Rénovation énergétique : qui jouera le rôle d’ensemblier local ?

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(Crédit : Optiréno)

Les syndicats intercommunaux ont-ils la clé pour massifier la rénovation énergétique des bâtiments publics et privés ? En grande partie, selon Xavier Pintat, président de la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR). « Avec leur rôle de chef de file de la transition énergétique, la stratégie revient aux Régions. Et l’opérationnel, aux syndicats d’énergie », a-t-il suggéré en conclusion d’un colloque organisé ce 12 décembre par la FNCCR. En particulier à l’heure de la « fracture énergétique » et des « fortes tensions sociales », à l’image du mouvement des gilets jaunes, « il est indispensable de renforcer les passerelles entre urbain et rural. Pour retisser ce lien, nos syndicats peuvent apporter beaucoup », avance-t-il.

L’argent est là

Pour massifier la rénovation, l’obstacle ne serait pas ...

tant financier qu’organisationnel. « Il y a de l’argent pour la rénovation », soulignait déjà le 4 décembre Philippe Pelletier, président du Plan bâtiment durable, lors d’une conférence organisée par l’agence régionale Arene Ile-de-France. Et d’évoquer alors les 3 milliards d’euros mis à disposition des collectivités locales dans le grand plan d’investissement, via le plan rénovation du gouvernement. Un avis partagé ce matin par Hubert Briand, responsable du pôle efficacité énergétique des bâtiments de la Banque des territoires (Caisse des dépôts) : « les enveloppes Feder ne sont consommées qu’à hauteur de 40% », illustre-t-il. Autre exemple : la dotation de soutien à l’investissement local, portée par l’Etat français, est censée affecter 500 M€ sur la période 2018-2022 à la rénovation.

Il n’y aurait donc aucun problème de moyens. A ce sujet, en juillet dernier, avec l’Ademe et la Banque des territoires, le gouvernement annonçait d’ailleurs un programme pour mobiliser les collectivités locales sur la question de la rénovation thermique. Les modalités étaient restées assez floues, mais l’objectif était bien de « faire sortir des projets » dans les territoires.

SEM ou syndicats ?

Les syndicats d’énergie n’ont pas attendu. En Haute-Savoie, le Syane lance des appels à projets depuis 2012. Jusqu’à présent, il a accompagné 66 lauréats pour des projets de rénovation et 11 pour des centrales d’énergies renouvelables. L’ensemble représente 31,4 M€ HT d’investissement, dont 4,8 M€ d’aides du Syane. Dans l’Aube, où 99 000 des 150 000 logements appartiennent à la classe énergétique E ou moins, le syndicat SDEA a lancé cette année sa plateforme de rénovation énergétique. Objectif : « structurer le marché de la rénovation et créer un réseau de professionnels capables de travailler ensemble », présente Joëlle Guinot, directrice générale du syndicat d’énergie. Il s’agit surtout d’avoir un tiers de confiance pour accompagner des particuliers « échaudés par les offres d’isolation à 1 euro », où la qualité des opérations laisserait parfois à désirer.

Mais les syndicats intercommunaux ne sont pas les seuls à se positionner comme « ensembliers » de la rénovation, capables de coordonner localement les parties prenantes. Il y a aussi par exemple des SEM à l’échelon régional, parfois spécialisées sur des opérations bien spécifiques, comme les copropriétés pour Ile-de-France Energie. Depuis 2013, la SEM francilienne a ainsi travaillé avec 49 copropriétés, parfois simplement pour réaliser un audit énergétique. Soit 6 500 logements, dont 2 800 ont décidé d’engager des travaux de rénovation pour une moyenne de 48% d’économies d’énergie. « Cela correspond à 51 M€ d’investissements réalisés ou à réaliser », chiffre Raphaël Claustre, son directeur.

Un jeu d’acteurs trop complexe

Dans un récent rapport sur les facteurs sociologiques de réussite des projets de transition énergétique, l’Arene Ile-de-France défendait le rôle des acteurs locaux comme les syndicats intercommunaux et les SEM. « Des agrégateurs d’information et des passeurs d’innovation », formule l’agence régionale. Mais elle pointait aussi, parmi les facteurs d’échec, « la complexité des jeux d’acteurs et des dispositifs ». C’est le même constat qui pousse l’Ademe à vouloir remettre à plat le dispositif des plateformes territoriales de la rénovation énergétique, en cherchant à identifier les meilleures pratiques. Reste à savoir si elles s’appliqueront de la même façon dans tous les territoires.