Le feuilleton éolien revient en interministériel

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(Crédit : GE)

Désormais géré au plus haut niveau, par le secrétariat général de l’Elysée, le dossier des tarifs de l’éolien offshore français sera examiné mardi 3 avril lors d’une réunion interministérielle (RIM), si celle-ci n’est pas à nouveau décalée in extremis. Une première RIM sur le sujet avait été programmée vendredi 23 mars, mais reportée suite à l’attentat dans l’Aude.

Des usines dans l’attente

Le temps commence à presser pour les consortiums en charge (EDF EN-Enbridge-WPD, Engie-EDP Renewables-Caisse des Dépôts, RES-Iberdrola), car l’amendement carton jaune déposé au Sénat est justement tombé alors que des décisions cruciales doivent être prises. « Cet amendement arrive au moment même où notre projet de Saint-Nazaire s’approche de la décision finale d’investissement, qui sera prise l’été prochain à l’issue de la dernière décision du Conseil d’État, si elle est favorable, explique Béatrice Buffon, directrice des Energies marines renouvelables d’EDF EN. Les commandes doivent être passées à GE cet été. » De fait, le fabricant termine actuellement la construction de son usine de Cherbourg. Et de son côté, EDF EN a commencé à structurer le financement du projet de Saint-Nazaire, qui dépasse 2 Mds€.

Un autre protagoniste majeur, Siemens/Gamesa, doit  ...

faire avancer son dossier d’usine au Havre. Après avoir obtenu en février le feu vert de l’Agence française de la biodiversité pour la construction du parc éolien en mer de Dieppe-Le Tréport, un protocole d’accord devait être signé avec le port en mai selon le calendrier initial. Mais le bras de fer engagé par le gouvernement aurait quelque peu refroidi les ardeurs du groupe qui attend désormais de voir dans quel sens va tourner le vent avant de prendre une décision définitive.

Filière en péril

Cette RIM est on ne peut plus attendue, tant par la filière que par la DGEC. Car à la fin de l’année dernière, l’accord sur le partage des bénéfices supérieurs à un niveau qui reste secret, tout juste passé entre l’administration du ministère de la Transition écologique et solidaire et les développeurs et accepté par la Commission européenne, a été suspendu à la demande de l’Elysée. Motif ? Un niveau considéré comme déraisonnable. Depuis lors, la filière et les pouvoirs publics ne se sont pas parlés sur le fond. Le dépôt de l’amendement dans le cadre du projet de loi de Bercy « Etat pour une société de confiance », est donc arrivé sans crier gare. Le gouvernement veut négocier en position de force, sans risque de recours ultérieur contre sa décision et a besoin d’un outil législatif pour ce faire.

Depuis, les développeurs, par l’intermédiaire du Syndicat des énergies renouvelables, de l’UFE, du Medef, accompagnés par les trois régions concernées (Normandie, Bretagne, Pays-de-la-Loire) ont mis en avant publiquement leurs arguments, et en tout premier lieu le risque d’avortement de l’industrie française de l’éolien en mer. EDF EN est catégorique sur ce point : l’absence d’accord sur les tarifs et donc l’annulation des appels d’offres reculerait de quatre ans les projets et « tuerait » le plan industriel. Béatrice Buffon rappelle à cet égard qu’EDF EN a confié les différentes étapes de la construction des parcs aux industriels hexagonaux, en particulier Eiffage, Bouygues et STX.

Quid des tarifs ?

La filière argumente aussi sur le tarif lui-même et notamment sur le coût exact pour la collectivité. Mais aussi sur les comparaisons avec les autres projets européens. Les prix des fabricants français ne seraient pas comparables à ceux proposés par les entreprises allemandes ou danoises, déjà aguerries dans ce domaine, selon un expert du secteur. « La communication du gouvernement laisse entendre qu’il y aurait une rente indue de l’ordre de 50% (200€/MWh contre environ 100€/MWh à l’étranger) pour les développeurs. Si c’était le cas, la DGEC s’en serait aperçue ! », s’insurge un acteur proche du dossier. Ce dernier ajoute que la question de la rentabilité a déjà été mise sur la table en décembre et que la clause de partage des gains avait vocation à résoudre cet imbroglio.

Par ailleurs les baisses de prix constatées hors de l’Hexagone concernent des projets sans raccordement, dont les études de faisabilité ont été réalisées par les pouvoirs publics et à construire à partir de 2023. Les développeurs tablent sur des puissances de turbines de 12 à 15 MW qui ne sont pas encore disponibles et ne le seront pas sans doute avant plusieurs années. « Dunkerque peut compter sur 12 MW. Ce n’est pas le cas des projets actuels », estime cet expert, ajoutant que l’éolienne de 12 MW de GE sera elle aussi fabriquée à l’étranger, si les projets français sont reportés.

Par Jean-Philippe Pié et Romain Chicheportiche