Un projet Enedis-Innogy en Sarre et Lorraine pour gérer les surplus éoliens

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(Enedis)

Les réseaux intelligents sont encore à l’état d’ébauche en France, mais leurs promoteurs réfléchissent déjà aux coopérations transfrontalières. Témoin, ce projet à cheval sur la Lorraine française et la Sarre allemande, à l’initiative d’Enedis et d’Innogy, actionnaire du réseau de distribution de ce Land, accompagnés par la Dena (l’Ademe allemande) et le bureau d’étude Tilia. L’idée de cette Smart Border Initiative est de mieux gérer les futurs excédents de production d’électricité éolienne en Sarre et de mutualiser les sources de flexibilité, par exemple les véhicules électriques. Le but est d’éviter l’engorgement local et le phénomène de remontée massive d’électrons vers le réseau de transport allemand. Les deux régions se caractérisent notamment par les déplacements quotidiens d’environ 100 000 travailleurs transfrontaliers. Le projet prévoit donc de favoriser la recharge ...

des véhicules électriques français en Allemagne dans la journée, plutôt qu’en France le soir.

Nouvelle infrastructure

Mais l’approche smart grid classique et les gisements d’économies d’énergie pourraient, aux yeux des deux distributeurs, ne pas suffire pour gérer l’intermittence de production et les surplus allemands. Enedis et Innogy imaginent donc une ligne nouvelle en moyenne tension de 20 000 volts, qui serait mise en service en 2030. La décision de la réaliser ou non et d’y investir les fonds nécessaires – 35 M€ sont évoqués par Enedis – sera prise fin 2019. D’ici là, une étude coût-bénéfice va être menée, financée en partie par l’Union Européenne. La Smart Border Initiative a en effet été labellisée « PCI », pour Project of common interest, ce qui a donné accès à un financement de 2,5 M€.

Régional et transfrontalier

Cette « frontière énergétiquement intelligente » est apparemment sans équivalent pour l’instant en Europe, car le projet n’est pas fondé sur des échanges de fortes puissances entre des marchés nationaux (les interconnexions actuelles), mais sur un début de réponse régionale franco-allemande à des problèmes locaux. Il est fortement soutenu par EDSO* for Smart Grids, une association qui fédère les réseaux de distribution électrique européens et par son président Christian Buchel, également membre de la direction d’Enedis. Smart Border Initiative pourrait en effet préfigurer d’autres réalisations communes aux distributeurs européens, dans les régions où ils craignent de futures congestions électriques – et accessoirement où il est rentable de tirer une ligne. Par exemple, les marches de la Belgique et de la France ou les alentours du Luxembourg, pour ne retenir que le cas français.

*European distribution system operators