« La commission hydrogène veut relancer le plan Hulot », Michel Delpon, député LREM

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Entretien avec Michel Delpon, député de la Dordogne –

Ce fervent partisan de l’hydrogène a obtenu fin mars de l’Assemblée nationale la création d’une commission d’étude parlementaire consacrée à l’hydrogène. Son objectif ? Convaincre le gouvernement de pérenniser le plan Hulot, et même de le redimensionner pour apporter de la visibilité aux industriels, a expliqué le député LREM à la rédaction.

GreenUnivers : L’Assemblée nationale a validé officiellement la création de votre commission hydrogène il y a près d’un mois. Où en êtes-vous de sa composition ?

Michel Delpon : Nous allons tenir ce mercredi 10 avril la réunion constitutive de la commission hydrogène que je présiderai aux côtés de Gérard Menuel (député LR de l’Aube). A cette occasion, nous choisirons ...

les vice-présidents et les membres du bureau, puis viendra l’élaboration du programme de travail. Une fois ces étapes réalisées, nous pourrons établir un calendrier d’auditions mais nous nous donnons jusqu’à la fin du quinquennat pour mener nos travaux d’études.

Cette commission se veut transpartisane et ouverte aux différentes mouvances politiques de l’Assemblée nationale. J’ai déjà réuni une quarantaine de députés issus des rangs LREM, LR, PS et PC. Le député Matthieu Orphelin (ex-LREM désormais non-inscrit), très impliqué dans la transition énergétique, fera également partie de cette commission.

GU : Pourquoi avez-vous insisté pour créer cette commission ?

M.D : La perspective confirmée d’une baisse de la part du nucléaire représente un profond changement de stratégie énergétique en France. L’hydrogène a un rôle important à jouer en matière de transition énergétique car cette molécule n’a que des qualités. C’est une énergie locale, potentiellement sans émission de gaz à effet de serre, et qui nous offrirait une véritable autonomie géopolitique, contrairement aux énergies fossiles et même au nucléaire.

L’année 2018 a été riche pour la filière hydrogène. Le plan de Nicolas Hulot a été un véritable déclencheur attendu par les industriels qui ont su prendre la balle au bond. Ces derniers mois, la filière a montré des preuves tangibles de son sérieux et de ses ambitions. Air Liquide a investi dans un électrolyseur de 20 MW au Canada via une entreprise dont il a pris une part du capital (Hydrogenics). Le rapprochement début mars de Michelin et de l’équipementier automobile Faurecia, grâce à Symbio, est un autre signe clair de l’implication d’industriels de grande envergure. Sans oublier la récente annonce d’EDF de mettre sur pied sa filiale chargée de produire et commercialiser de l’hydrogène, Hynamics.

Tous ces exemples montrent que les lignes ont bougé. Mais le secteur a encore besoin de soutien, et l’Etat doit se montrer présent. Le but de cette commission est de convaincre le gouvernement de pérenniser le plan Hulot, et même de le redimensionner pour apporter une visibilité aux industriels jusqu’à la fin du mandat.

GU : Avez-vous des doutes sur l’engagement de la France dans l’hydrogène ?

(Crédit : Union Européenne)

M.D : Le gouvernement a conscience de la complémentarité de l’hydrogène dans le mix énergétique français, notamment pour la mobilité. L’électrification des transports entraînent des questions multiples, notamment à cause des batteries. Elles proviennent à 90% d’Asie, ce qui n’est pas sans poser un véritable problème géopolitique, leur recyclage n’est pas assuré, leur autonomie limitée et elles sont composées de terres rares, elles aussi produites essentiellement par la Chine…

Notre objectif ici est de redonner un budget à la hauteur pour soutenir les projets H2 en France. Nous sommes très forts en recherche fondamentale et très mauvais en recherche appliquée. C’est notamment la raison pour laquelle un industriel de renom, en l’occurrence Alstom, développe des trains à hydrogène, mais les fait rouler en Allemagne (Hambourg), c’est dommage pour la France.

« La quête de soutien passera aussi par l’Europe »

L’enjeu ne se résume pas pour autant à l’Hexagone et une partie de notre travail consistera à faire avancer le dossier hydrogène auprès des instances européennes, notamment la Commission. Il est question de consacrer un quart du budget de l’Union européenne pour la transition écologique. Pas moins de 10 milliards d’euros ont été proposés dans le cadre du programme de financement de la recherche et de l’innovation « Horizon Europe » pour la période 2021-2027. Un montant qui doit être confirmé par le futur Exécutif européen mais une chose est sure, la quête de soutien pour l’hydrogène devra également passer par l’échelon européen.

GU : Recevrez-vous tous ceux qui souhaitent s’exprimer dans votre commission ?

M.D : Naturellement. Nos travaux dureront jusqu’à la fin du quinquennat et nous avons bien l’intention d’interroger toutes les parties prenantes, publiques ou privées, dans les secteurs de l’énergie ou des transports. Les grands industriels comme les start-up seront invités à exposer leur vision du développement de la filière.

GU : Votre commission se déroulera à Paris qui centralise certes beaucoup de décisions. Mais quid des initiatives en région ?

M.D : Nous réaliserons bien sûr nos auditions dans la capitale mais cela ne veut pas dire pour autant que nous ne nous déplacerons pas sur le terrain. Je compte bien visiter des sites, des entreprises et des projets innovants partout en France. Je suis d’abord un élu local, et à ce titre, je veux démontrer que la transition écologique peut être une véritable opportunité pour les territoires de développer de l’activité et de l’emploi tout en réduisant notre empreinte carbone.

Vous avez devant vous un élu qui n’hésite pas à mouiller le maillot : en septembre dernier, j’ai parcouru plus de 100 kilomètres en vélo à hydrogène dans ma circonscription pour aller à la rencontre des maires et leur démontrer que l’hydrogène pour la mobilité est déjà une réalité. C’est important de faire de la pédagogie.

Plus sérieusement, j’ai aussi réservé un terrain de 25 hectares, dont 25 000 m2 couverts, destiné à incuber des start-up. Il s’agit de l’ancien Établissement spécialisé du commissariat de l’armée de terre (Escat) de Bergerac que nous avons reconverti pour lui donner un nouvel avenir après sa fermeture en 2014. L’objectif est d’y bâtir tout un écosystème dédié à l’hydrogène avec notamment un centre de formation.

« Faire rouler une vingtaine de trains à hydrogène entre Bordeaux et Sarlat »

GU : Vous planchez également sur un projet de train à hydrogène n’est-ce pas ?

DR

M.D : Oui tout à fait. Ma première bataille de député a consisté à sauver la ligne TER Bordeaux-Bergerac-Sarlat. Grâce à une mobilisation forte des collectivités locales et le soutien de la SNCF, de l’Etat et du ministère des Transports, nous avons réuni un budget de 85 M€ pour réhabiliter la ligne. Elle doit reprendre du service en septembre prochain.

Désormais, mon ambition est d’y faire rouler une vingtaine de trains à hydrogène, au moins des modèles hybrides. Pour autant, cette décision n’est pas de mon ressort, mais de celui des régions compétentes sur le volet Transport. La Nouvelle-Aquitaine et l’Occitanie sont des régions en pointe en matière de transition écologique, et elles m’ont confirmé leur intérêt pour le vecteur hydrogène. Elles pourraient passer commande dès cette année. 

Pour que ce projet soit véritablement neutre en matière d’émissions de gaz à effet de serre, il faut que l’hydrogène soit produit à partir d’une électrolyse alimentée par des énergies renouvelables. Le barrage EDF de la Tuilières (32 MW), non loin de Bergerac, pourrait fournir cette électricité. Ce projet n’est qu’un exemple parmi d’autres du modèle particulièrement vertueux que génère l’intégration de l’hydrogène à notre mix énergétique.