« Tout le monde a repris l’étendard du biométhane » [France Biométhane]

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Cédric de Saint-Jouan (Vol-V)

Entretien avec Cédric de Saint-Jouan, président de France Biométhane et co-fondateur du développeur-producteur Vol-V, pionnier du secteur –

France Biométhane, qui fête ses deux ans cette semaine, s’était exprimé en avril dernier pour regretter l’absence de vision industrielle dans la production de biogaz en France. Depuis, le think tank s’est fait discret sur la place de cette énergie dans la Programmation pluriannuelle de l’énergie, alors qu’Engie, les gestionnaires de réseaux, d’autres associations comme Coénove ont exprimé leurs inquiétudes. Pourquoi ce silence ? La filière biogaz a-t-elle obtenu les bons signaux, finalement ?

GreenUnivers : On ne vous entend plus sur la Programmation pluriannuelle de l’énergie et ses objectifs de production pour le biogaz. Avez vous été rassuré par le ministère de la Transition écologique et solidaire ? 

Cédric de Saint-Jouan : Nous ne sommes pas si discrets que cela mais notre communication n’est pas toujours publique. Sur le fond, le débat que vous évoquez concerne plus le gaz que le biogaz. En plus, et même surtout, je ne suis plus vraiment inquiet pour notre secteur, contrairement à 2016, lorsque nous avons créé France Biométhane. Cette énergie bénéficie d’un fort soutien dans les territoires, car elle crée de la valeur là où les gens se sentent parfois délaissés. L’acceptabilité des méthaniseurs est un sujet, mais uniquement aux abords des grandes villes ! Les agriculteurs se sont vraiment emparés du biométhane et déroulent… Et nous serons à  ...

80 centrales en service cette année, le pipe total de GRDF atteignant 10 TWh. La production va tangenter 1 TWh en 2018 et devrait désormais doubler chaque année.

« Je ne suis plus vraiment inquiet pour notre secteur »

GU : L’administration, en particulier Bercy, continue à considérer que les coûts de production, autour de 100€/MWh, sont excessifs…

CdSJ : Au rythme actuel et en optimisant les technologies d’aujourd’hui, nous serons à 60€ en 2025. Si d’autres procédés se généralisent, comme la méthanation, nous pouvons descendre plus bas, dans une dizaine d’années. Assouplir certaines réglementations, comme l’hygiénisation de matières végétales telles que la paille ou les plans d’épandage, serait aussi une bonne manière d’accélérer le mouvement.

GU : Six mois après sa clôture, à quoi a servi finalement le groupe de travail méthanisation ?

CdSJ : Le gouvernement a montré son soutien au biogaz, c’était une communication positive. Mais concrètement, il n’en est pas sorti grand chose, excepté le droit au raccordement et plus de facilité pour passer de la cogénération au biométhane. La capacité maximale de production n’a pas été améliorée. Ce n’est pas grave, la courbe de progression du secteur est ascendante et va le rester, le groupe de travail n’a pas eu d’influence là dessus et n’en aura pas.

GU : Les craintes de l’administration quant à l’approvisionnement en intrants sont-elles fondées ?

CdSJ : Sur le terrain, je ne ressens plus de compétition. Les rapport virils avec les collecteurs de déchets appartiennent au passé, nous travaillons en partenariat désormais. L’essentiel est ailleurs.

GU : Justement, il se trouve où ?

CdSJ : Je vois trois priorités. La première consiste à mieux construire, mieux installer et à délivrer le service attendu. Les fabricants de méthaniseurs ne sont pas encore bien armés. La deuxième porte sur l’exploitation des centrales, encore très perfectible. Par exemple, il faut numériser la gestion des intrants, effectuée à la main à l’heure actuelle. Troisième sujet, on l’a évoqué, la baisse des coûts. Nous avons besoin de R&D pour progresser en la matière.

« La priorité consiste à mieux construire, mieux installer et à délivrer le service attendu »

GU : Dans quels domaines ?

CdSJ : La méthanisation d’intrants végétaux génère désormais de bons retours d’expérience. Ce n’est pas le cas sur les intrants d’origine animale, une filière encore assez nouvelle, plus complexe, plus réglementée. Par ailleurs, la méthanisation en voie sèche obtient ses premières mise en production. Là aussi, on va pouvoir travailler sur les résultats. A plus long terme, nous ne manquons pas de chantiers : le couplage méthanisation-production solaire chez les agriculteurs, les algues, la récupération de CO2. Le secteur a besoin d’échanges scientifiques, techniques, business et c’est la vocation du think tank.

GU : Du coup, votre action auprès des pouvoirs publics touche à sa fin ?

CdSJ : En 2016, le défaut de lobbying était criant, la méconnaissance du biométhane, choquante. D’où notre Livre Blanc, par exemple. Mais aujourd’hui, tout le monde a repris cet étendard, ce qui tend à démontrer que France Biométhane a plutôt atteint son objectif. Ce n’est pas un hasard si le think tank compte plus de 1 200 adhérents. L’heure est désormais aux échanges approfondis entre les développeurs, constructeurs, financeurs, collecteurs de déchets, collectivités locales, selon les trois priorités que je vous ai déjà indiquées.