Effervescence sur le marché européen des quotas de CO2

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(c) Pixabay

Le cours de la tonne de CO2 a bondi de 310% depuis mai 2017 pour atteindre les 18 € sur l’EU-ETS au mois d’août. Les acteurs du marché anticipent une contraction de l’offre grâce à l’introduction au 1er janvier 2019 du mécanisme de réserve de stabilité. Une étude de l’initiative Carbon Tracker, publiée ce mardi, estime que cette réforme du marché européen du CO2 devrait entraîner une augmentation sensible du cours, jusqu’à 40 € la tonne en 2020. Un signal nécessaire mais pas suffisant pour assurer la transition énergétique.

Créer de la tension

L’introduction de ce mécanisme de stabilité était indispensable pour sortir de l’impasse dans laquelle se trouvait le marché du carbone européen. Alors qu’il était conçu pour donner un signal-prix incitant les secteurs industriels, énergétiques et du transport à diminuer leurs émissions de CO2, le marché d’échange de quotas se caractérise depuis des années par une surallocation endémique, un phénomène accentué par la crise économique de 2008. De fait, en mai 2017, le prix de la tonne de CO2 plafonnait à ...

4 €…

« Le mécanisme de réserve de stabilité a totalement changé la donne », affirme Mark Lewis à GreenUnivers. Le nouveau Managing Director chez Carbon Tracker (depuis son départ de la Barclays) et auteur de l’étude explique que le mécanisme retirera du marché 24% des quotas en surallocation chaque année pendant 4 ans, soit jusqu’en 2023, pour réduire le stock considérable de quotas, estimé à 3 milliards. Pour autant, l’objectif de la réforme n’est pas de totalement supprimer les quotas suralloués puisqu’à partir de 2023, la réserve se chargera d’assurer un équilibre en injectant des quotas supplémentaires si le stock passe en-dessous des 400 millions, et en retirant des quotas s’il dépasse les 833 millions de quotas.Equilibrage

« Cette réforme permet au marché carbone de repartir sur des bases bien plus saines. D’un côté, l’offre de quotas va se réduire fortement (même si le surplus va probablement perdurer jusqu’en 2030) ; de l’autre, la demande va augmenter en raison notamment de la croissance soutenue du secteur de l’aviation qui tend à équilibrer la balance », indique Mark Lewis. De plus, à partir de 2021, certains industriels tels que les aciéristes ou les cimentiers ne pourront plus bénéficier de la surallocation de quotas (attribuée suite à la crise de 2008), ce qui devrait les dissuader de les vendre en masse comme ils le font aujourd’hui. « Certains devront même probablement en acheter pour couvrir leurs besoins », estime le directeur de Carbon Tracker qui a calculé que les cours de la tonne de CO2 devraient poursuivre leur progression à 25€ la tonne d’ici la fin de l’année et 35-40€/t en 2019-2022.

L’étude considère que le break even pour rendre les centrales à gaz à hauts rendements (48%) économiquement plus intéressantes que celles au charbon se situe autour de 35 €/tonne de CO2. Cette substitution éviterait l’émission de 40 Mt de gaz à effet de serre par an. Mais au-delà des calculs économiques, d’autres considérations, notamment politiques risquent de contre-carrer le modèle.

Le charbon a la dent dure

Même avec un signal-prix déterminant, rien ne garantit que les capacités de production électrique des Etats fortement dépendants du charbon ne se métamorphosent du jour au lendemain. L’Allemagne en particulier est très concernée par cette problématique. La chancelière Angela Merkel a notamment créé une commission chargée d’élaborer le calendrier de sortie du charbon (22% de son mix électrique) et de traiter la question épineuse des pertes d’emplois. « Je suis sceptique sur les recommandations que pourrait rendre la commission allemande en octobre prochain. La problématique de l’emploi est centrale, et je doute que Berlin ordonne la fermeture de centrales charbon, sinon quelques-unes symboliques à partir de 2024 », admet Mark Lewis. Sans oublier que le pays est encore engager dans son programme de fermeture de toutes les centrales nucléaires. L’Allemagne va ainsi perdre 75 TWh chaque année jusqu’en 2023, ce qui ne va pas favoriser la fermeture d’autres outils de production électrique.

La France, et son mix électrique décarboné, soutient assez logiquement au niveau européen les initiatives pour relever les cours du marché carbone. Si l’idée d’introduire une contribution énergie-climat à la française ne trouve guère d’adhérents, notamment dans les pays de l’Est, Emmanuel Macron souhaite convaincre ses partenaires européens de fixer un prix plancher, entre 25 et 30 €/t, en-deçà duquel les cours du CO2 ne pourraient descendre. Une sorte de taxe carbone en somme.

• Consultez ci-dessous l’intégralité de l’étude de Carbon Tracker (ou ici en PDF)