Les agrégateurs se préparent à l’arrivée de 10 TWh d’ici 2023

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(Crédit : EDF)

En retard par rapport à ses voisins européens, la filière française de l’agrégation se prépare à l’arrivée sur le marché des énergies renouvelables entrées en service au début des années 2000. Les agrégateurs affûtent leur stratégie et leurs arguments pour mettre la main sur les meilleurs actifs.

10 TWh en 2023

Le marché de l’agrégation en France ne représente aujourd’hui pas plus [am4show have=’g1;g2;g4′ user_error=’Please_Upgrade’ guest_error=’Please_Subscribe’]d’un Térawatt-heure, « surtout issu du petit-hydro sorti de l’obligation d’achat en 2012 », rappelle Hélène Gelas, avocat associé à LPA-CGR Avocats, à l’occasion du petit-déjeuner débat organisé le 10 avril par le BIP/Enerpresse. Mais la situation devrait changer dans les prochaines années, à l’occasion de la fin des contrats de 20 ans signés avec EDF. « Les projets du début des années 2000 vont sortir du régime du tarif d’achat. Leurs exploitants ayant amorti leurs investissements sont pour la plupart sur une logique de repowering et vont se frotter au marché avec l’aide du complément de rémunération », indique-t-elle.

Selon les estimations de Xavier Clabaut, responsable Marché Energie chez BHC Energy, filiale du groupe Total, le marché de l’agrégation devrait atteindre les 10 TWh d’ici 2023, majoritairement issus de parcs éoliens. De quoi aiguiser les appétits de la vingtaine d’acteurs qui se partagent le tout petit marché français. « Il y a aujourd’hui beaucoup d’agrégateurs et peu de volume en jeu, mais la situation va bientôt changer », explique-t-il. De fait, chacun aiguise sa stratégie pour remporter un round qui s’annonce particulièrement concurrentiel.

Des marges déjà très faibles

Les compétiteurs peuvent se classer en trois catégories : les électriciens traditionnels tels qu’EDF (à travers sa filiale Agregio), Engie ou la CNR, les acteurs étrangers ayant acquis une bonne expérience sur le marché allemand notamment (tels que Statkraft ou Uniper) et les pure-players (Hydronext ou E6 Group). « Ces derniers sont très actifs et très innovants. Ils sont aussi très agiles ce qui est indispensable dans cette branche. Il faudra compter avec eux à n’en pas douter », indique Félix Reynaud, directeur général d’Agregio. La concurrence va être telle qu’il est peu probable que la vingtaine d’entreprises présentes dans l’Hexagone survivent à ce premier round.

En effet, en France les marges sont déjà très faibles (autour de 0,8-1,5 €/MWh) et en Allemagne la concurrence est telle que deux agrégateurs ont déjà mis la clé sous la porte , comme le rappelle Sven Rösner, directeur de l’Office franco-allemand pour la transition énergétique (Ofate) qui vient de consacrer une étude au sujet, consultable ci-dessous. Partie plus tôt sur les EnR, l’Allemagne dispose déjà d’un bon retour d’expérience sur le marché de l’agrégation : « Il va y avoir une course aux bons projets, ceux faciles à intégrer et aux productions prévisibles. Sur ceux-là, les agrégateurs n’hésiteront pas à sabrer sur leurs marges, car ils représentent bien moins de travail d’équilibrage », prédit-il. Outre-Rhin, les primes de gestion des agrégateurs sont passées d’environ 2-4 €/MWh entre 2012 et 2014 à 1 €/MWh aujourd’hui.

Des atouts pour gagner

Face à cette concurrence qui s’annonce acharnée, chacun mise sur ses atouts. Certes il y a bien sûr la question du prix, mais pas uniquement. Les pure players comptent sur leur agilité et leurs capacités de prévisions ultrafines. « Une bonne prévision météo divise par deux les besoins d’équilibrage », rappelle Sven Rösner. Ils tenteront de compenser leur apparente faible solidité financière par des services d’optimisation tel que la gestion des prix négatifs. Néanmoins cela nécessite de prendre le contrôle sur les installations EnrR, et comme l’a constaté Félix Reynaud, « les exploitants renâclent à laisser la main sur leurs centrales ». Sans oublier que les grands acteurs des EnR ont tous leur propre virtual power plant (VPP).

Pour Alexandre Soroko, responsable Business development chez Uniper France, l’effet foisonnement sera central et pourrait bien donner un solide avantage compétitif aux plus grands groupes. « Avoir un périmètre le plus large possible avec des profils d’actifs complémentaires est une bonne assurance de réduire le coûts des écarts, de proposer les meilleurs conditions aux développeurs, et donc de remporter les contrats », estime-t-il.

  • Consultez l’étude de l’Ofate sur la vente directe en Allemagne (ici en PDF) : 

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