Dunkerque : les développeurs prêts à proposer des prix de marché

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Crédit Orsted (ex Dong Energy)

La petite phrase lâchée par François de Rugy lors de l’inauguration hier des 20ème Assises de l’énergie à Dunkerque n’est pas passée inaperçue. Le ministre de la Transition écologique et solidaire a indiqué s’attendre, pour l’appel d’offres éolien en mer en cours, à des propositions « aux prix de marché, donc sans subvention ». Un message clair adressé aux développeurs présents dans l’hémicycle du Palais des Congrès. Ces derniers se disent prêts à donner satisfaction au ministre et affûtent leur stratégie.

Démontrer la maturité de l’éolien en mer

Le message envoyé par François de Rugy n’est pas vraiment nouveau, mais c’est la première fois qu’il l’exprime aussi clairement en public. A moins de deux mois de la date limite de dépôt des dossiers, fixée au 15 mars, il continue à mettre la pression sur les développeurs. « Il est dans son rôle », estime sereinement Emmanuel Legrand, ...

directeur du département Transition énergétique et écologique de la Banque des Territoires, en lice sur Dunkerque avec Vattenfall et WPD sous le nom d’Eliade. Un avis partagé par Vincent Balès : « Il envoie un message aux développeurs mais pas seulement. C’est aussi un message pour Bercy », estime le directeur de WPD Offshore & Solar France qui promet des prix très compétitifs lors de cet appel d’offres.

Même son de cloche du côté de Quadran Energies Marines, en consortium avec Shell et Deme sous le nom Moulins de Flandre. « Qu’il nous challenge, nous ne demandons pas mieux pour prouver la compétitivité de l’éolien en mer. Il y aura un avant et un après Dunkerque, cela ne fait aucun doute », affirme Olivier Guiraud, directeur général de Quadran Energies Marines. Ce dernier espère, à l’instar de l’ensemble de la filière, que le gouvernement revoit sa copie sur la PPE une fois les dossiers déposés. « Si l’éolien posé est effectivement sans subvention, le gouvernement pourrait sans crainte accorder d’importants volumes et orienter les soutiens publics vers l’éolien flottant qui en a encore besoin », propose Olivier Guiraud.

De fait, la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC) devrait recevoir des dossiers très compétitifs : « Les écarts de prix entre les candidats ne devraient pas être énormes », estime Patrick Decostre, vice-président et directeur général Europe de Boralex, le développeur-producteur canadien qui va tenter de décrocher son premier parc éolien en mer avec l’aide d’Eneco, Van Oord et Diamond Generating Europe (Mitsubishi).

Approche qualitative

Avec des propositions tarifaires qui se tiennent dans un mouchoir de poche, le lauréat pourrait devoir faire la différence sur le caractère qualitatif
de son dossier. A savoir les dispositifs annexes mis en place en matière d’emplois, de développement économique local, ou encore de mesures pour protéger l’environnement. « Le prix ne fera pas tout. Il faudra démontrer une compréhension globale des enjeux de ce parc qui se trouve en zone Natura 2000 », indique Patrick Decostre.

Le consortium Eliade appuie sa candidature sur deux jambes : l’expérience (Vattenfall et WPD exploitent en cumulé 14 parcs éoliens en mer) et l’approche territoriale grâce à la Banque des territoires. « C’est l’autre grand enjeu de l’éolien en mer avec la compétitivité », confirme Emmanuel Legrand qui se sent conforté dans son analyse par les déclarations du ministre la veille sur l’importance d’impliquer les territoires dans la transition énergétique. « Nous avons prouvé sur nos autres parcs éoliens en mer notre capacité à impliquer les acteurs locaux », abonde Yara Chakhtoura, directrice générale de Vattenfall Éolien France.

Si tous les candidats promettent un développement de l’activité locale, certains consortiums ont déjà commencé à démarcher sur place. C’est le cas de Moulins de Flandre qui a ouvert un bureau à Dunkerque pour mobiliser notamment les entreprises locales susceptibles de pouvoir entrer dans la chaîne de valeur. « Nous avons lancé l’initiative l’année dernière et avons pré-sélectionné déjà une quarantaine de sociétés susceptibles de travailler avec nous en cas de victoire », indique Olivier Guiraud. Une démarche qui n’est pas sans rappeler l’appel à contributions lancé en mai dernier par le duo Valeco/Parkwind, également candidat à Dunkerque.

Quid des turbines ?

L’importance du volet développement économique local peut-il avoir un impact sur le choix du fournisseur de turbines ? Les seules usines de production d’éoliennes en France appartiennent à General Electric, héritage de l’absorption de la branche énergie d’Alstom. Parmi les autres constructeurs, seul Siemens Gamesa Renewable Energy a annoncé son intention de construire prochainement une usine au Havre. Cela veut-il dire que les éoliennes de Dunkerque seront issues forcément de l’une de ses deux entreprises ? « Les consortiums n’ont pas l’obligation d’indiquer dans leur offre les solutions technologiques qu’ils choisiront. Mais ils seraient bien inspirés de faire tourner les usines françaises pour s’attirer les faveurs de la DGEC », estime un acteur du secteur.