Radars militaires et éoliennes : peu de visibilité d’ici début 2019

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(Crédit : Sirpa)

Prévue par le groupe de travail éolien mis en place par le ministère de la Transition écologique et solidaire, la commission technique restreinte dédiée aux contraintes militaires va s’atteler à un sujet stratégique. Celui de la distance minimale entre les radars de l’armée et les éoliennes. Une question évoquée dans le récent ouvrage* de Jean-Yves Grandidier, président de Valorem.

Pour l’instant, la distance est de 30 km. Elle a été fixée par une simple circulaire de 2010 et n’exclut pas systématiquement les projets, à condition que des précautions soient prises. Mais les choses pourraient changer. « Suite à la Loi de transition énergétique, et à ses ambitions, France Energie Eolienne (FEE) a souhaité clarifier la situation. Nous avons besoin du décret qui fixe les contraintes autour des installations radars, qu’elles soient militaires ou civiles », explique Pierre Muller, président de la commission « chantiers techniques » de FEE. Prévu par l’article 141 de la LTE, un décret doit en effet spécifier les conditions d’implantation des éoliennes aux abords des installations militaires, de l’aviation civile et de Météo France. Plus de deux ans après la publication de la loi, il n’est toujours pas publié. Et ne devrait pas l’être de sitôt.  

L’Hexagone en rouge

Le problème est assez simple : pour tirer vers le bas le prix de revient de l’éolien, les développeurs français ont besoin de machines de plus en plus hautes et puissantes. Ce que leur proposent les fabricants de turbines. Mais ces nouvelles machines, qui peuvent tangenter les 200 mètres pales comprises, sont bien sûr visibles de plus loin. Selon une note rédigée le mois dernier par FEE, « dans l’attente de la parution du décret, la Défense rend des avis selon les règles de la circulaire du 27 juillet 2010 pour les projets dont la taille des éoliennes est inférieure à 150 mètres. La Dircam (Direction de la circulation aérienne militaire) a récemment annoncé qu’elle se réservait le droit de durcir les règles d’instruction actuelles pour les éoliennes de 180 à 200 m de hauteur ».

De fait, le projet ...

de décret de l’armée prévoit d’étendre les distances minimales en fonction de la hauteur des turbines, selon le principe de l’ »intervisibilité électromagnétique ». Car le passage d’un avion derrière une éolienne supprime pendant quelques secondes le signal reçu par le radar et perturbe ce faisant la lecture de la trajectoire de l’appareil. « Selon les calculs que nous avons demandés à l’organisme européen Eurocontrol, sur la base des nouvelles contraintes militaires, la distance minimale pour une turbine de 180 mètres serait de 70 km ; l’Hexagone se couvrirait alors de rouge, c’est-à-dire serait inaccessible à tout nouveau projet éolien de ce type », fait remarquer Pierre Muller.

Ceci sans compter un autre problème : les secteurs d’entraînement à basse altitude concernent plus de 20% du territoire national et la note de FEE relève que « les règles d’implantation des éoliennes dans ces secteurs, parfois peu transparentes pour la profession, n’ont pas cessé de se durcir depuis l’année 2013 et aujourd’hui les projets éoliens sont refusés dans plus de 70% de ces zones. »  Seule une petite partie de ces secteurs doit être libérée des contraintes. 

Mobilisé depuis quatre ans sur la question, Pierre Muller – qui est aussi directeur de la filiale française du développeur autrichien RP-Global, ne se veut pas alarmiste. Sa position diffère donc sensiblement de celle d’autres développeurs, convaincus que l’armée française est hostile aux énergies renouvelables, car elle a besoin de plutonium pour la dissuasion nucléaire, donc de l’industrie nucléaire civile, laquelle ne souhaiterait pas fermer ses centrales pour faire de la place à l’énergie éolienne.  

Série de simulations

Au delà des suppositions, on remarquera qu’en Allemagne et en Grande-Bretagne, il n’existe pas de périmètre de sécurité autour des radars militaires pour se protéger des parcs éoliens. Les projets éoliens sont étudiés au cas par cas. En France, le développement éolien est-il en fait condamné ? Les militaires suspendent leur décision aux simulations en préparation et aux essais prévus in situ. Un outil est développé à cet effet, baptisé DEMPERE (DEMonstrateur de Perturbations des Éoliennes sur les Radars ).

FEE n’a pas pour l’instant de visibilité absolue sur la fin de ces  travaux, mais l’envisage pour fin 2018-début 2019. « Nous sommes conscients des impératifs de sécurité et en même temps de la volonté du gouvernement de développer les énergies renouvelables en général et l’éolien en particulier, ce qui rend impossible d’étendre la distance radar au delà de 30 km », souligne Pierre Muller. Puisqu’il faut attendre les conclusions de DEMPERE, il n’est pas certain que la commission dédiée au sujet au sein du groupe de travail « éolien » puisse avancer significativement dans les semaines qui viennent. Si c’est malgré tout le cas, ce sera de toute façon difficile à savoir, car cette commission ne comprend pas – à l’heure actuelle – de représentant de la filière éolienne. Celle-ci ne peut donc pas défendre ses propositions, basée en partie sur des solutions technologiques, par exemple les pales furtives, ou une gestion adaptée tel qu’un bridage de l’orientation des pales. 

* « Le vent nous portera – le pari gagnant de la transition énergétique », co-écrit par Jean-Yves Grandidier et Gilles Luneau, journaliste d’investigation ; Editions Alternatives-Gallimard