Rénovation énergétique : 3 chantiers sur 4 seraient inefficaces

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(Crédit : Energies Posit’if)

L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) a rendu public un rapport pour le moins critique sur la performance des opérations de rénovation énergétique. Selon elle, seulement 25% des rénovations ont permis de sauter au moins une classe de Diagnostic de performance énergétique (DPE). Des résultats que ne semblent pas partager les bénéficiaires, plutôt satisfaits…

5% de rénovations très efficaces

Cette enquête, baptisée TREMI, s’est concentrée sur les travaux réalisés entre 2014 et 2016 dans les maisons individuelles des parcs privé et public. Quelque 44 921 interviews ont été réalisées, dont 29 253 auprès d’occupants de maisons individuelles. Au total, sur la période visée, plus de ...

5 millions de maisons individuelles – autrement dit le tiers du parc total – ont fait l’objet de travaux de rénovation et ont généré près de 60 Mds€ de chiffre d’affaires.

Les résultats de cette étude font froid dans le dos : un tiers seulement des travaux sur les « toitures/combles » seraient performants et ce ratio tombe à 1/6 au niveau des postes « fenêtres / ouvertures » et « murs ». De fait, 75% des travaux de rénovation en maisons individuelles n’ont pas permis à ces logements de changer de classe DPE. Pire, seuls 5% des opérations ont permis un saut de deux classes de DPE, soit un véritable saut qualitatif. Cela représente en général un investissement de 25 000 € environ.

« Cette absence de saut de classe DPE ne signifie pas forcément une absence d’amélioration énergétique du logement. Des travaux de rénovation peuvent ainsi contribuer à améliorer la performance énergétique du logement sans pour autant permettre un saut de classe DPE », nuancent les auteurs du rapport.

La performance, un concept subjectif

Pour autant, ces faibles performances posent question d’autant que les bénéficiaires de ces travaux semblent globalement satisfaits : « 83 % des ménages ayant réalisé des rénovations estiment qu’ils ont amélioré le confort thermique de leur logement et 61 % observent des réductions des dépenses énergétiques dès la fin des travaux », indique l’enquête. Ce qui peut paraître pour le moins contradictoire… « Ce décalage est le constat le plus choc de cette enquête. Nous l’interprétons comme un signe que les exigences fixées par l’Etat (tendre vers le BBC) sont bien plus élevées que les attentes des Français qui, n’étant pas des spécialistes, n’ont pas forcément conscience du potentiel réel d’amélioration de leur habitat », estime Ariane Rozo qui a co-réalisé cette enquête.

Pour Audrey Zermati, directrice stratégie d’Effy, la définition même de « performance » pose problème car elle n’a jamais été clairement définie. Dans les annexes de l’étude, qui a duré 2 ans, les auteurs indiquent que « la logique générale consiste à considérer qu’un geste est performant lorsqu’il ouvre droit à des aides publiques ». Une logique qui permet de poser des questions relativement simples aux bénéficiaires, et d’en déduire un DPE avant et après travaux. « Vu la taille de l’échantillon, ce traitement statistique nous semblait le plus pertinent car il n’était pas envisageable de réaliser un DPE dans chaque maison. L’avantage de cette méthode est que nous avons une base de données suffisante pour décliner des résultats par région », explique Ariane Rozo.

D’importantes marges de progrès

Si cette méthodologie statistique est sans doute perfectible, l’enquête a le mérite de poser la question de l’efficacité des opérations de rénovation énergétique. « La problématique de la montée en compétence des professionnels avait déjà été identifiée dans le plan gouvernemental. Cette étude confirme qu’il y a un grand potentiel d’amélioration des gestes des professionnels », estime Audrey Zermati. Annoncé en avril dernier, ce plan prévoit entre autres que les exigences de l’Agence nationale de l’habitat (Anah) soient progressivement revues à la hausse, et qu’un grand plan de formation aux évolutions des règles de l’art de rénovation énergétique soit lancé.

Au niveau des travaux effectués, l’enquête TREMI montre que les ménages privilégient l’isolation du bâti au changement de chauffage. Fenêtres, toitures et isolation des murs représentent ainsi le trio de tête de travaux. Cette logique est jugée bonne pour gagner en efficacité énergétique mais l’enquête met en garde contre le peu d’actions menées sur la ventilation : « le parent pauvre de la rénovation énergétique alors qu’il s’agit d’un poste clef ayant un impact sur le confort mais aussi sur la santé des occupants ».

Cette étude a vocation à alimenter l’observatoire de la rénovation énergétique et éventuellement être intégrée prochainement dans le système de statistiques officielles. La prochaine enquête TREMI est prévue pour 2020 pour des travaux réalisés entre 2017 et 2019.