Bientôt une filière pour la fin de vie des éoliennes ?

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(Crédit: Anne-Claire Poirier)

La dernière ligne droite se présente : celle où l’on valide le modèle économique. Si les conclusions s’avèrent satisfaisantes, c’est une filière complète qui pourrait naître dans la région Grand Est d’ici 2020 pour gérer « la fin du premier cycle de vie des éoliennes, avant repowering éventuel », présente Didier Evano, président de Net-Wind, une PME fondée en 2011 et historiquement positionnée sur la maintenance éolienne.

Le sujet commence à peine à être traité par l’administration. Mais la question du repowering – c’est-à-dire du renouvellement ou de l’amélioration des plus anciennes centrales – s’impose comme l’un des enjeux des prochaines années pour l’éolien français. Et qui dit renouvellement des parcs, dit démantèlement des équipements pour en installer de nouveaux. Pour le financement, « les exploitants de parcs éoliens ont l’obligation de constituer une garantie de 50 000 euros par machine, mais ce montant est insuffisant pour rentabiliser le démantèlement », analyse Didier Evano. C’est la raison pour laquelle sa société, qui vient de lever des fonds, a pris la tête d’un groupement d’entreprises. L’objectif est de ...

trouver de nouveaux modes de valorisation en ajoutant au démantèlement une activité de recyclage des matériaux, de réparation et revente des composants (boîtes de vitesse, génératrices, motoréducteurs, cartes électroniques…).

Une première subvention

En décembre dernier, a été créée « l’Association pour le développement de la filière D3R Région Grand-Est ». Par D3R, comprenez « démantèlement, recyclage, reconditionnement, revente ». Cette association a vocation à devenir un consortium d’entreprises. Elle va d’abord mener des études et un projet pilote pour valider le modèle économique de son offre. Présidée par Net-Wind, elle réunit pour l’instant sa filiale Mywindparts (fournisseur de pièces détachées pour l’éolien), l’entreprise Altead (spécialiste du transport et de la logistique), le cabinet Bureau Veritas Construction et la société Bruhat Georges (recyclage).

Fin janvier, l’association a reçu une première tranche de subvention de 252 000 euros, de la part de la Ville de Châlons-en-Champagne et du contrat de redynamisation du site de défense de Châlons, un programme qui accompagne la revitalisation du territoire après la dissolution d’un régiment de l’Armée. Cette première tranche représente la moitié des moyens dont l’association a besoin cette année.

Un benchmark européen

En 2016, une première étude avait été menée. Commandée par la Dreal Champagne-Ardennes, elle avait été réalisée par les bureaux d’études Innosea et Natural Power. Sa cible : le marché du démantèlement éolien dans le nord – où opère déjà le spécialiste des éoliennes d’occasion Drekan –  et l’est de la France. « L’étude avait conclu que le marché n’était pas suffisamment mûr. Nous allons l’étendre au niveau national et y ajouter – au-delà du démantèlement – les activités de réparation, revente et recyclage des équipements éoliens, prévoit Didier Evano. Business France va aussi réaliser un benchmark européen des meilleures pratiques en matière de démantèlement, ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. »

Au second semestre 2018, un retour d’expérience va aussi être réalisé avec le démantèlement d’un parc pilote de 3 à 6 éoliennes, qui n’a pas encore été choisi. Si les conclusions sont satisfaisantes, l’idée est de construire en 2019 ou 2020 une plateforme logistique sur un terrain de 25 hectares (le terrain n’a pas encore été sélectionné), « pour traiter une centaine d’éoliennes par an et créer 100 à 120 emplois », chiffre Didier Evano.

Composites et terres rares 

Gérée par Altead, cette plateforme a vocation à réceptionner les équipements issus du démantèlement, à les trier, les stocker, évacuer ce qui n’est pas valorisable et expédier vers des sous-traitants locaux ce qui peut être reconditionné.

Outre l’offre commerciale à valider, il reste quelques points particulers à traiter. D’abord, le recyclage des composites. L’option d’un broyage pour incorporation dans des matériaux destinés au BTP n’a pas convaincu, pour des raisons économiques. Des contacts ont été pris avec une société qui a développé un procédé plus convaincant (son nom reste confidentiel), mais ils n’ont pas encore abouti. Un programme de recherche est par ailleurs mené sur ce sujet avec l’université de Reims.

Il y a aussi le cas des terres rares contenues dans les aimants permanents de certaines éoliennes. « Quand il y en a, les terres rares représentent quelques centaines de kilos par machine », précise Didier Evano. Pour l’instant, les conditions ne sont pas réunies pour les valoriser. « Nous envisageons de stocker les aimants permanents en attendant qu’un procédé de récupération fasse la preuve de sa pertinence économique. Les procédés existent, mais la politique commerciale agressive menée par la Chine, qui veut conserver son leadership sur la fourniture de terres rares, a fait chuter les prix : ils ont été divisés par 5 ou 6 depuis 2010. »