[Entretien exclusif] Pourquoi Jean-Marc Bouchet a cédé Quadran, ses nouveaux projets

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Jean-Marc Bouchet

C’est fait. Direct Energie a bouclé cette semaine l’acquisition des activités françaises de Quadran. Soit 500 MW installés et une transaction de 344 M€, un montant à étoffer sous les deux ans en fonction des mises en service. Retour avec Jean-Marc Bouchet, fondateur de Quadran, sur les raisons de cette opération. Et coup de projecteur sur les nouvelles ambitions de cet entrepreneur des EnR, doté de moyens importants.

GreenUnivers : Il y a six mois, le rachat de Quadran par Direct Energie a surpris tout le marché. Vous vous êtes peu exprimé depuis sur votre décision. Alors, pourquoi avoir vendu ?

Jean-Marc Bouchet : Je comprends cet étonnement et d’ailleurs je me suis aussi surpris moi-même. Quadran est une société qui réussit, avec 500 MW en production et 500 MW à construire. La cession s’explique par plusieurs motifs. L’analyse du secteur des énergies renouvelables, tout d’abord. En France, les entreprises indépendantes sont entrées dans une phase où elles doivent grandir ou se faire absorber. C’est la conséquence du nouveau régime avec complément de rémunération et des appels d’offres solaires et éoliens. Le tout entraîne une baisse drastique des taux de retour sur investissement, entre 0 et 7% aujourd’hui. Une éventuelle remontée des taux de crédit représente ici un grand danger. L’effet de masse devient de toute façon essentiel. Je pense aussi que les « boutiques indépendantes » des EnR doivent être capables de vendre leur énergie. C’est également l’analyse de Xavier Caïtucoli, PDG de Direct Energie. Nos entreprises sont complémentaires. Mais là encore, dans la fourniture d’énergie, la taille est importante. A partir de ce constat, j’avais le choix entre une forte augmentation de capital et la cession. La réflexion a été longue. Sont aussi intervenus des facteurs  ...

personnels, notamment mon âge et mes enfants qui ne prévoyaient pas de me succéder. 

GU : Qui étaient les autres prétendants ?

J-MB : De grands groupes, qui ont su que j’envisageais une augmentation de capital ou une cession. In fine, l’important est que l’opération avec Direct Energie donne à Quadran un nouveau souffle et correspond à la stratégie d’intégration verticale, de la production à la fourniture d’énergie renouvelable, que nous avions entamée. Nous bâtissons le 3eme opérateur français. Je participe à ma façon à ce mouvement. D’ailleurs, je l’accompagne en intégrant le board de Direct Energie, dont j’ai récupéré des actions.

« Une centaine de millions d’euros va être investie »

GU : Vous déteniez 74% du capital de votre groupe, via la société de tête Lucia Holding, qu’allez vous faire de vos nouveaux et importants moyens financiers ?

Le parc éolien Eole Plaine des Roches de l’Ile Maurice (Crédit : Quadran)

J-MB : La moitié, soit une centaine de millions d’euros, va être investie dans les activités de Quadran à l’international, au Chili, en Afrique, au Vietnam, en Pologne, notamment ; dans le solaire et l’éolien, sur des projets conséquents, car on ne peut pas faire de petits projets à l’international.

GU : Quelle est la capacité installée et quels sont vos objectifs ?

J-MB : Pour l’instant, nous avons 10 MW installés et 25 MW en construction à l’île Maurice. Lucia prévoit de lancer une centaine de MW de projets en 2018 et notre pipe atteint près de 1 000 MW.

GU : Quels seront les autres investissements ? 

J-MB : L’éolien flottant, bien entendu. Nous exploitons l’éolienne Floatgen au large du Croisic et portons le projet EolMed, prévu pour 2021. L’offshore posé fait aussi partie des objectifs. Par ailleurs, en France, Energies Libres, notre filiale de fourniture d’énergie qui a absorbé Enel France, est en redéploiement.

« Lucia a besoin d’étoffer son expertise et son back-office »

GU : Vous avez déjà constitué une équipe ?

J-MB : Les filiales à l’international, EolMed, Energies Libres emploient déjà environ 70 personnes. Mais il est vrai que Lucia a besoin d’étoffer son expertise et son back-office. C’est en cours. J’ai confié la direction générale à Louis Blanchard qui, au sein du conseil financier Taylor-Dejongh m’a accompagné dans les transactions de Quadran depuis une dizaine d’années. Il arrive avec son équipe. D’autres recrutements sont imminents.

GU : Vous évoquiez des facteurs personnels pour expliquer la cession de Quadran mais en fait, vous vous lancez dans un nouveau projet ambitieux… Comment assurez-vous vos collaborateurs que vous n’allez pas vendre dans deux ans ?

J-MB : Pour ma part, j’ai envie de retrouver l’innocence et l’enthousiasme d’un projet d’entreprise. Pour mes collaborateurs, vous avez raison, il faut les rassurer sur ce que va devenir Lucia, reconstruire un esprit de groupe. Nous organisons ce mois-ci un séminaire avec les dirigeants des filiales. Plus généralement, je crois que mes collaborateurs ont confiance en moi.