Le Royaume-Uni calcule le coût du démantèlement des éoliennes en mer

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Installation des éoliennes en mer. (Crédit : wpd offshore)

Le décalage est frappant. Alors que le gouvernement français a (re)donné son feu vert à la construction des six premiers parcs éoliens en mer, le Royaume-Uni calcule déjà le démantèlement de ses 37 parcs en exploitation. Confiée au Department of Business, Energy and Industrial Strategy, cette étude, la première du genre consacrée à l’éolien offshore, apporte des premiers enseignements utiles bien qu’elle reste encore largement prévisionnelle.

Acteur de dernier recours

Pourquoi le gouvernement britannique s’intéresse-t-il à la fin de vie des parcs éoliens dont la charge du démantèlement revient à ses propriétaires ? Pour la bonne raison qu’en cas de ...

défaut d’un ou plusieurs d’entre eux, il reviendra aux pouvoirs publics de se substituer à ces derniers pour réaliser les opérations de démantèlement. Un scenario qui ne peut pas être écarté d’un revers de main, et qui a poussé Albion la prévoyante à se pencher sur les détails financiers d’une telle entreprise. Une initiative d’autant plus bienvenue qu’elle s’appuie sur des données chiffrées confidentielles (retravaillées par l’administration britannique) fournies par les porteurs de 17 projets éoliens en mer. Si les chiffres détaillés par parc ne sont naturellement pas accessibles, leur agrégation permet de défricher un terrain encore peu exploré.

Un démantèlement à plus de 2 Mds€

Selon les services du Department of Business, Energy and Industrial Strategy, l’exercice de prévision s’inscrit dans un spectre élevé d’incertitudes, à cheval entre le niveau 4 et 5 d’une échelle qui en compte 5. Un niveau qui s’explique par l’absence de retour d’expérience réalisé sur un parc industriel, et l’horizon relativement lointain (entre 10 et 30 ans) de ces futurs travaux, ce qui laisse le temps pour de nombreuses évolutions technologiques en la matière. De fait, les auteurs estiment que l’évolution des coûts prévisionnels pourra varier entre -30% et +100%. En tenant compte de ce fort degré d’incertitude, le gouvernement britannique évalue le coût total du démantèlement à 2,06 Mds€ (ou entre 1,45 et 4,12 Mds€) pour 37 parcs éoliens en mer, cumulant plus de 7 GW de capacité installée.

Ces coûts n’intègrent pas les opérations liées aux raccordements, à la charge de National Grid, évaluées à 178,8 M€. A noter également que les connexions électriques des installations elles-même pourront être laissées in situ et que les fondations devront être rabaissées à 2 ou 3 mètres en-dessous du niveau de la mer. Une méthode de déconstruction quelque peu low cost sur laquelle s’est basé le gouvernement britannique qui prévient que « si la réglementation venait à changer, cela aurait un impact significatif sur les coûts de démantèlement ».

Des coûts très incertains

L’étude, datée d’avril mais publiée le 13 juillet, estime que plusieurs éléments pourraient avoir un effet sur l’évolution des coûts de démantèlement. Les premiers retours d’expérience et l’optimisation des procédures de déconstruction sont un gisement important d’économies comme dans toute industrie lourde. Les auteurs prennent ainsi l’exemple des rotations maritimes nécessaires pour rapatrier à terre tous les éléments d’une éolienne. Aujourd’hui, selon les plans transmis par les développeurs, il faut 6 rotations (une par pale, une pour la nacelle et le rotor, et deux pour le mât). Réduire ce chiffre à 3 voyages, une des options étudiées pour diminuer les coûts, permettrait une économie substantielle de 12% sur le budget total de démantèlement.

Une baisse des coûts qui pourrait être facilement compensée par l’inflation d’autres postes de dépenses à l’instar des bateaux-grues dont le tarif de location varie énormément. C’est un marché très volatil, même à court terme, où les écarts de prix sont de 300% entre des contrats similaires selon les périodes. L’étude met ainsi en garde les sociétés contre le risque de goulet d’étranglement qui conduirait à une inflation rapide des coûts si les dates de démantèlement des parcs éoliens en mer sont trop proches les unes des autres.

• L’étude du Department of Business, Energy and Industrial Strategy peut être consultée ci dessous (ou ici en PDF)