Eolien en mer : les tarifs pour Dunkerque très loin de ceux renégociés en 2018

Print Friendly, PDF & Email
(Crédit : Deme)

Le consortium Moulins de Flandre (Shell – Quadran Energies marines – Deme) croit plus que jamais à ses chances de remporter l’appel d’offres éolien en mer à Dunkerque. « Notre offre est compétitive et répond aux attentes de François de Rugy, exprimés lors des Assises de la transition énergétique », affirme Pauline Malapert, directrice de la communication de Shell France. Pour rappel, le 22 janvier à Dunkerque justement, le ministre avait déclaré s’attendre à des propositions « aux prix de marché, donc sans subvention ».

Neutre sur la durée

Pour autant, l’expression « sans subvention » n’est pas celle retenue par Moulins de Flandre pour situer son offre tarifaire, même si on n’en est pas bien loin, à terme : le tarif vise « la neutralité pour les finances publiques ».
Comme le précise Stéphane Cicolella, directeur transition énergétique de Shell France, la proposition du groupement aboutit à ...

ce que, sur la durée du contrat, le coût soit neutre pour la puissance publique, en fonction de scénarios d’évolution du prix de l’électricité. Le tarif de Moulins de Flandre doit donc converger vers les prix de marché, théoriquement. Seule certitude, il se trouve de toute façon très éloigné des prix acceptés en 2018 après renégociation par le gouvernement pour les six projets éoliens marins attribuées en 2012 et 2014, soit 142€/MWh en moyenne. En revanche, la sécurité du complément de rémunération est quand même conservée, ce que d’ailleurs prévoit (impose ?) le cahier des charges.

Enrichir l’offre tarifaire

Pour les groupements candidats au parc éolien de 400 à 600 MW au large de Dunkerque, l’exercice de communication actuel n’est pas si simple. L’offre remise à la Commission de régulation de l’énergie (CRE) le 15 mars est censée rester confidentielle, mais il faut aussi faire campagne pour soutenir la candidature. Pour Moulins de Flandre, elle consiste à montrer, entre autres, que l’offre n’est pas seulement financière – le prix compose 70% de la note attribuée aux dossier des candidats – car d’autres concurrents ont aussi fait des efforts en la matière. Moulins de Flandre insiste ainsi sur ses engagements sociaux et environnementaux. « Notre offre met en valeur les Dunkerquois, formule Pauline Malapert, soulignant la promesse d’employer 150 personnes sur place, pour la maintenance des éoliennes en particulier.

Crowdfunding inédit

La porte-parole évoque aussi le souhait de réunir des groupes de travail multipartites autour du projet, avec les collectivités locales et des associations. De manière à récolter des propositions sur trois thèmes : l’emploi, le tourisme et l’environnement. Le recours à l’épargne participative, en compagnie de la plateforme Enerfip, déjà impliquée dans le projet d’éolien flottant occitan de Quadran Energies Marines, est aussi promu.

D’autres arguments pourraient être avancés. La robustesse et l’expérience des trois partenaires du consortium par exemple, notamment celle de Quadran Energies Marines dans le développement de projets EnR et de l’industriel belge Deme dans la construction maritime. En revanche, le cas de Shell, certes ultra-puissant au plan financier, est plus délicat ; les activités pétrolières encore largement dominantes du géant anglo-néerlandais peuvent être un handicap, en particulier au plan local, où les opposants au projet éolien commençent déjà à se mobiliser. « Nous n’avons rien à cacher, nous sommes ravis de discuter avec ceux qui sont pour, ceux qui sont contre, affirme Stéphane Cicolella. L‘oil & gas a beaucoup de points communs avec l’éolien offshore, notre expérience est à coup sûr un avantage. »

5 à 6 prétendants

Sur les neuf candidats présélectionnés en 2017, six ont confirmé avoir déposé une offre le 15 mars, selon l’AFP  : Moulins de Flandre, donc, Vattenfall-WPD-Caisse des dépôts, Engie-EDPR-E.on, Total-Orsted-Elicio, EDF-Innogy-Enbridge et le consortium Vents de Dunkerque, composé d’Eneco-Van Oord-DGE associés au canadien Boralex. Mais celui-ci a annoncé trois jours plus tard sa volonté de revendre en juin ses parts aux autres membres, donc de sortir du groupement. Les candidatures sont instruites par la CRE en ce moment. Le lauréat du parc à construire pour 2025 devrait être désigné en juin, par le MTES. La filière compte sur les tarifs proposés pour convaincre le ministère de revoir in extremis et à la hausse sa stratégie prudente dans l’éolien marin, dans le cadre de la future Programmation pluriannuelle de l’énergie pour 2023 et 2028.