Avril lance son diesel 100% végétal

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Le diesel n’est pas mort. Le groupe agro-industriel Avril (huiles Lesieur, Puget, oeufs Matines, carburant Diester…) le ressuscite en version 100% végétale, en substitution au carburant fossile de plus en plus taxé et sans doute voué à disparaître à terme. Baptisé Oleo 100 et produit à base de colza, comme le diester actuel, il doit dans un premier temps alimenter les véhicules lourds, camions et bus notamment. « C’est notre réponse à l’écologie punitive, stigmatisante », formule Arnaud Rousseau, agriculteur et président d’Avril.

Transition facile

Son groupe prévoit une production de plusieurs centaines de milliers de tonnes dans trois à quatre ans, soit la consommation annuelle de 15 000 camions – 300 000 sont en service en France. Ses arguments ? Face au gazole fossile, « un bilan énergétique positif », avec 60% de gaz à effet de serre de moins et une forte réduction des particules fines. Et un prix compétitif avec le carburant des transporteurs, grâce à une TICPE* réduite à 12 cts/litre. A la différence de la mobilité électrique et au gaz, Oleo 100 ne nécessite  ...

aucun investissement dans les infrastructures et offre une autonomie maximale. « Seules quelques adaptations mineures du moteur sont requises, comme les changements de filtres… Oleo 100 permet aux transporteurs de conserver leurs flottes actuelles », affirme Kristell Guizouarn, directrice énergies nouvelles d’Avril. Pourquoi ne pas viser tout de suite les voitures des particuliers ? Parce qu’il faut quand même un moteur déjà homologué par les constructeurs, beaucoup moins nombreux dans les véhicules lourds.

Champion des pesticides

Avril se veut aussi prudent sur les volumes, car le colza français ne peut pas fournir les millions de mètres cubes de carburants que consomment les 17 millions de véhicules diesel français. La généralisation de ce carburant pourrait aussi se heurter aux arguments écologiques. « Le colza est bon pour l’environnement  » affirme Arnaud Rousseau, argumentant en particulier sur la couverture quasi permanente du sol (érosion limitée) et sur les bienfaits pour les insectes pollinisateurs. Mais le colza est aussi un champion des pesticides. Selon la base de données Agreste du ministère de l’Agriculture et de l’alimentation, il figure au 2e rang des plantes les plus « traitées », derrière la pomme de terre et devant la betterave. Cette culture industrielle est par ailleurs source d’autres dommages classiques, comme l’appauvrissement des sols. « Nous visons des marchés ciblés », rassure Kristell Guizouarn. Elle met en avant une autre qualité d’Oleo 100 : éviter d’importer du soja brésilien ou de l’huile de palme asiatique. Ces graines « produites à vil prix » dament aujourd’hui le pion aux producteurs de diester tricolores. On peut néanmoins se demander si le gazole végétal et garanti 100% français ne subira pas un jour le même sort.

*Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques