’en occupe. Cela a permis de bâtir un écosystème de développeurs avec lesquels les discussions se poursuivent, pour ce projet spécifiquement mais également pour des projets futurs. Il y a bien deux modèles dans lesquels Engie est actif : un premier dans lequel le développeur vend directement au client final, Engie étant ici très présent, et un second, plus classique pour une utility, où celle-ci achète la production d’un actif, la transforme, la gère et la revend sous la forme d’un produit transformé à ses clients. C’est ce modèle que GEM installe avec un fort succès en Espagne et qu’il souhaite mettre en place en France.


« On ne peut pas comparer Dunkerque et les projets offshore antérieurs »

GU : En France, la chute du prix de l’énergie renouvelable vient d’être illustrée par l’appel d’offres pour le parc éolien marin de Dunkerque, avec un MWh à 44 € proposé par le lauréat EDF. L’offre du consortium conduit par Engie n’était pas très éloignée. L’écart de 100 € avec le tarif moyen accordé l’année dernière aux parcs issus des appels d’offres de 2012 et 2014 peut-il justifier une nouvelle renégociation ?

G-AH : On ne peut pas comparer la situation de Dunkerque et celle des projets antérieurs. Pour de nombreuses raisons, les principales étant que les conditions de vent sont plus favorables à Dunkerque et que les technologies employées y seront plus récentes, beaucoup plus puissantes et efficaces, donc moins coûteuses. C’est une évolution très positive de la filière mais il ne faut pas oublier que les prix bougent en fonction de chaque site : à Oléron, où le régime de vent n’est pas le même, le prix sera probablement différent.

GU : Dans l’éolien marin, vous créez justement une co-entreprise avec votre partenaire portugais EDPR, qui vous accompagne depuis longtemps dans vos projets. Pourquoi passer à une étape plus institutionnelle ?

G-AH : Nous voulons consolider nos savoir-faire et dédier une équipe commune à l’éolien en mer et à ses appels d’offres. Nous souhaitons en outre mieux profiter des atouts respectifs des deux entreprises. Les projets apportés dans la corbeille sont plus avancés chez Engie – avec notamment le projet belge Seamade en cours de construction – et plus fortement implantés aux Etats-Unis chez EDPR. Ce qui nous intéresse beaucoup, étant donné les perspectives de l’offshore posé et flottant dans ce pays. Déjà, nous développons une ferme éolienne flottante de 150 MW en Californie. Cette nouvelle co-entreprise a pour ambition de devenir le N°2 mondial de l’éolien en mer.


« Nous privilégions la construction de projets greenfield plutôt que l’achat de nouveaux actifs »

GU : En France, vous procédez plutôt par acquisition à 100 % de producteurs indépendants, comme récemment Langa Solar et Sameole. D’autres opérations sont-elles envisagées cette année ?

© Engie

G-AH : Ces acquisitions, comme celles qui ont précédé, sont une réussite. Engie prévoit de construire 250 MW cette année dont 150 MW solaires et 100 MW éoliens, puis 350 MW en 2020 dont 225 MW solaires et 125 MW éoliens, avec une capacité portée à plus de 3 GW à cet horizon. Notre stratégie est désormais guidée par deux constats : nous disposons d’une plateforme dynamique et performante. Par conséquent, nous n’avons pas besoin d’en acquérir une de plus. Et nous voulons du dynamisme sur le terrain, ce qui nous conduit à privilégier la construction de projets greenfield plutôt que l’achat de nouveaux actifs.

GU : Avez-vous de la visibilité sur le renouvellement des concessions hydroélectriques exploitées par Engie en France ?

G-AH : Nous travaillons sur la prolongation des concessions de la CNR (détenue à 49 % par Engie, NDLR) au-delà de 2023, sans avoir de réponse de la Commission européenne pour le moment. C’est une priorité pour Engie. Le devenir de l’exploitation des autres concessions est plus incertain. Pour Engie cette absence de visibilité pénalise les investissements. L’essentiel réside dans l’égalité de traitement entre les différents exploitants actuels, nous serons très vigilants sur ce point.

Propos recueillis par Patricia Laurent et Jean-Philippe Pié