Pourquoi la rénovation thermique « équivalent globale » inquiète

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En coulisses, les débats vont bon train sur l’avenir du secteur du bâtiment en France. Entre la concertation sur la réglementation environnementale RE2020 et la finalisation de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), les échanges se cristallisent autour des méthodes de calcul. Un débat pointe notamment son nez : comment comptabiliser les rénovations de logements ? Le réseau Cler pour la transition énergétique monte au créneau dans le cadre d’un avis consultatif à venir du Conseil supérieur de la construction et de l’efficacité énergétique (CSCEE) sur la stratégie nationale bas carbone (SNBC).

La SNBC pourrait en effet ...

être à l’ordre du jour d’une prochaine réunion du CSCEE le 9 mai. Le Cler entend dénoncer la notion de « rénovation équivalent globale » ou « rénovation équivalent complète » qui a fait son apparition dans les documents transmis par l’administration. Cette notion rappelle le débat entre l’approche « globale » et l’approche « par étapes » de la rénovation, qui existe déjà depuis des années. Mais elle prend une teneur particulière à l’heure où la France fixe sa trajectoire énergétique à l’horizon 2030.

Quelles actions comptabilisées ?

Le Plan rénovation du gouvernement, présenté il y a un an, prévoit 500 000 logements rénovés par an. Reste à savoir comment les compter. Le Cler défend les rénovations « performantes » qui permettent aux logements de changer de classe dans le diagnostic de performance énergétique (DPE). « C’est la seule façon qu’a la France de suivre sa trajectoire de réduction des consommations d’énergie et des émissions de gaz à effet de serre », juge Romain Riollet, responsable projets efficacité énergétique au Cler.

Quant au gouvernement, il prend la voie d’un soutien aux gestes réalisés ici et là d’un logement à l’autre. Une fois additionnés et convertis en « rénovation équivalent global » ou « équivalent complet », ces gestes sont censés permettre à la France d’atteindre ses objectifs. Le problème ? D’un document à l’autre, notamment entre ceux transmis au CSCEE et à la Commission européenne, « il n’y a pas de cohérence, ce ne sont pas les mêmes hypothèses de calcul », s’étonne Romain Riollet. Par exemple, parmi les gestes concernés, le changement des fenêtres sera-t-il compté ? Et les systèmes de chauffage ?

Et l’observatoire de la rénovation ?

Même les objectifs chiffrés varient d’un document à l’autre : 300 000, 350 000 ou 500 000 rénovations « équivalents globales » seront-elles visées en 2030 ? Dans ce contexte, le Cler demande une analyse technico-économique indépendante de la compatibilité de la rénovation « équivalent complet » avec la trajectoire énergie-climat visée par la France.

Ce débat survient après celui sur le calcul du coefficient de conversion pour l’électricité, qui a fait davantage de bruit au début du mois. Ce sujet a encore été débattu le 11 avril dans l’un des groupes de concertation pour la RE2020, puis le 16 avril en séance plénière du CSCEE. Sans qu’un véritable consensus ne paraisse se dégager. L’administration semble maintenir sa position : une RE2020 plutôt favorable à une électrification des usages dans les bâtiments, en particulier pour le chauffage.

Les deux débats sont en partie liés. Car ce coefficient de conversion est utilisé pour calculer les DPE. Son nouveau mode de calcul pourrait sortir une part significative de logements des classes F et G du DPE, même sans que des travaux ne soient réalisés. Selon les estimations, un à trois millions pourraient ainsi être reclassés (alors que l’on compte huit millions de passoires énergétiques en France). De quoi faciliter « virtuellement » l’atteinte des objectifs français ? En tout cas, cela risque de brouiller un peu plus le suivi de la politique de rénovation. Le DPE étant valable 10 ans, l’introduction d’un nouveau référentiel poserait « un problème de comparaison » entre des logements aux consommations finales égales mais évalués avec des modes de calcul différents, argumente le Cler. Ce débat s’avère d’autant plus incertain que le Plan rénovation prévoyait la création d’un « observatoire national de la rénovation énergétique » et qu’il se fait attendre.

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