Un délai pour sauver Dieppe-Le Tréport, mobilisation générale pour les EMR

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Crédit photo : Flickr/Peter Kirkeskov Rasmussen

Le Havre, aux Assises de l’économie de la mer.

Le vote du conseil d’administration (CA) de l’Agence française de la biodiversité (AFB) sur le projet éolien offshore de Dieppe-Le Tréport préparé par le consortium Engie-EDPR-CDC, prévu lundi 27 novembre, est donc bel et bien reporté, à la demande de membres du conseil d’administration. Le sujet est néanmoins maintenu à l’ordre du jour de lundi, mais sans décision, donc. Elle est repoussée à début 2018, au prochain CA de l’AFB.

Ce délai est une bonne nouvelle pour Engie, car « il permet de mieux expliquer le projet », indique Gwenaëlle Huet,  directrice générale de Engie France Renouvelables, leader du consortium. L’énergéticien va profiter de l’intervalle pour travailler sur certains aspects techniques, non précisés pour l’instant, et considère que l’avis des experts du parc naturel marin est utile. « Le délai permet de mener un travail technique », a confirmé Virginie Schwarz, directrice pour l’énergie de la Direction générale de l’énergie et du Climat (DGEC) lors d’un débat consacré aux EMR. L’administration considère ce projet comme important. Sans lui, les objectifs offshore de la PPE 2023, en l’occurrence 3 GW, seraient « irréalisables ».

Le littoral passé au scanner

Le retard des projets reste au  ...

cœur des débats sur les EMR françaises, mais les choses pourraient bientôt changer. Les incertitudes accumulées dans l’offshore ont provoqué un sursaut chez les industriels, l’administration et le gouvernement, comme en témoignent les propos d’Edouard Philippe, Premier ministre, lors de l’ouverture des Assises de la Mer mardi 23 novembre. Pour mettre en oeuvre « la simplification radicale » qu’il appelle de ses vœux, la filière EMR compte beaucoup sur l’exercice de planification stratégique du littoral français, en cours et qui débouchera à l’été 2018. Il concerne toute l’économie de la mer et doit définir les zones de développement de l’éolien offshore posé et flottant, avec des plannings. « Il est fondamental que cette planification stratégique, qui repose sur les préfets maritimes, soit coordonnée avec la PPE », attend Béatrice Buffon, directrice des EMR d’EDF EN. « Nous avons besoin d’une échelle fine pour les projets, de manière a avoir une vraie visibilité ».

Au delà de ce travail préalable sur la qualification des futures zones de développement et de la visibilité qu’il offrira, EDF EN et tous les acteurs des EMR saluent l’annonce du locataire de Matignon sur le prochain appel d’offres pour Oléron et le lancement accéléré et en parallèle des études environnementales et du débat public.

Des délais pour les juges ?

Mais ils réclament beaucoup plus de sécurité sur les aspects juridictionnels et réglementaires, même si des progrès conséquents ont été réalisés en 2016, comme cette juridiction unique à Nantes et la procédure de co-construction de la réglementation entre la DGEC et les industriels, dite du « dialogue concurrentiel ». Certains acteurs souhaiteraient maintenant que le Conseil d’Etat puisse statuer dans un délai maximal – aujourd’hui les décisions s’étalent entre quelques mois et quelques années – sur les recours des opposants aux projets. Ce que les magistrats auront sans doute du mal à concéder. Les chances sont plus fortes d’obliger les opposants aux projets à mieux justifier leurs actions, avec des sanctions lourdes si celles-ci ne sont pas assez précisément motivées. Emmanuel Rollin, directeur général du consortium Ailes Marines, brocarde ainsi « ces recours qui ont pour seul argument : ‘le projet est un désastre écologique’ ».

« On arrive au bout »

Au delà du cas certes emblématique de Dieppe-Le Tréport, on peut néanmoins estimer que la filière a essuyé le gros du grain. Car l’horizon se dégage pour au moins deux projets offshore français. EDF EN compte ainsi entamer la construction des composants de celui de Saint-Nazaire l’année prochaine, où il reste un seul recours à purger sur l’autorisation d’exploiter. A moins qu’il ne soit doublé par le chantier de Fécamp. « On arrive au bout », formule Béatrice Buffon. De même, la nouvelle PPE va proposer un calendrier d’appel d’offres pour les EMR (le flottant pourrait figurer dans le même sous-groupe que le posé) sur un gros volume : entre 12 et 14 GW installés pour 2028.

Preuve de cette nouvelle confiance : certains acteurs de la filière, engagés dans le dialogue concurrentiel pour le projet de Dunkerque, souhaitent que l’Etat ne fasse pas tout. Les études préalables, d’accord, mais surtout pas les autorisations, et pas la peine non plus de partir sur une évaluation maximale des impacts dans le cadre du permis « enveloppe », cela ferait trop de vagues chez les éventuels opposants. Bref, la mobilisation actuelle du gouvernement et de l’administration en faveur de l’éolien offshore ne doit pas aller trop loin. C’est le signe que la filière a le sentiment d’avoir fait ses classes.