Europe, Etat, territoires : la TE mobilise à tous les étages [compte-rendu]

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De gauche à droite : Nathalie Croisé, journaliste, Guillaume Gillet, European union business unit director d’InnoEnergy,  Jean-Michel Reynaud, Head of startup relations d’Engie, Pierre Nougué, managing director d’Ecosys, Stéphane Villecroze, managing director de Demeter.

La puissance publique, qu’elle soit européenne, nationale, régionale et locale, joue et va continuer à jouer un rôle majeur dans la transition énergétique. Bonne nouvelle, « l’Europe n’est plus allergique à une politique industrielle continentale », estime Guillaume Gillet, European union business unit director de la plateforme d’investissement public-privé InnoEnergy, lors de la table-ronde organisée aujourd’hui par GreenUnivers (photo), à l’occasion de la publication de son Panorama des cleantech France en 2018 et dans le cadre du 9e Forum national des éco-entreprises du Pexe.

Deuxième bonne nouvelle, ce nouveau credo européen s’applique en priorité à la transition énergétique (TE). En témoigne l’Alliance européenne des batteries, qui vise à faire émerger des champions et des méga-usines sur le sol européen. Dans la mobilité bas carbone, l’Europe ne veut pas se faire damer le pion par la Chine et les Etats-Unis, comme cela a été le cas dans l’industrie photovoltaïque par exemple.

L’Europe prend son risque

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Stratégiques, les transports ne phagocyteront pas pour autant tous les efforts européens, qui visent la TE en général. « Des centaines de millions d’euros vont être mobilisés dans les prochaines années pour l’innovation », annonce Guillaume Gillet. Ils seront fournis dans le cadre du FP9, actuel nom de code du futur programme européen pour la recherche et l’innovation, successeur d’Horizon 2020. Des moyens seront aussi apportés par les fonds structurels européens et par les financeurs publics, en particulier la Banque européenne d’investissement. « La BEI a franchi un cap et n’est plus averse au risque », se réjouit Stéphane Villecroze, managing director de la société de gestion Demeter. Ce que démontre, entre autres, le tout récent prêt de 30 M€ au français Europlasma pour construire sa centrale électrique à syngaz CHO Tiper. Un projet également soutenu par InnovFin, un véhicule financier développé sous Horizon 2020 et qui manifestement fait du bon travail : « Sans cet outil, de nombreux projets n’existeraient tout simplement pas », souligne Jean-Michel Reynaud, Head of start-up relations d’Engie, citant l’exemple de Windfloat, le projet éolien flottant au Portugal dans lequel son groupe est présent.

Cette ouverture de l’Europe à l’innovation va être testée de plus en plus vigoureusement, car le continent n’est pas au bout des surprises, semble-t-il : « la 4e révolution industrielle va commencer, promet Pierre Nougué, managing director d’Ecosys. Ce sera la fusion du biologique, du numérique et de la physique ». Un mouvement qui pourrait se traduire par un nouveau profil de start up, cumulant cleantech, biotech et digital.

Les territoires, investisseurs avisés et exigeants

A l’autre bout de la chaîne, c’est-à-dire au plan régional, voire local, les initiatives publiques ne manquent pas non plus et surtout, se font plus pointues et exigeantes. Stéphane Villecroze évoque la Ville de Paris, qui a lancé son Fonds vert, accompagné par l’Ademe et la Caisse des dépôts, et en a confié la gestion à Demeter. Destiné à accueillir aussi des investisseurs privés, le fonds doit trouver des start-up « utiles » aux métropoles. Surtout, la Ville a exigé un reporting systématique, lors des due diligences mais aussi sur un rythme annuel, quant à l’intérêt concret que présentent les sociétés financées pour le territoire francilien – reporting effectué par Carbone 4. On notera aussi que la région Ile-de-France compte jouer un rôle plus actif dans l’investissement en faveur de la transition énergétique, en ciblant pour sa part la chaleur renouvelable, les smarts grids et les projets EnR citoyens, un autre maillon local de la TE.

L’Etat reste le maître d’ouvrage 

(DR)

Entre les deux niveaux – l’Europe et les territoires – s’inscrit l’État, dont le rôle reste plus que jamais structurant et planificateur. Il suffit de remarquer l’extrême attention toujours portée aux annonces gouvernementales, en particulier sur le soutien accru, ou non, aux différentes filières de production ou d’efficacité énergétiques. Intervenant en clôture de la matinée, Michèle Pappalardo, directrice du cabinet de Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, a ainsi annoncé que l’éolien offshore français sortirait bientôt de l’instabilité actuelle, liée à la renégociation de tarifs accordés lors des appels d’offres de 2012 et 2014Soucieux des deniers publics, l’État veut « faire de l’éolien en mer au meilleur prix possible et réinvestir les économies ainsi générées dans le développement de projets supplémentaires », souligne Michèle Pappalardo.

Parmi les nombreux sujets de mobilisation de son ministère (TE mais aussi économie circulaire, eau, biodiversité, finance verte…), Michèle Pappalardo signale en particulier l’avancée des travaux sur le prochain plan Hydrogène : « nous avons quelque chose à dire d’assez opérationnel », formule-t-elle, évoquant le rapport réalisé par le CEA et la DGEC et confirme le bouclage du Plan de rénovation des bâtiments, bientôt présenté.