Les premières applications du plan hydrogène dès cet été

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(Crédit : Plastic Omnium)

Place à la pratique ! Présenté officiellement le 1er juin par le ministre d’État Nicolas Hulot, le plan national hydrogène commence à se concrétiser. Il a fait l’objet d’une rencontre organisée par l’association professionnelle Afhypac, le 27 juin. A l’ordre du jour : comment passer à l’acte et mettre en œuvre le plan. La veille, le 26 juin, il a été abordé lors d’une réunion de la filière, qui multiplie les initiatives, avec le ministère. Peu à peu, le calendrier d’application pour les prochains mois se dessine et les premières actions sont annoncées dès cet été.

Une publication imminente

La première mesure attendue est ...

d’ordre réglementaire. Un arrêté encadrant l’utilisation d’hydrogène dans les stations-services est prêt. Sa publication est « imminente », prévient Michèle Pappalardo, la directrice de cabinet de Nicolas Hulot. Le directeur général de l’énergie et du climat, Laurent Michel, confirme : « le texte a été validé, il chemine vers le Journal officiel, plus rien ne l’arrêtera », formule-t-il.

Un autre travail attend ensuite l’administration en lien avec l’Ademe : la finalisation de l’appel à projets prévu par le plan et correspondant à l’enveloppe de 100 M€ promise pour 2019. Pour rappel, cette enveloppe ciblera trois types d’applications : des soutiens aux industriels pour des investissements dans des électrolyseurs ; des projets territoriaux autour de la mobilité ; des projets hybrides portant à la fois sur la mobilité et le stockage d’électricité. Pour ce dernier volet, il faudra probablement attendre un peu. Le ministère prévoit de consulter la Commission de régulation de l’énergie pour voir comment valoriser l’hydrogène dans les appels à projets « EnR + stockage » dans les zones non-interconnectées (ZNI). Mais pour les deux premiers volets – électrolyseurs et mobilité – l’appel à projets pourrait être lancé à la fin de l’été. « On fera en sorte que ce soit prêt pour septembre », promet Laurent Michel.

Les services aux réseaux

L’autre chantier qui va débuter cet été concerne les trains à hydrogène, une piste recommandée au gouvernement par le Conseil d’orientation des infrastructures. Le Premier ministre Édouard Philippe a confié une mission au député Benoit Simian sur le verdissement du parc ferroviaire. Cette mission porte notamment sur l’objectif d’homologuer une technologie de train à hydrogène avant la fin du quinquennat. Benoit Simian prévoit de se rendre le 5 juillet avec Alstom en Allemagne, où l’industriel français a reçu la commande de 14 trains à hydrogène. Puis le député va mener toute une série d’auditions avant la remise d’un pré-rapport à la rentrée. Avant la présentation fin novembre de son rapport final, cinq ateliers devraient aussi être organisés sur les questions de sécurité, des sources d’énergie (pour produire l’hydrogène), du matériel ferroviaire, de la gouvernance territoriale optimale pour mener des expérimentations et enfin de la soutenabilité économique du projet.

Cet été également, des lettres de mission vont être envoyées par le ministère aux gestionnaires de réseaux électriques et gaziers, ainsi qu’à EDF SEI pour les ZNI. Le but est d’évaluer les services que l’hydrogène pourrait rendre aux réseaux, un sujet qui suscite encore de nombreuses questions, notamment sur le plan économique.

Des engagements réciproques

« Ce plan matérialise l’engagement de l’État auprès des industriels. C’est un plan précis, mais qui n’est pas figé. Il est encore en cours de construction. Nous restons à l’écoute », signale Michèle Pappalardo, qui en appelle à la « mobilisation collective » de la filière. L’Ademe, qui met en place une équipe interne dédié au sujet, aura un rôle d’animation. Pour mettre en œuvre le plan, l’Afhypac compte aussi sur les contrats de transition écologique. Ainsi que sur les comités stratégiques de filière mis en place dans le cadre du Conseil national de l’industrie, en particulier trois comités qui viennent d’être lancés : ceux sur l’automobile, sur le ferroviaire et sur l’industrie des nouveaux systèmes énergétiques.

Mais pour le gouvernement, la colonne vertébrale du plan – dans sa déclinaison concrète – pourrait plutôt être les « engagements pour la croissance verte ». Ce dispositif a été présenté à la filière hydrogène ce 26 juin. « C’est une démarche de co-construction entre l’administration et des porteurs de projets », raconte Philippe Boucly, président de l’Afhypac. « L’approche se veut pragmatique et comportera des engagements réciproques. De la part de l’État, à lever les obstacles rencontrés par les acteurs, notamment sur le plan réglementaire. De la part des porteurs de projets, à investir, à créer des emplois ou à installer des équipements. » Le ministère de la Transition écologique voudrait pouvoir signer les premiers engagements d’ici la fin 2018 ou le début 2019. Trois groupes de travail sont prévus dans ce cadre : la production et l’utilisation d’hydrogène décarboné ; l’hydrogène pour le stockage ; la mobilité.

Un label « hydrogène renouvelable » ?

Signalons enfin un autre chantier important, plutôt pour 2019 : la traçabilité de l’hydrogène décarboné. L’idée est de valoriser ceux qui privilégient l’hydrogène produit par de l’électricité bas carbone. Reste à définir ce que l’on entend par là. Le sujet est en cours de discussion au niveau européen, notamment dans le cadre de la nouvelle directive sur les énergies renouvelables. L’Afhypac a aussi travaillé en interne sur le sujet. Étant données les remontées du terrain, l’association professionnelle défend même l’instauration en France de deux labels : un label « hydrogène décarboné » et un label « hydrogène d’origine renouvelable ».