Le solaire flottant français émerge dans le Vaucluse

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(Crédit : Ciel & Terre)

Akuo Energy donne le top départ du solaire flottant en France. A Piolenc dans le Vaucluse, le développeur et producteur d’EnR entame la construction d’une centrale de 17 MW, pour une entrée en service en mars 2019. Basée sur la technologie « Hydrelio » du fabricant français Ciel & Terre, qui y avait installé un prototype dès ses débuts dans le secteur en 2011, l’installation flottera sur une ancienne carrière mise en eau, sur 17 hectares. Le projet énergétique, innovant en soi, s’insère dans un ensemble plus vaste, car il est associé à une ferme basée sur l’agroécologie et le maraîchage bio, elle aussi créée et exploitée par Akuo Energy.

5 à 10% plus cher

Le financement bancaire du projet solaire, qui bénéficie d’un complément de rémunération, est assuré ...

par Natixis-Energeco, à hauteur de 12,8 M€. La banque mène là, elle aussi, sa première opération dans le solaire flottant. L’agrégation est confiée à la société suisse e6. Le prix du MWh n’est pas rendu public par Akuo Energy. Mais il est compétitif, car le projet a été lauréat lors du premier round de l’appel d’offres solaire au sol « CRE4 » début 2017, dont le prix moyen était de 62,5€/MWh. Selon Ciel & Terre, le prix du solaire flottant se situerait en général entre 5 et 10% au-dessus de celui des centrales solaires au sol de puissance comparable. Mais tout dépend de l’emplacement. Dans certains pays, comme le Japon où le foncier est onéreux, la solution flottante peut même se révéler meilleur marché que son alter ego au sol.

Akuo Energy détient l’exclusivité de la technologie Ciel & Terre en France – fabriquée par un sous-traitant en Corrèze -, sur un marché qui intéresse de plus en plus d’acteurs, par exemple Engie. Eric Scotto, fondateur et président d’Akuo, estime le potentiel facilement accessible à plus de 9 GW, pour les plans d’eau situés à moins de 10 km d’un point de raccordement électrique. Au total, il atteindrait 22 GW. Interrogé sur les suites données au projet pionnier de Piolenc, Eric Scotto prévoit que d’autres centrales vont se concrétiser dans l’Hexagone d’ici la fin de l’année prochaine.

Ciel & Terre accélère aux USA 

Fondé en 2006 mais dédié au solaire flottant depuis 2011, Ciel & Terre est surtout un fabricant mais peut aussi se faire développeur si besoin. Il compte encore assez peu de concurrents, même si les entreprises chinoises comme Sungrow, qui bénéficie d’un marché national déjà porteur, sont de plus en plus présentes. Les efforts commerciaux de la société basée à Sainghin-en-Mélantois (Nord) sont entièrement tournés vers l’international, car en France, le marché est resté longtemps orphelin de tout soutien.

Epargner le milieu aquatique

Du coup, Ciel & Terre est maintenant présente dans 25 pays, avec 235 MW installés, répartis sur 120 sites. Elle dispose notamment de 80 références au Japon , selon une porte-parole de la société. Quatre nouveaux projets sont en cours au pays du Soleil levant. Aux Etats-Unis, un même nombre va entrer en construction. Et au total, une trentaine de nouveaux projets s’approchent de cette phase.

Interrogée sur l’impact environnemental de sa solution, Ciel & Terre estime que tout dépend de la quantité de panneaux installés et du contexte. Elle recommande pour sa part de couvrir à 70% la surface lacustre, pour laisser entrer suffisamment de lumière. Dans certains cas, le solaire flottant pourrait même avoir des effets positifs sur le milieu, par exemple en limitant l’évaporation de l’eau ou la prolifération des algues. La technologie ne semble en tout cas pas incompatible avec la vie aquatique. En Thaïlande, une centrale flottante basée sur la technologie de Ciel & Terre est en production sur un petit bassin d’aquaculture. L’impact doit aussi être apprécié en fonction du contexte d’origine. Eric Scotto rappelle ainsi que le solaire flottant français vise avant tout les plans d’eau situés en milieu dégradé, notamment les anciennes carrières.

La filière s’est récemment distinguée en Corée du Sud, avec un projet géant. Début septembre, la ville coréenne d’Ansan, la province de Gyeonggi, l’électricien Korea Western Power et une coopérative régionale ont signé un accord pour construire un parc de pas moins de 102,5 MW. Il sera édifié sur le lac de Sihwa (dans l’ouest du pays) et devrait être mis en service en 2020.