Le modèle économique des « corporate PPA » français reste incertain

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(Crédit : Albioma)

Sujet désormais incontournable des conférences sur les énergies renouvelables, les corporate power purchase agreements (PPA, contrat d’approvisionnement d’énergie long terme en gré à gré) figuraient logiquement au menu de celle organisée hier 11 avril à Paris en clôture du congrès Solar Plaza, fréquenté par des professionnels français et des investisseurs européens motivés par le marché tricolore. A l’égard des PPA, on retiendra une impression de prudence, exprimée en particulier par Pierre-Antoine Machelon, gérant du fonds Eiffel Energy Transition. Ce spécialiste du financement-relais s’interroge sur la solidité des contreparties. Le sujet est anecdotique s’il s’agit de la SNCF ou d’Aéroports de Paris, beaucoup moins quand l’acheteur est de taille moyenne ou petite.

Risque d’effondrement

Pierre-Antoine Machelon pointe aussi le prix de l’énergie : avec ...

la fin des subventions, l’extrême visibilité à long terme se trouve brutalement remplacée par une incertitude quasi totale, au moins le temps que de lourdes capacités de stockage parviennent à émerger pour garantir le revenus des centrales.

Un point de vue que partage Etienne Jan, manager au sein du cabinet de conseil en stratégie E-Cube. Il confirme le risque d’effondrement des prix de l’électricité selon les périodes de l’année et moments de la journée, au fur et à mesure que la capacité solaire augmente. Mais estime que l’une des parades réside dans l’essor de la flexibilité, à condition d’arrimer solidement le pilotage des consommations à la production. Cela dit, asservir massivement à terme et via l’effacement diffus la consommation globale des appareils électriques des Français, habitués au confort de l’électricité nucléaire, au profil d’une production variable est sans doute plus facile à dire qu’à faire.

BayWa r.e. optimiste

On notera quand même que les craintes de baisse ou de variation erratique des prix de l’électricité – un argument qui d’ailleurs peut jouer en faveur de PPA,sources de stabilité – ne sont pas universelles. Benedikt Ortmann, directeur général du développeur-producteur allemand BayWa r.e. est au contraire persuadé que le tarif de l’électricité va suivre une courbe irrésistiblement ascendante dans la décennie 2020, de même que la capacité totale de production des centrales solaires : “nous aurons besoin de toutes les technologies, pour profiter de tous les opportunités de production », prédit ce dirigeant résolument optimiste.

Mais cela ne suffit pas à gommer l’impression de flou sur les revenus futurs de l’électricité d’origine renouvelable, au moins en France. Pour l’instant, cette incertitude incite les financeurs à examiner les projets actuels de PPA avec circonspection.

Agregio conjugue production et effacement

En tout cas sur le greenfield. Les parcs et centrales en sortie de mécanisme de soutien pourraient en revanche représenter une piste de décollage pour les premiers PPA hexagonaux, même si elle est encore étroite. Le contrat pionnier signé entre l’enseigne de distribution Metro, le producteur éolien Eurowatt et l’agrégateur Agregio (EDF) paraît le suggérer. Interrogé il y a quelques jours à ce sujet, Félix Reynaud, directeur général d’Agregio, constatait que dans ce type d’accord, « le consommateur s’engage dans la durée à un prix qui permet de maintenir l’exploitation du parc ».

Ce dirigeant faisait en outre remarquer qu’Agregio dispose à la fois des compétences pour commercialiser l’électricité d’origine renouvelable et pour gérer des capacités d’effacement et de flexibilité, valorisées auprès du gestionnaire de réseau RTE et sur les marchés. Production variable + flexibilité : on retrouve ici les deux termes de l’équation solaire soulignés par Etienne Jan.