Où en est l’éolien en mer au Japon ?

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(Crédit : EU-Japan)

Le Japon et la France figurent parmi les pays dotés d’une grande façade maritime. Ils partagent un autre trait commun : l’éolien en mer y est paradoxalement inexistant (en France) ou faiblissime : 50 MW en production dans l’archipel nippon. Mais au pays du Soleil Levant, le contexte est en train d’évoluer.

Les deux chambres de la Diète ont voté le 30 novembre dernier un texte réformant en profondeur le droit maritime du pays. Jusqu’à maintenant, les fonds marins nippons ne pouvaient être occupés pendant plus de 5 ans et les projets éoliens devaient être réalisés à proximité ...

des zones portuaires. Du coup, les appels d’offres commerciaux lancés en 2013 n’ont généré que cinq « projets portuaires » de 80 à 220 MW, dont un premier pourrait prendre sa décision finale d’investissement cette année. Jusqu’à la nouvelle loi, le pays visait 600 MW éoliens posés et 100 MW éoliens flottants fin 2020. Mieux que rien, mais pas de quoi faire vraiment décoller le secteur.

Un appel d’offres espéré cette année

La nouvelle législation change a priori la donne. « Avant cette loi, l’occupation du domaine maritime n’était allouée que pour des périodes de 3 à 5 ans, renouvelables. La nouvelle loi permet désormais aux propriétaires de parcs d’exploiter une zone pendant une période de trente ans en tout », explique Kevin Le Tenoux, spécialiste du Japon au cabinet de conseil Green Giraffe. La loi doit entrer en application en avril et le gouvernement devrait lancer un premier appel d’offres au printemps ou cet été, veut croire l’Association japonaise des professionnels de l’éolien. Le mécanisme de soutien reste à préciser. « On pressent que le gouvernement va lancer une série d’appels d’offres, pour attribuer un tarif et une autorisation d’occuper le domaine maritime. Le premier tour de l’appel d’offres, peut-être organisé dès cette année, devrait comporter deux étapes : l’annonce par le gouvernement de zones éligibles, puis la procédure de sélection des lauréats », précise Kevin Le Tenoux.

Tarifs élevés

Sur quels volumes ? « Le gouvernement japonais vise 6 GW éoliens posés et 4 GW flottants en service en 2030. Les développeurs regardent attentivement ce marché, désormais », constate Kevin Le Tenoux. Mais les professionnels sont aussi prudents, car le Japon se caractérise par une ressource vent plutôt faible, ainsi que des risques sismiques et météos significatifs. Et les règles de l’appel d’offres restent à déterminer. Les industriels s’interrogent sur l’intérêt d’ouvrir des usines sur place et les développeurs internationaux, sur l’opportunité de passer des alliances. « Il ne faut pas sous-estimer la nécessité d’une présence locale. Je pense que même les acteurs européens les plus expérimentés devront signer des partenariats avec les développeurs japonais », estime pour sa part Kevin Le Tenoux. Ces associations pourront être proposées aux acteurs japonais spécialisés, par exemple JWD, J-Power, Marubeni, JRE, Eurus Energy ou Renova Inc, et pourquoi pas l’énergéticien géant Tepco.

Fabrication peut-être locale, vent assez faible au global et risques lourds laissent en tout cas pressentir des tarifs de l’électricité élevés en comparaison des actuels standards internationaux : entre 100 €/MWh et 250 €/MWh, selon Green Giraffe.

Le programme japonais d’encouragement à l’éolien offshore date de 2009 et s’est d’abord traduit, logiquement, par des expérimentations. Il a ainsi donné lieu, entre 2013 et 2017, à deux parcs posés et cinq flottants expérimentaux, sur 2 à 7 MW chacun et 50 MW offshore aujourd’hui en service, de ce fait. Cette année, une éolienne flottante bi-pale de 3 MW, sur fondations du français Ideol, devrait être raccordée.