Pour l’industrie, la transition énergétique n’est toujours pas une priorité

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Laurent Michel, directeur de l’énergie et du climat, au colloque Energie Industrie de l’Ademe

L’Ademe organise ce mardi et demain son deuxième colloque Énergie Industrie dédié à l’industrie de demain. Alors que le beffroi de Montrouge verra défiler pendant deux jours des initiatives exemplaires menées par des industriels tricolores, bouclées le plus souvent grâce à des aides de l’Etat, le constat en toile de fond est beaucoup plus maussade. La transition énergétique n’est pas une priorité pour l’industrie et les niveaux d’investissement restent faibles, constate l’Ademe.

Gisements colossaux

En France, l’industrie représente à elle seule un quart de la consommation finale d’énergie (un tiers de la consommation d’électricité) et 20% des émissions de gaz à effet de serre : des chiffres qui illustrent à eux seuls l’intérêt de faire entrer l’industrie tricolore dans la transition énergétique et écologique en cours. D’autant que les marges de progression sont énormes : « 36 % de la consommation de combustibles dans l’industrie française part aux petits oiseaux », rappelle Bruno Léchevin, président de l’Ademe. Plus précisément : on estime à 109,5 TWh le gisement de chaleur fatale récupérable dans l’industrie.

Le profil de consommation des industriels est en outre, dans la[am4show have=’g1;g2;g4′ user_error=’Please_Upgrade’ guest_error=’Please_Subscribe’] plupart des cas, adapté à l’intégration d’énergies renouvelables dans leur bouquet énergétique. L’effacement de consommation représente également un énorme potentiel, permettant à la fois d’apporter une plus grande flexibilité au réseau tout en monétisant le report de certaines consommations. Actuellement, RTE recourt à une capacité d’effacement située entre 2,5 et 3 GW mais l’Ademe estime que le gisement pourrait atteindre 5 GW si le prix atteignait 60€/kW/an en moyenne (contre environ 10€ aujourd’hui).

Efforts en baisse

Si le secteur est parvenu à diminuer ses consommations énergétiques de 11% entre 1990 et 2014, l’Ademe constate depuis un ralentissement des progrès, alors même que le secteur industriel pourrait encore améliorer son efficacité énergétique de 20% en moyenne d’ici à 2035.

Les freins évoqués lors du colloque sont de plusieurs ordres. D’un point de vue macro-économique tout d’abord, les indicateurs sont restés longtemps au rouge : baisse du prix des hydrocarbures, effondrement du prix des CEE et des quotas CO2. D’un point de vue micro, ensuite, les industriels indiquent à la fois manquer de compétences et de ressources pour mener de front ces projets.

« Les temps de retour sur investissement collent mal avec le temps des entreprises : au-delà de trois ans, il y a une difficulté à s’engager », constate Gaëtan Collin, président du bureau d’étude et de conseil en ingénierie Greenbirdie. « Les industriels ont tendance à sous-traiter la partie énergie de leur activité pour se concentrer sur leur cœur de métier. Et cela vaut aussi pour les investissements à consentir, plus volontiers orientés vers la modernisation de l’outil ou la digitalisation. L’économie d’énergie n’est jamais la raison principale d’un investissement ».

Un positionnement confirmé par les industriels eux-mêmes. « Nous ne sommes que deux à nous occuper des questions d’énergie dans un groupe de 6 000 employés », confirme Yannick Lux, référent Énergie du groupe coopératif Maïsadour, pourtant à la pointe. « D’un point de vue financement, nous recherchons des partenaires qui prennent en charge 100% du risque et de l’investissement », ajoute-t-il.

Le cadre réglementaire se structure

Pourtant l’environnement réglementaire et économique ne cesse de s’améliorer. D’une part, l’obligation de l’audit réglementaire pour les entreprises de plus de 250 salariés ainsi que la fin des tarifs réglementés de l’énergie ont obligé les industriels à se réapproprier la question de leur consommation d’énergie. L’État a en outre mis en place une fiscalité incitative avec, par exemple, l’exonération (partielle) de CSPE pour les électro-intensifs qui engagent des Plans de performance énergétique, l’extension du Fonds chaleur aux investissements de récupération de chaleur fatale, etc. Les certificats d’économies d’énergie retrouvent peu à peu de leur pertinence pour financer le coûts des opérations dans l’industrie. Des investisseurs, encore rares, s’engagent sur les projets, à l’instar d’Eiffel Investment.

Enfin, l’Ademe, de son côté, finance les audits énergétiques pour les entreprises qui n’y sont pas contraintes par la loi, propose des formations au métier de référent Énergie et tente de faire le lien entre l’ensemble des acteurs (industriels, chercheurs, financiers) pour faire en sorte de rendre concomitants les investissements dans les actifs de production et dans la sobriété énergétique. Il n’y aura bientôt plus aucune excuse…[/restrict-content]