« On va voir maintenant qui sont les vrais énergéticiens » [Antoine de Larocque, Direct Energie]

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Entretien avec Antoine de Larocque, directeur Energies renouvelables de Direct Energie –

Comment se passe l’intégration de Quadran chez Direct Energie ? A quelle logique répond cette acquisition qui a beaucoup fait réagir ? Quelles sont les ambitions du groupe dans les renouvelables ? Un mois et demi après le bouclage de cette opération de 344 M€, le responsable des activités Renouvelables du troisième fournisseur du marché précise la stratégie, le modus operandi et les premières initiatives de sa société à l’égard de sa nouvelle filiale.

Antoine de Larocque (Crédit : Direct Energie)

GreenUnivers : L’annonce de votre acquisition de Quadran en juin dernier a surpris. Pourquoi vous positionner sur la production d’énergies renouvelables ? 

Antoine de Larocque : Direct Energie a une stratégie d’intégration verticale. Nous avons besoin d’être robuste et de limiter les risques de volatilité du marché de l’énergie. Ce qui nécessite d’avoir notre propre parc de production. Depuis 2016, nous disposons de deux centrales à gaz, l’une en France et l’autre en Belgique et en construisons une en Bretagne. Avec le rachat de Quadran, nous suivons l’évolution du mix énergétique français vers les renouvelables. L’intérêt de Direct Energie pour le secteur n’est pas nouveau : Neoen a fait ses débuts chez nous en 2008 ! Notre objectif est d’être un énergéticien du 21e siècle : nous visons 1,2 GW de gaz et un peu plus d’1 GW d’énergies renouvelables en 2020.

GU : Pourquoi Quadran ? Avez-vous regardez d’autres dossiers ? 

AdL : Nous étions acheteurs et avons effectivement étudié d’autres dossiers. Quadran proposait un mix  intéressant avec surtout de l’éolien, mais aussi du solaire, du biogaz et de l’hydro. C’est une entreprise en forte croissance, qui en dix ans est devenue l’un des leaders français du secteur, depuis sa base de Béziers, ce qui n’avait rien d’évident. Elle avait 300 MW en service début 2017, elle en aura 800 fin 2018. C’est une société de croissance et d’innovation, d’entrepreneurs et de « faiseurs », comme Direct Energie. Le rapprochement était assez évident.

« Il n’y a pas d’économies d’échelle à réaliser « 

GU : Comment se passe l’intégration ? Que comptez-vous modifier chez Quadran ?

AdL : Nous ne voulons surtout pas casser une machine qui fonctionne bien. Jérome Billerey ...

est le patron de Quadran, il m’est rattaché. Le siège reste à Béziers et nous souhaitons garder l’ensemble des 220 collaborateurs. Il n’y a pas de doublons, pas d’économies d’échelle à réaliser. Notre rôle est d’accompagner la croissance de Quadran. Nous avons des savoir-faire complémentaires, nous allons les aider en matière d’innovation et leur apporter notre expertise, notamment dans le retail, pour accélérer leur croissance. En matière de mix énergétique, la société restera un peu plus présente dans l’éolien, son activité historique, même si nous souhaitons rééquilibrer avec le solaire. Avec en complément, le biogaz et l’hydraulique. Pour cette dernière, nous sommes prêts à aller plus loin si le dossier des concessions des barrages avance enfin.

« Nous préparons une plate-forme d’agrégation »

GU : En matière d’innovation, quels sont les chantiers prioritaires ? 

Parc éolien Marie-Galante (Crédit : Quadran)

AdL : Nous préparons une plate-forme d’agrégation, nous sommes en train de recruter une équipe. Elle sera d’abord dédiée à la production de Quadran, nous verrons ensuite si nous l’ouvrons à des producteurs tiers. L’autoconsommation est une autre priorité : Quadran s’est lancé via sa filiale Libwatt qui a déjà une soixantaine d’installations à son actif. C’est une brique à renforcer. Nous attendons encore des évolutions réglementaires, mais nous allons nous positionner sur l’autoconsommation collective et individuelle. En tant que fournisseurs, Direct Energie a 2,5 millions de clients à qui proposer une solution… Il y a aussi beaucoup de choses à faire dans le stockage, en particulier dans les Dom pour l’instant, et dans l’efficacité énergétique : Quadran a par exemple réalisé un relamping, un dossier que nous regardons de près.

GU : Quadran a investi 200 M€ en 2016. Allez-vous rester sur le même rythme ? 

AdL : Si nous pouvons faire plus, nous le ferons. Nous sommes des entrepreneurs, notre objectif est de croître le plus vite possible. Quadran s’est développé avec un financement très sain de ses projets, Direct Energie, entreprise cotée, peut lui apporter de nouvelles poches intéressantes.

« Nous sommes très favorables aux appels d’offres »

GU : Vous arrivez sur le marché des énergies renouvelables au moment où les règles changent. Qu’en pensez-vous ? 

AdL : Le tarif d’achat, c’était sympa, on réalisait des marges confortables. Mais le système ne pouvait pas durer si on veut vraiment développer les renouvelables et les rendre compétitives. Le « move » vers le marché est capital. C’est maintenant que l’on va voir qui sont les vrais énergéticiens. Nous sommes très favorables aux appels d’offres : d’ailleurs Quadran a déposé 100 MW sur l’appel d’offres éolien en cours d’instruction. Les marges ne seront plus de 20%, tant mieux, ce sera beaucoup plus sain. Cela va conduire à d’autres mouvements de consolidation du marché et nous comptons bien y participer.

GU : Vous envisagez déjà d’autres rachats ?

AdL : Nous regardons d’autres dossiers. Nous misons sur la croissance interne, mais tous les coups sont permis et nous sommes prêts à d’autres acquisitions. Nous regardons des acteurs en France, et dans les pays limitrophes, comme la Belgique, ou Direct Energie est implanté, mais aussi l’Italie et l’Espagne.

Propos recueillis par Patricia Laurent et Jean-Philippe Pié