Salaires dans les EnR : une conjoncture favorable aux cadres [Dossier]

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(Crédit : Solarcentury)

[Dossier salaires des cadres des EnR]

Il suffit d’interroger les professionnels du recrutement pour en avoir la confirmation : dans le secteur des énergies renouvelables, des entreprises manquent de bras ou éprouvent des difficultés à recruter. Une situation qui se traduit mécaniquement par une pression inflationniste sur les salaires. Une bonne nouvelle pour les salariés des filières EnR qui attirent de plus en plus de talents venus d’autres horizons.

La chasse aux talents est ouverte

La tension sur le marché de l’emploi dans les énergies renouvelables n’est pas un phénomène apparu récemment. « Cela fait deux ans que le mercato est fort et la chasse intense sur certains profils comme ceux liés au développement des projets, notamment éoliens. Cela pousse certaines entreprises à surpayer des collaborateurs pour les attirer ou éviter qu’ils ne partent à la concurrence », indique Jérôme Davant, dirigeant du cabinet Energy Power Lab, spécialisé dans le recrutement des cadres de l’industrie des énergies.

L’entrée d’acteurs étrangers sur le marché hexagonal, à l’image d’EnBW récemment, participe à tendre un peu plus le marché. Un constat unanime dans la filière. Certains postes sont particulièrement difficiles à pourvoir : « Les fonctions de développement sont précieuses pour les porteurs de projets car elles nécessitent des compétences transverses : juridiques, techniques et de relations publiques. Ce dernier point est indispensable pour l’acceptabilité, notamment dans l’éolien », constate Alexandre Roesch, délégué général du SER.

Les profils expérimentés dans le management d’équipes sont également très recherchés. « Beaucoup de jeunes professionnels prétendent très tôt à des fonctions d’encadrement pour accélérer leur carrière. Mais trouver des profils confirmés de management est très compliqué », constate Patrick Simon, directeur général d’EDPR.

Joanna Pelot, responsable du bureau parisien d’Energy Power Lab

Passerelles émergentes

Pour attirer de nouveaux talents sur les postes clés, des passerelles ont commencé à apparaître. « C’est un phénomène qui se développe à mesure que la pénurie de compétences s’installe dans le secteur. On a commencé à voir des candidats issus d’autres secteurs d’activité arriver sur le marché, notamment les profils immobiliers particulièrement bien adaptés à la prospection du foncier. L’intégration se passe généralement très bien et les candidats décident souvent de rester dans le secteur des EnR qu’ils jugent porteur », observe Joanna Pelot, responsable du bureau parisien d’Energy Power Lab

Des passerelles entre les énergies existent, même si elles sont limitées par les caractéristiques propres à chacune des technologies : « Il reste difficile pour un spécialiste du solaire d’aller dans l’éolien sans une formation préalable. L’inverse arrive plus souvent car la technologie solaire est réputée plus simple. Mais c’est surtout la perspective d’un déménagement dans le sud de la France qui motive les candidats. Ils sont 30 à 40% à indiquer qu’elle fait partie des raisons de leur changement de filière », constate le cabinet de recrutement.

Les énergies marines renouvelables (EMR) sont aussi susceptibles d’attirer des acteurs d’autres énergies, notamment du pétrole et gaz, rompus au travail en mer. Il n’est donc pas étonnant de voir des spécialistes issus de compagnies pétrolières ou parapétrolières, à l’instar de Statoil, se diversifier dans l’éolien offshore particulièrement sur les structures d’ancrage et les services maritimes. Enfin, le secteur des EnR n’échappe pas au mouvement de digitalisation, bien au contraire, ce qui attire des profils venus de divers secteurs pour apporter leurs compétences, à l’image du marché naissant de l’agrégation d’énergies renouvelables.

(Crédit : WindEurope)

Gisement inexploité

Le secteur des EnR s’appuie sur des compétences très diverses, parfois détenues par des petites entreprises travaillant pour d’autres filières industrielles et qui n’ont pas conscience qu’elles pourraient aussi exercer leur savoir-faire dans les énergies renouvelables. Elles représentent autant de ressources humaines qui ne bénéficient pas à la filière. Pour pallier à ce phénomène, le Syndicat des énergies renouvelables (SER) avait lancé en 2012 le programme Windustry France, pour aider les entreprises à trouver leur place sur la chaîne de valeur de l’éolien. « Nous avions commencé à cartographier toutes les pièces d’une éolienne pour attirer de potentiels nouveaux sous-traitants, puis nous avons organisé des rencontre BtoB avec les donneurs d’ordres », se remémore Alexandre Roesch, délégué général du SER.

Soutenue financièrement par le Programme des investissements d’avenir, cette initiative a permis l’accompagnement de 70 entreprises vers le secteur de l’éolien. « Nous aimerions relancer ce dispositif pour le secteur de la méthanisation car il exige de nombreuses compétences, et il y a un défaut d’information sur ce marché. Reste à trouver les financements », ajoute-t-il.

Une initiative qui n’est pas sans rappeler la mission confiée par le gouvernement à l’ancienne présidente du Medef, Laurence Parisot. Elle prépare un Plan d’investissement dans les compétences (PIC) prévu pour la fin de l’année (une version intermédiaire devrait sortir à la rentrée). Il doit anticiper les évolutions de métiers dans le futur et identifier les compétences clés sur lesquelles ils s’appuieront. Dans ce cadre, le gouvernement a annoncé en mai que le plan financerait notamment 10 000 formations dans les métiers « verts », qui participeront à attirer de nouveaux talents dans le secteur des énergies renouvelables.

La fin de l’Eldorado ?

Cette situation particulièrement favorable aux salariés va-t-elle durer ? « Plusieurs signes semblent montrer que le marché va s’équilibrer dans les prochaines années grâce notamment à l’effort conjoint des pouvoirs publics, des régions, des syndicats professionnels et des entreprises dans la formation aux métiers liés aux énergies renouvelables. La clé de la réussite résidera dans la bonne adéquation entre ces formations et les besoins de l’industrie », indique Alexandre Roesch. Plusieurs entreprises ont en effet pris les devant en créant leurs propres formations pour répondre à leurs besoins. C’est le cas notamment d’Enercon dans les Hauts-de-France et Vestas à Reims.

Autre indice d’une probable détente, la réorganisation du tissu d’entreprises : « Le mouvement de concentration qui anime le secteur des énergies renouvelables et la baisse constatée des marges sur l’ensemble de la chaîne de valeur devraient apaiser les tensions sur les salaires. Les entreprises vont se rationaliser et rechigneront à surpayer certains profils. Le plus dur est derrière nous, la dynamique est désormais favorable aux entreprises », estime Patrick Simon.