Biométhane : pas loin de x 2 en 2017, pour les centrales et le volume

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(Crédit : Flickr/Observatoire Régional Energie Climat Air de Provence-Alpes-Côte d’Azur)

Ça gaze pour le biométhane : 44 sites de production sont aujourd’hui raccordés au réseau, contre 26 il y a un an, selon les chiffres annoncés ce matin par le réseau transporteur GRTGaz. La production a quasiment doublé, passant de 215 GWh à 408 GWh. Ce qui reste bien entendu minuscule comparé aux centaines de TWh de la consommation nationale. Mais le nombre de projets, 361 en l’occurrence, a le mérite d’être en ligne avec l’objectif de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), soit 8 TWh injectés en 2023.

« Manque d’ambition »

La nouvelle dynamique autorise même Thierry Trouvé, directeur général de GRTGaz, a reprendre le souhait exprimé collectivement par les gestionnaires de réseaux gaziers en novembre : tripler l’objectif de gaz 100% vert en 2030 et donc passer des 10% de la consommation, prévus par la Loi de transition énergétique (LTE), à 30%. « L’objectif 2030 actuel manque d’ambition ; 90 TWh peuvent être injectés en 2030, grâce à la méthanisation, la gazéification et le power to gas », affirme Thierry Trouvé. Une étude menée par l’Ademe avec les opérateurs, présentée le 30 janvier lors des Assises européennes de la transition énergétique à Genève, va même prouver qu’on peut aller beaucoup plus loin et ...

viser 100% de gaz renouvelable, en 2050. Suscitera-t-elle autant de réactions que son aînée de 2015, sur le mix électrique 100% renouvelable de 2050 ?  

Le GNV sur les chapeaux de roues

Autre bonne nouvelle pour la filière, « il se passe vraiment quelque chose en ce moment dans le GNV », comme le formule Thierry Trouvé. Les bons signaux s’accumulent en effet sur ce segment, qui n’est pas renouvelable mais devrait contribuer à tirer le biométhane vers le haut. Le nombre de poids lourds a doublé en un an (1 300 tracteurs), Iveco va rapatrier en France sa fabrication de moteurs au gaz logée en Chine, plusieurs compagnies maritimes commencent à abandonner le diesel, par exemple Britanny Ferries, Costa Croisières et CMA-CGM qui vient de commander 9 porte-conteneurs géants au gaz.

Le réseau de recharge prend forme

Un début d’allumage qui autorise GRTGaz à imaginer à l’horizon 2030 une conversion massive au gaz du parc français de poids lourds, pour plus de 200 000 véhicules, complétée par autant d’utilitaires. Il faudra d’ici là que l’infrastructure de stations-service ait changé d’échelle, mais là aussi, les choses ont vraiment commencé à bouger : 75 points d’avitaillement sont opérationnels selon GRTgaz et 78 supplémentaires sont prévus pour cette année : « 5 à 6 stations vont être ouvertes chaque mois », annonce Thierry Trouvé. Encore trop distendue pour les véhicules particuliers, la maille du réseau tend à se rapprocher des besoins des gros camions.

Avec 465 TWh, GRTGaz a enregistré en 2017 une augmentation de 0,4% des consommations sur son réseau – avec TIGF, on en est à 491 TWh. Le marché résidentiel étant à la baisse (- 2,9%), cette mini-hausse est surtout due à l’indisponibilité des centrales nucléaires pendant l’hiver 2016-2017 et à celles des barrages hydroélectriques, faute d’eau et des éoliennes, faute de vent. Le tout a obligé à lancer les centrales électriques au gaz, qui ont produit 55 TWh en 2017, à comparer à 8 en 2014, 21 en 2015 et 46 en 2016. Hors centrales électriques, la consommation est aussi tirée par la réforme des grandes chaufferies au fuel, dans la chimie, le chauffage urbain, les grandes serres. Un mouvement engagé depuis plusieurs années.

Prêcher la conversion au gaz

A cet égard, GRTGaz a malicieusement tenu à convertir les gros évitements de CO2 ainsi obtenus (1,8 million de tonnes) en équivalent de projets éoliens : « pour obtenir le même résultat, il aurait fallu installer 10 000 éoliennes sur la même période », calcule Thierry Trouvé. Du coup, les opérateurs sont bien décidés à pousser encore leurs feux auprès des pouvoirs publics pour promouvoir la conversion au gaz, en faisant le raisonnement suivant : la LTE prévoit 40% de baisse des émissions de CO2 d’ci 2030, par rapport à 1990. Cela suppose de supprimer 97 millions de tonnes de CO2 chaque année, alors qu’on en est à 63. Les conversions potentielles dans l’industrie, dans les transports, chez les particuliers, le tout additionné à la production de biométhane (90 TWh en 2030), pourrait supprimer 36 millions de tonnes de CO2 et fournir 37% de l’effort supplémentaire. Bref, consommer plus de gaz pour émettre moins de CO2…